La fusillade du Champ de Mars, première tuerie politique ?

50 morts fusillés par les nouvelles autorités

Plus connue mais moins meurtrière que l’affaire de Nancy, la fusillade du Champ de Mars est la première tuerie de la révolution à opposer citoyens désarmés et nouvelles troupes régulières. Violence très politique dans un contexte de tension générale suite à la fuite avortée de Louis XVI, ce massacre est une répétition générale la guerre civile ultérieure...

La peur y a joué un grand rôle puisque qu’elle va motiver deux factions politiques qui vont s’opposer de plus en plus violemment : d’un côté le parti de l’ordre qui voudra conserver le consensus de 1790 et de l’autre le mouvement de prolongation de la révolution qui exploitera les erreurs politiques du camp installé au pouvoir après 1789.

Les faits

Comme dans l’affaire de Nancy on retrouve les hommes forts de la période : le maire de Paris Bailly, La Fayette, maître de la Garde Nationale. Bouillé, le « héros » de Nancy, n'est pas loin car il a participé à la fuite du roi...

Louis XVI tente de fuir vers l’est le 20 juin 1791, il est rattrapé le lendemain. Il laisse derrière lui un texte de seize pages, peu diffusé à l’époque car gardé par l’Assemblée. Il ne refuse pas les changements principaux mais accuse les Jacobins (pourtant minoritaires).

Les députés hésitent sur la conduite à tenir

Les députés hésitent sur la conduite à tenir : certains veulent garder intact la constitution de 1790 qui sépare les pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire. Pour eux la fuite à Varennes doit rester un incident sans conséquence politique. Pas facile à faire passer dans une population secouée par des peurs et des violences où les citoyens les plus modestes ne peuvent toujours pas voter. Louis XVI apparaît auprès de certains comme un traître, un déserteur. Il n’inspire plus confiance.

Les modérés résistent de plus en plus fermement

Pour les autres députés, Louis XVI doit être encore plus surveillé voire même déchu de son trône. On ne saurait lui accorder quelque crédit politique que se soit… Dans la population circulent des pétitions pour réclamer la déchéance du roi, voire même la république. Les clubs (Jacobins, Cordeliers, autres…) sont aux avant-postes de ce mouvement. A l’Assemblée les modérés résistent de plus en plus fermement : le 15 juillet une première délégation-manifestation portant une pétition est dispersée par la cavalerie devant l’assemblée. Des arrestations ont lieux à Paris. Le pouvoir redoute une insurrection, les manifestants un retour à l’ordre ancien…

Les Jacobins proposent une autre pétition (similaire à la précédente). On proposera au peuple de venir la signer le dimanche 17 juillet au champ de Mars. Robespierre accepte l’idée mais redoute une nouvelle répression. Les Jacobins sont volontairement dans une démarche légaliste : le lieu choisit rappelle la fête de la fédération de juillet 1790, le but est de rencontrer un maximum de promeneurs ce jour-là, aucune arme de doit circuler.
A l’Assemblée on exonère le roi de toute responsabilités dans sa fuite (sic), il est donc rétablit ipso facto dans ses pouvoirs. On permet, le 16, à La Fayette de proclamer la loi martiale…

Deux inconnus cachés sous l’autel de la Nation sont lynchés !

Le lendemain les chefs jacobins sentant l’ambiance se tendre annule la pétition, Danton et d’autres partent même à la campagne tandis qu’une foule vient tout de même se rassembler sur le Champ de mars. Deux inconnus cachés sous l’autel de la Nation sont capturés, emmenés et finalement lynchés ! Cela traduit la tension qui plane ce jour-là sur le Champ de Mars.

La foule gonfle dans le calme toute la journée, une nouvelle pétition est rédigée et signée par des centaines de présents. L’Assemblée oblige alors la Municipalité à « rétablir l’ordre » alors que la foule reste tranquille et que seuls les deux meurtres plus tôt dans la journée traduisent un événement violent. Les Gardes Nationaux approchent avec Bailly à leur tête…

Un coup de feu d’origine discutée éclate et la répression débute : elle fera environ 50 morts même si les bilans vont de 10 à 300 tués.

L’ordre règne comme après l’entrée de Bouillé à Nancy

L’assemblée félicite Bailly le lendemain et les arrestations se multiplient dans les milieux révolutionnaires : Marat doit fuir, des journaux sont fermés, etc. Un amnistie sera votée quelques mois plus tard.

L’ordre règne comme après l’entrée de Bouillé à Nancy. Mêmes acteurs, même députés, même majorité politique. Et surtout un même moteur à la violence : la peur du désordre et de la remise en cause du modus vivendi de 1790 entre le roi et les élus. Le maintien de cet état de fait se fait par la violence et surtout contre une part croissante de l’opinion publique qui redoute la violence de l’Etat, autre facteur de peur.

Date de dernière mise à jour : 03/03/2014

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