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Il existe des villes moyennes qui, dans la tranquillité de leur modestie, incarnent la France du futur. Ainsi, à Saint-Brieuc, voit-on le pays évoluer, à hauteur de piéton.
ce qui marche le mieux sur place, ce sont les bars
On est censé être en Bretagne, or on est surtout dans un lieu commun de l'économie post-industrielle. De la pêche ou de toute production, il ne reste rien. L'identité locale a laissé la place à l'habituelle et navrante mixture mondialisée. Le centre médiéval piétonnier aligne boutiques vides, commerces en sursis et miséreux divers. Il paraît que ce qui marche le mieux sur place, ce sont les bars. Le soir, ils agglomèrent toute une population flottante qui s'enivre loin des survivants des classes moyennes qui se sont tous expatriés en périphérie.
Quand les derniers boomers sont partis, zonent les échoués, les sans-abri, les sans-voiture, peut-être même les sans-papiers... Toute l'économie qui surnage encore repose sur les jeunes et les étrangers. Sans eux Saint Brieuc serait une cité fantômes. Mais on sent que ça ne suffit pas. Alors on tourne un peu en rond à la recherche de quelque chose, d'un truc inattendu, d'un événement bienvenu. Mais on ne retombe que sur le même SDF étonnamment calme.
le logo d'une multinationale marque le territoire au fer rouge du capitalisme
Ici ou là, le logo d'une multinationale marque le territoire au fer rouge du capitalisme financier. Cela doit ravir l'actionnaire, mais laisse la foule des anonymes indifférents. Jadis, la région était écrasée par les rapports de production post-médiévaux, le secteur produisait peu et mal. La Bretagne était une terre pauvre qu'on quittait. Désormais, c'est une terre d'installation. En effet, sortie de Saint-Brieuc, on tombe sur des grands axes qui relient le territoire au reste du monde : autoroutes, aéroports ou trains irriguent la région. La périphérie voit triompher l'économie post-industrielle : services, bâtiment, tourisme. Les classes moyennes survivantes logent là, dans des pavillons proprets dont le prix monte dit-on. C'est le couple classique le centre-périphérie. Alors qu'ailleurs ça brûle, sous les caméras du monde entier, Saint-Brieuc vit sa petite vie, entre troisième âge et jeunesse écrasée par les dettes des parents et la dépendance des grands-parents. C'est partout pareil.
La Bretagne existe-t-elle encore ? Dans la tête des touristes, sans doute même si tous signe d'autonomisme a disparu.
La France après 2027 sera donc comme celle d'aujourd'hui. Elle cherchera ailleurs à échapper à ses contradictions profondes qui peuvent se résumer en « personne ne veut -ou ne peut- payer ». C'était vrai avant 1789 comme aujourd'hui.