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L'éléphant de la dette

Septembre 2026 (lien vidéo)

ImagesUn phénomène ancien...

Longtemps négligée, parfois même niée, l'ampleur des dettes publiques et le poids des intérêts sont devenus l'éléphant dans la pièce. Tous les gouvernements, depuis près de 50 ans, ont contribué, à des degrés divers, au creusement de la dette et à placer progressivement le pays entre les mains de ses créanciers.

Bien sûr, la France n'est ni l'Argentine des années 2000 ni la Grèce des années 2010. Il n'est pas question de faillite imminente. Mais le problème est ailleurs : le déficit est devenu structurel, la dette s'accumule et les intérêts absorbent une part croissante des ressources publiques (70 milliards en 2025, + 11 % en un an). À mesure que l'État emprunte davantage, il consacre, de facto, davantage d'argent au passé et moins à l'avenir.

Car les besoins, eux, ne disparaissent pas. Il faut financer les services publics classiques mais aussi rénover les infrastructures, réarmer le pays, adapter le territoire au changement climatique et investir dans l'énergie. Toutes ces priorités réclament des capitaux considérables. Or l'État se retrouve progressivement dans la situation paradoxale d'un pays qui emprunte toujours plus, paie toujours plus et investit toujours moins.

l'État emprunte toujours plus,

paie toujours plus et

investit toujours moins

À cette contrainte budgétaire s'ajoute la contrainte démographique : le vieillissement de la population pèse sur les retraites, la santé et la dépendance, tandis que la population active progresse beaucoup moins vite. Dans le même temps, une part considérable du patrimoine est concentrée chez les générations les plus âgées, Bernard et Chantal ! Les transferts sociaux, les retraites, certaines niches fiscales et le coût des dettes passées augmentent plus vite que la population et plus vite que la richesse produite.

Tout cela est connu, mesuré, documenté. Ce qui l'est moins, c'est la capacité politique à en tirer les conséquences.

Les incertitudes politiques et géopolitiques n'arrangent rien. Et la France n'est pas un cas isolé : les États-Unis et le Japon connaissent eux aussi des niveaux d'endettement considérables. La question n'est donc plus de savoir si la dette disparaîtra miraculeusement, mais comment vivre avec elle sans sacrifier l'avenir car nul ne veut ou ne peut taxer les richesses qui s'accumulent.

Face à ce sujet les forces politiques se positionnent dans le grand show de 2027.

Les « réalistes », autour des post-macronistes, cherchent à contrôler la bête sans l'enfermer. Leur logique est simple : réduire un peu les déficits, oui, mais sans provoquer un choc budgétaire susceptible de plonger le pays dans la récession et le chaos. Les économies doivent donc être progressives, les réformes négociées et le statu quo partiellement préservé.

É. Philippe ne fait peut-être rêver personne,

mais il incarne un certain « sérieux »

Édouard Philippe ne fait peut-être rêver personne, mais il incarne cette tradition du « sérieux » budgétaire, dans la lignée d'un Raymond Barre affrontant, en 1976-1981, les conséquences économiques des années précédentes. Une politique peu séduisante électoralement, mais qui repose sur une idée élémentaire : on ne peut durablement dépenser davantage que ce que l'on produit.

Le RN, qui pourrait demain se retrouver au pouvoir, découvre une autre difficulté : celle de passer du discours de conquête au discours de gouvernement. La calculette s'impose. Réduire les dépenses liées à l'immigration, contester certaines contributions européennes, revoir les retraites : leurs calculs sont plus que flous. M. Le Pen parle de 125 milliards d'économies. Où ?

Surtout, le parti se trouve face à une contradiction redoutable. Historiquement hostile à une partie de l'État-providence, il conquiert désormais une large part de son électorat auprès de catégories populaires qui bénéficient directement des prestations sociales et des services publics. Son électorat poujadiste, lui, supporte mal les impôts et les transferts. Promettre à la fois moins et plus d'État est un grand écart qui résiste mal au réel.

Les Insoumis, eux, font le choix inverse : ils refusent de considérer la dette comme une contrainte majeure. Leur logiciel repose sur l'idée qu'une politique massive de redistribution et d'investissement public permettrait de relancer suffisamment l'économie pour rendre la dette soutenable. Cela ne tient pas dans un paus déjà endetté.

C'est là que le débat devient intéressant. Une dette publique n'est pas nécessairement mauvaise en soi. Emprunter pour investir dans une infrastructure productive, dans l'éducation, dans l'énergie ou dans la recherche peut parfaitement avoir un sens. Le problème apparaît lorsque l'emprunt sert principalement à financer des dépenses courantes avec des taux d'intérêt croissants.

L'expérience historique invite d'ailleurs à la prudence. En 1981-1983, comme déjà en 1936, la relance par la demande s'est heurtée à des contraintes rapidement visibles : inflation, déficit commercial, fuite des capitaux et dégradation des comptes publics. La redistribution peut améliorer temporairement le niveau de vie ; elle ne crée pas, à elle seule, les gains de productivité nécessaires pour enrichir durablement un pays.

La véritable question est donc celle de la montée en gamme de l'économie : productivité, industrie, énergie, recherche, technologies, infrastructures. C'est elle qui permet de financer durablement les salaires, les retraites et la protection sociale. Le nucléaire en est un exemple emblématique : une filière industrielle capable de produire de l'électricité décarbonée, de la compétence, des exportations et des emplois qualifiés. La France aurait tout intérêt à considérer ces secteurs non comme des dépenses, mais comme des actifs stratégiques, or, LFI est contre le nucléaire.

Se désendetter est un peu comme dépolluer : tout le monde reconnaît la nécessité du processus, mais personne n'aime payer le coût du nettoyage.

La transition sera longue, coûteuse

et politiquement explosive

La transition sera longue, coûteuse et politiquement explosive. Il faudra probablement toucher à des dépenses considérées jusqu'ici comme intouchables, revoir certaines niches fiscales, réfléchir à la fiscalité du patrimoine et des successions, arbitrer entre générations, repenser les retraites et peut-être utiliser davantage la fiscalité environnementale ou sociale.

Tout cela intervient dans un pays vieillissant, confronté à la hausse des coûts de l'énergie, à une compétition industrielle mondiale accrue et à des tensions identitaires croissantes (lobby sioniste et islamiste). Dans ce contexte, l'investissement environnemental risque de devenir la variable d'ajustement : on repousse la rénovation thermique, les infrastructures, l'adaptation climatique, parce que les urgences budgétaires du présent ont toujours priorité sur celles du futur.

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C'est peut-être là le véritable scandale de la dette : elle ne nous interdit pas seulement de dépenser. Elle nous oblige à arbitrer entre le présent et l'avenir, et nous pousse naturellement à privilégier ceux qui votent aujourd'hui au détriment de ceux qui paieront demain. Bernard et Chantal toujours !

Le spectacle électoral favorise naturellement l'égoïsme consumériste plutôt que le projet collectif de long terme. Chaque génération défend ses acquis, chaque catégorie protège ses avantages, chaque candidat promet que quelqu'un d'autre paiera.

Et pendant ce temps, l'éléphant grossit.

La dette augmente. Le vieillissement progresse. Les intérêts s'accumulent. Les investissements sont reportés. Et demain ?


 

Date de dernière mise à jour : 01/09/2026

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