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Le péril vieux

Editorial mars 2026

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Le vieillissement, une tendance déjà ancienne...

Quels que soient les titres de l'actualité, il est certain que jamais ils ne concernent le vieillissement général de la population. C'est pourtant LA révolution inédite des sociétés post-industrielles. Le terme de révolution n'est pas exagéré car tout va changer du fait de cette évolution inédite de l'Humanité. Jadis, rapidement ou pas, la population augmentait. Toute baisse était une exception et la conséquence de désastres. Or, au Japon hier, en Chine aujourd'hui et en Europe demain, le déclin démographique est régulier et durable. Alors qu'on zoome volontiers sur les jeunes anormaux (violents, délinquants, drogués, etc.), on ferait mieux de réfléchir au vieillissement qui bouleverse littéralement toute la société. Depuis des années déjà, les seniors sont majoritaires aux élections, ils possèdent la majorité du patrimoine foncier et surtout consomment des ressources économiques. En effet, il est avéré que le système économique redistribue les richesses au bénéfice des plus nombreux, c'est-à-dire aujourd'hui des vieux.

En France, où la retraite est la plus précoce en Europe, le système -en déséquilibre financier- subventionne le troisième âge au prix d'un appauvrissement des plus jeunes. On a récemment baissé le budget des universités pour garantir les retraites. Aujourd'hui, un jeune actif cotisera toute sa vie pour toucher théoriquement à la retraite moins que ses cotisations (hors placements). Cette réalité fait déjà le succès de l'idée d'épargner soi-même pour sa retraite, avec le risque habituel de mauvais placements.

Vieillissement = dénatalité

En psychologie sociale, la croissance des personnes âgées surexpose médiatiquement les préoccupations courantes de cette tranche d'âge, essentiellement la sécurité et ses mille-et-un sujets qui font déjà la fortune des médias réactionnaires. On y sert le cocktail des « jeunes gauchistes, immigrés et fonctionnaires » qui complotent contre la tranquillité publique, seule consolation des futurs résidents en EHPAD ! Alors que les gens en question sont, techniquement, au service des aînés ! Ce phénomène explique les succès déjà anciens des partis populistes de droite qui défendent l'égoïsme des boomers qui, majoritaires dans les années 60, restent les plus nombreux aujourd'hui et obsédés à l'idée de le rester. C'est pourquoi l'écologie, les nouveaux mouvements sociaux et surtout les droits de succession sont pour eux des anomalies qui parasitent leurs privilèges prétendument dus à leur travail.

Bien sûr, les vieux ne sont pas un bloc homogène, mais cette population a quelques tendances sociétales qui marquent la politique : conservatisme, paranoïa, égoïsme, inadaptation. Or, c'est la première fois dans l'Histoire qu'une population déclinante a autant de pouvoir, à commencer par le pouvoir de l'argent. En termes de revenus et de patrimoine, les plus âgés sont loin devant et aujourd'hui, par les héritages, des gens d'environ 60 ans héritent de l'argent de gens décédés vers 85 ans... Donc les vieux s'enrichissent les uns les autres en excluant tous les autres qui travaillent et cotisent à fonds perdus. Une réalité complètement ignorée des médias. À quand un parti populiste « anti-vieux » ?

Vieillissement = endettement

Face à cette tendance de fond, il n'y a aucune solution. L'immigration est la seule variable, mais elle est refusée au profit du surendettement. Le Japon montre l'exemple : face à l'envolée de l'âge moyen de la population, le pays a toujours privilégié le travail et refusé en grande partie l'immigration. Alors là-bas on travaille longtemps, on touche peu et du coup la natalité décline. Car la natalité -qui serait une autre solution- est l'autre victime du vieillissement. Siphonnant les subventions et gardant le foncier, les vieux bloquent la génération d'après, qui se limite en revenus, surface habitable et en... enfants ! Ainsi s'élève encore davantage la moyenne d'âge. Le pays perd donc des places en termes de compétitivité et s'endette pour régler avec des expédients les problèmes liés à cette situation. Investir dans le troisième âge n'est pas un investissement. Les tensions sociétales, surtout à l'échelle municipale, locale ou familiale, vont se poursuivre avec l'idée de ne surtout pas poser cette question « qui doit payer la facture de vieillissement ? ». Logiquement, les vieux eux-mêmes, mais c'est impossible à proposer électoralement. Or, personne ne veut payer, surtout pas les jeunes déjà écrasés par le coût de leurs études, de leurs cotisations, du logement, de leurs enfants et ensuite de leurs divorces. Alors l'État s'endette davantage au risque de fragiliser encore plus le pays.

Personne ne veut payer la facture du vieillissement

Pour la gauche, c'est aux riches de payer, pour la droite, c'est à personne de payer. Pour les populistes, c'est aux autres de payer ! Bref, le débat est bloqué et les plus fragiles paient, car les jeunes sont bien plus vulnérables que les non-jeunes.

Cette situation a des côtés prévisibles. En économie, les groupes pharmaceutiques, les EHPAD privés et autres « services à la personne » ont une croissance assurée. Mais pour les investissements dans l'innovation, dont les résultats seront ultérieurs c'est plus délicat. Seuls les États-Unis et la Chine donnent la priorité à l'IA et autres innovations. Cela pour des raisons de rivalités impériales. Ailleurs, comme en Europe ou en Asie, les priorités sont monopolisées par les enjeux cachés du vieillissement : sécurité, santé, immigration, retraite, des thèmes liés au vieillissement mais dont il est presque interdit de parler intelligemment, ou autrement. Car vu l'ampleur de la facture, il est urgent d'attendre, car la situation ne cesse d'empirer. Jusqu'à quand ?

Date de dernière mise à jour : 28/02/2026

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