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Qu'est-ce que le soralisme ?

Img 5Onfray, Soral "j'ai choisi mon maître"

Il y a plus de vingt ans de cela, je découvrais un sans-culotte du XXe siècle : Alain Soral ou plutôt ses écrits, arrivés jusqu’à moi sous forme de citations dans un mail.

Soral publiait alors des petits livres bien sentis

C’était alors un critique lucide du féminisme. Adepte de la « gauche du réel », du marxisme pratique et, surtout, fin connaisseur de la société de consommation, Soral publiait alors des petits livres bien sentis, souvent dédiés à Jean-Pierre Chevènement. Pendant des années, je me suis régalé de ses critiques de la fausse gauche et de ses attaques contre une droite qu’il jugeait vendue aux États-Unis. Lucidité : c’est probablement le mot qui me paraissait alors le mieux définir son profil.

le personnage avait quelque chose du mousquetaire solitaire

Je ne comprenais pas pourquoi il restait seul, entouré de quelques groupies (jamais les mêmes) sans jamais parvenir à construire autre chose que sa propre réputation. Car, déjà à cette époque, le personnage avait quelque chose du mousquetaire solitaire, amer de ne pas avoir sa place -mais laquelle ?- dans le système qu’il passait son temps à pourfendre.

Sa relation avec Thierry Ardisson illustre assez bien les qualités réelles du personnage, mais aussi ses limites : ou César ou rien. Soral avait du talent, de l’intuition, un certain sens de la formule et une capacité indéniable à repérer les hypocrisies de son époque. Mais il semblait incapable de concevoir une place qui ne fût pas la première.

La suite est connue.

Il refusa toute instrumentalisation par les lobbies et réseaux qu’il dénonçait : partisans d’Israël, gauche radicale des beaux quartiers, futurs rentiers de MeToo, maisons d’édition établies et autres puissances installées. Dégoûté par les dégoûtants, il finit donc par créer sa propre petite entreprise : Égalité et Réconciliation. Elle devint rapidement rien d'autre qu'un étendard. Le sien bien sûr.

Plutôt Raël que Voltaire, en somme

Là encore, le Rousseau du ruisseau se mua en gourou plutôt qu’en Jean Moulin. Plutôt Raël que Voltaire, en somme.

Le dernier chapitre ressemble à une caricature de caricature : l’antisionisme glisse vers l’antisémitisme après un passage au FN où, là encore sans grande surprise, Soral estime ne pas être reconnu à sa juste valeur. C'est sans dooute vrai du reste. A chaque étape de son parcours, la même pièce de théâtre se répéte : dénoncer les puissants, refuser les compromissions, puis finir par chercher soi-même une reconnaissance et un pouvoir à la mesure de son ressentiment. Bien sur ça échoue et rebelote !

Plus tard, son double, Michel Onfray, suivra une trajectoire comparable : opposant solitaire à tout, sauf à lui-même, jusqu’à se vendre à son tour, assez piteusement, à un parrain réactionnaire. Pour Michel, ce sera Bolloré ; pour Alain, le président à vie Poutine. Leur meilleur citation «  j'ai choisi mon maître ! ».

Ces deux sexagénaires, finalement très « années 1980 » dans leur posture intellectuelle, auront joué leur rôle jusqu’au bout : celui de boute-en-train de la contestation numérique, aussi libres qu'un pion isolé sur un échiquier.

Le soralisme, c’est peut-être finalement cela : moitié fascisme, moitié égoïsme, une révolte avant tout narcissique, qui commence par une critique souvent brillante des hypocrisies de son époque et s’achève dans le culte de celui qui la porte. Une révolte qui, faute de débouchés politiques, se transforme en entreprise personnelle, en rente symbolique puis en dérive individuelle.

Bientôt la retraite dorée ? Qui sait, l'époque est aux livres aussi vite vendus que (mal) écrits !

Date de dernière mise à jour : 08/10/2026

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