(et comment en tirer parti)
l'action Micron, pilier de l'IA
Rien ne semble, à ce stade, pouvoir enrayer la progression des valorisations des entreprises liées à l’IA. L’introduction en bourse récente de SpaceX n’a pas contribué à tempérer cet engouement. En dépit d’indicateurs financiers préoccupants et du profil de Musk, les marchés continuent de soutenir des entreprises dont la rentabilité demeure incertaine.
Une telle dynamique n’est pas sans rappeler la période précédant l’éclatement de la bulle Internet au tournant des années 2000. À cette époque, toute entreprise associée de près ou de loin au numérique bénéficiait d’une valorisation élevée, dans un contexte où Internet était perçu comme une révolution comparable à celle de l’imprimerie. Si cette intuition s’est révélée juste à long terme, la correction brutale des marchés a néanmoins entraîné une chute d’environ 80 % du Nasdaq, suivie d’une période de près de 20 ans nécessaire pour retrouver ses niveaux antérieurs.
La question se pose donc de savoir quand le secteur de l’IA va connaître une trajectoire similaire. Si l’hypothèse d’une correction apparaît certaine, son calendrier demeure très incertain. Les acteurs du secteur s’accordent néanmoins à reconnaître que les valorisations actuelles reflètent une dynamique spéculative en expansion continue.
Plusieurs facteurs structurels expliquent cette situation. D’une part, l’économie mondiale n’a jamais généré ni concentré autant de richesses, lesquelles doivent être allouées à des opportunités d’investissements. D’autre part, les politiques monétaires accommodantes des banques centrales favorisent la prise de risque en soutenant les marchés financiers en période de tensions.
des gains d’efficacité significatifs
Dans ce contexte, les investisseurs les plus prudents privilégient les obligations souveraines, considérées comme relativement sûres malgré l’endettement élevé des États. À l’inverse, les investisseurs plus audacieux se tournent vers des secteurs à fort potentiel de croissance, parmi lesquels l’IA occupe actuellement une place centrale. En effet, celle-ci promet des gains d’efficacité significatifs dans de nombreux domaines, allant de l’industrie à la finance, en passant par la médecine et la défense.
Cependant, l’histoire économique rappelle que toute révolution industrielle s’accompagne d’une phase de désorganisation marquée par de nombreux échecs et restructurations. À titre d’exemple, les débuts de l’industrie automobile ont vu émerger des centaines d’entreprises, dont seules quelques unes ont survécu. Une dynamique similaire a été observée dans Internet avant l’an 2000.
une forte incertitude quant aux acteurs
qui en tireront durablement profit
L’IA constitue ainsi un champ d’opportunités considérable, mais caractérisé par une forte incertitude quant aux acteurs qui en tireront durablement profit. Cette incertitude alimente une course aux investissements, dans laquelle seuls des efforts massifs en recherche et développement permettent d’espérer conserver un avantage compétitif. SpaceX par exemple avait récemment 100 milliards à son bilan... mais emprunte désormais sur les marchés !
Dans ces conditions, l’investissement dans ce secteur apparaît à la fois risqué et potentiellement peu rémunérateur à court terme. La persistance de la dynamique spéculative peut s’expliquer par des mécanismes similaires à ceux observés lors de la crise financière de 2008. À cette époque, la diffusion des actifs risqués dans l’ensemble du système financier avait contribué à prolonger et amplifier la bulle.
Aujourd’hui, la montée en puissance des produits d’investissement passifs, tels que les fonds indiciels cotés (ETF), participe à un phénomène auto-entretenu : ces instruments allouent mécaniquement des capitaux aux entreprises les plus valorisées, renforçant ainsi leur poids dans les indices et attirant de nouveaux flux d’investissements... Ce cercle cumulatif contribue à prolonger la phase d’expansion. C'est la définition d'une bulle.
Par ailleurs, d'autres sous-secteurs montent du fait de leurs liens avec l'IA (les microprocesseurs, la photonique, etc.).
Il convient dès lors d’attendre des
phases de corrections marquées
Dans ce contexte, les investisseurs les plus lucides adoptent généralement une approche fondée sur l’acquisition d’actifs de qualité à des prix décotés (ex : Coca-Cola ou Visa...). Or, les conditions actuelles de marché ne se prêtent guère à ce type de stratégie. Il convient dès lors d’attendre des phases de corrections marquées, souvent déclenchées par des événements imprévus, pour saisir des opportunités d’investissement.
Comme l’a souligné Warren Buffett, des événements inattendus sont susceptibles de provoquer des mouvements de panique généralisée : « quelque chose va venir de nulle part » a-t-il dit récemment. C’est précisément dans ces moments de désengagements excessifs -comme en 1987- que se présentent les meilleures opportunités pour les investisseurs capables de conserver une discipline analytique et émotionnelle. Ensuite il suffit de garder le plus longtemps possible ces actifs.