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Où va-t-on ?

Editorial nov. 2026 (pré-publication)

Images 5Manifestations, émeutes, RN, dettes… et ?

Périodiquement, le pays des révolutions fait la une des médias internationaux : les Français se révoltent ! C’est devenu presque régulier depuis la mobilisation contre la « loi travail » de 2016. La gauche se décomposait alors définitivement et une population flottante bien connue pillait les centres-villes, avant les Gilets jaunes en 2019 et d'autres encore en 2023...

Est-ce différent ? Est-ce pire aujourd’hui ? Notons que les violences touchent une bonne partie de l’Europe et que le mécontentement se manifeste aussi dans les urnes avec la montée régulière de partis néo-réactionnaires, aidés par une propagande médiatique massive.

Ces événements ne sont pourtant pas isolés. Ils s’inscrivent dans une période de tensions qui dépasse largement les frontières. Le monde se polarise : le retour des empires russe, états-unien et chinois menace l’indépendance de la France, voire l’économie de l’Europe. Autrement dit, aux fractures intérieures s’ajoutent des menaces extérieures tandis que le surendettement réduit les marges de manœuvre des États. Pour comprendre où nous allons, il faut donc examiner les ressorts de cette colère, mais aussi les contraintes qui pèsent sur ceux qui prétendent y répondre.

 

Jeunes migrants délinquants : comment le Covid a aidé à mieux déterminer l'âge des «vrais-faux» mineurs - Le Parisien

Les jeunes, les inégalités et les violences

Soyons sûrs d’une chose : le système médiatique exacerbe et exagère la réalité. C’est connu. Pourtant, les dernières émeutes, hyper-médiatisées, posent toujours les mêmes questions : qui ? pourquoi ? Plus encore, est-ce inédit ?

La question du qui ? est facilement résolue : toujours les mêmes, à savoir la population flottante des grandes villes, où la vie est de plus en plus chère. Pour éviter toute clochardisation, tout est permis, surtout la petite délinquance. Pourquoi ? Pour survivre, mais aussi parce que tout le monde adhère au même récit consumériste où le luxe apparent masque l’exclusion. Qui veut avoir l’air pauvre ?

toujours les mêmes

Est-ce inédit ? Pas vraiment. Le caractère soudain des violences donne l’impression d’un coup de tonnerre, mais il n’en est rien : une partie de la jeunesse a toujours été en marge du reste de la société. Bien que de moins en moins nombreuse dans les pays développés, la jeunesse nourrit depuis toujours les causes les plus saugrenues : islamisme, zadisme, masculinisme, fascisme/anti-fascisme, tueries de masse, etc. Des causes spectaculaires décuplées par le numérique. Cette population est aussi davantage touchée par les troubles mentaux ce qui n'arrange rien. Un cinquième des jeunes serait suicidaires. C’est documenté.

Mais réduire ces phénomènes à une jeunesse marginalisée serait insuffisant. Encore faut-il comprendre pourquoi cette marginalité persiste et pourquoi elle semble aujourd’hui si active. Car les comportements individuels s’inscrivent dans une « économie » qui ne cesse de se durcir.

Le vieillissement de la population concentre le patrimoine

Les hypothèques de notre époque font monter les tensions. Le vieillissement de la population concentre le patrimoine chez les plus de 50 ans. Aux autres, les miettes avec, en prime, la crise du logement. Résultat : la natalité se tasse encore davantage. De plus, les jeunes d’aujourd’hui subissent aussi les conséquences du fort taux de divorce de leurs parents, ce qui tend à réduire le patrimoine transmissible. Qui accédera désormais aux classes moyennes ?

À cette inégalité patrimoniale s’ajoute une autre déception : celle du travail, longtemps présenté comme le moyen de s’intégrer. Le monde professionnel déçoit, rémunère mal et génère parfois du harcèlement. Les menaces de l’IA ou les pollutions, angoissent encore davantage une jeunesse de plus en plus sensible aux sirènes démagogiques.

Dans ces conditions, le retrait politique n’a rien de surprenant. Beaucoup s’abstiennent (40 % des moins de 25 ans se sont abstenus en France en 2022), tandis que d’autres expriment leur colère en votant LFI ou RN. Deux perspectives conflictuelles, alors que le pays a besoin d’unité face aux défis impériaux et environnementaux. La colère sociale ne débouche donc pas sur une réponse politique commune : elle se disperse entre abstention, radicalisations et/ou révolte.

les émeutes éclatent tous les 10 à 15 ans

depuis les années 1980

Cela n’a rien d’inédit dans l’histoire : les émeutes, plus ou moins ethniques, éclatent tous les 10 à 15 ans depuis les années 1980. Quant aux mouvements sociaux, ils ne sont ni rares ni couronnés de succès. Les inégalités sociales, qui touchent particulièrement les jeunes, nourrissent donc une violence latente qui éclate périodiquement de façon dépolitisée. Coupées des réalités et des gens, les gauches traditionnelles sont ignorées des révoltés. Mention spéciale pour LFI, qui se comporte davantage comme une entreprise d’événements médiatiques que comme un parti politique.

Mais cette colère, aussi visible soit-elle, ne représente qu'une partie de la société. À l'autre extrémité, une population plus âgée, souvent propriétaire et davantage préoccupée par la préservation de ses acquis, regarde ces désordres avec inquiétude. Là où les uns dénoncent un système qui ne leur offre plus de perspectives, les autres réclament avant tout que le même système protège ce qu'ils possèdent. Et les plus de 60 ans sont largement majoritaires (seulement 12 % des plus de 65 ans se sont abstenus en 2022). C'est de cette opposition que naît le paradoxe politique français : la même crise nourrit à la fois la révolte et le désir d'autorité.

 

Bernard et Chantal, le (faux) compte de boomeurs retraités qui révèle la fracture des générations

Gérontocratie et ordre : un classique

Le reste de la population, c’est-à-dire essentiellement les moins jeunes, exige de l’ordre. La colère froide des braves gens est aussi un classique de l’histoire de France : Mai 68 a débouché sur un raz-de-marée gaulliste inédit.

la demande d'autorité finit souvent par l'emporter

Ce mécanisme pourrait bien se reproduire. Lorsque les désordres s'accumulent et que les gouvernants semblent impuissants, la demande d'autorité finit souvent par l'emporter sur les aspirations aux changements. Il en sera peut-être de même demain : face aux pillages, une majorité autoritaire pourrait émerger : le chaos nourrit les fachos ! Le pays de Bernard et Chantal est plus que jamais une gérontocratie sclérosée, engluée dans une croissance révolue et confrontée à une consommation devenue difficile.

Le vote RN et assimilés constitue donc une évidente « solution » pour les angoissés en quête d’un ordre rassurant. C’est une pièce de théâtre bien connue : de Pasqua à Sarkozy, le rappel à l’ordre est un attrape-voix très efficace. Les pré-retraités de la classe moyenne se font toujours avoir. Tous les démagogues qui se sont succédés ont échoué en matière de sécurité, mais peu importe : les électeurs ont la mémoire courte.

les finances publiques sont de moins en moins capables d'absorber les chocs

Reste une question essentielle : cette promesse d'ordre se heurte à des obstacles que les discours politiques préfèrent ignorer. Car la sécurité, comme la redistribution ou la relance économique, suppose des moyens. Or, précisément, les finances publiques françaises sont de moins en moins capables d'absorber les chocs. Le retour de l'autorité se heurte ainsi à une contradiction : on réclame toujours davantage de protection à un État dont les ressources se raréfient.

 

La dette publique de la France 2025 - Élucid

Une conjonction de crises inédite

C’est plutôt la conjonction des contraintes qui est inédite : cherté de l’énergie, macronisme finissant et dettes réduisent le pouvoir à quelques mauvais acteurs, las de jouer la même pièce.

Clivé, en quasi-récession et perclus d’inégalités, le pays s’américanise à toute vitesse : on se surendette pour tenir quelques mois de plus, avant un possible krach financier. Pour Paul Krugman, la France, en raison de son endettement, est même devenue "l’homme malade de l’Europe". Et à la télé on spécule sur des paniques morales émotives.

Il est devenu impossible de calmer les mécontents à coups de milliards, car les taux d’intérêt ne le permettent plus. Or, le coût de l’IA, aux États-Unis comme ailleurs, raréfie les capitaux. Du coup, les taux d'intérêt montent et, surtout, la méfiance à l’égard de la France augmente.

Le problème dépasse les seules erreurs de gestion françaises. Ces crises sont générales : le Royaume-Uni, l’Allemagne, mais aussi la Belgique et l’Italie doivent gérer à la fois le vieillissement rapide de leur population (et donc financer les retraites et la dépendance) et le coût de la modernisation de leur économie à savoir décarbonation, dépollution et souveraineté numérique. On en est loin. Les États doivent donc financer simultanément les dépenses sociales héritées du passé et les investissements indispensables à leur avenir.

Sans investissements les économies européennes

risquent de perdre du terrain

Or, ces dépenses ne sont pas facultatives. Sans investissements massifs, les économies européennes risquent de perdre encore du terrain face aux puissances chinoise et états-unienne, qui disposent de moyens considérables pour soutenir leurs industries et leur Tech. L'Europe se retrouve ainsi prise en étau : investir pour préserver son indépendance ou réduire ses dépenses pour rassurer les créanciers ? (lien : post-développement). Dans les deux cas, le choix est politiquement explosif.

La Grèce, mais aussi le Portugal et l’Italie, ont un jour été contraints de tailler dans les dépenses pour pouvoir se financer normalement. Aujourd’hui, la droite gouverne ces trois pays sans être véritablement contestée. Que faut-il en conclure ?

La comparaison invite à s'interroger sur la capacité des sociétés à accepter durablement l'austérité, surtout lorsque les sacrifices semblent inégalement répartis. Une politique de rigueur peut rétablir des équilibres financiers, mais elle risque aussi d'aggraver les fractures sociales qui alimentent la défiance envers les institutions. À l'inverse, continuer à dépenser sans limite n'est pas une solution lorsque le coût de la dette augmente et que les créanciers deviennent plus exigeants.

La BCE sera-t-elle à la fois le problème et la solution à cette crise inédite de la dette ? En tout cas, les dividendes du surendettement se paient déjà en casse dans la rue.

La solution ? L'innovation, mais celle-ci ne se décrète pas...

Date de dernière mise à jour : 26/10/2026

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