Vivement la Révolution !

 

DECEMBRE 2004

ÉDITO DU NUMERO 9 de REBELLION

Rebellion" est un journal indépendant de "Que faire ?". C'est bien volontiers que nous leur ouvrons nos colonnes, comme pour d'autres groupes et individus comme nous à la recherche d'une alternative politique à la pensée unique et aux partis de l'oligarchie. Mais bien entendu ce texte n'engage que ses auteurs, et non "Que faire ?".

Vivement la Révolution !

 

 

 

 

Le spectacle de quelques événements internationaux récents ne pouvait qu’attirer notre attention. Une analyse politique plus précise met clairement en lumière la logique démente qui gouverne la marche du monde actuel.
Les récentes élections présidentielles américaines ont reconduit pour quatre ans de plus G. W. Bush à la tête de la superpuissance mondiale. Les électeurs américains ont choisi clairement une politique qui va à l’encontre des intérêts de la majorité des peuples de la Planète. Ils ont redonné le pouvoir aux lobbys de l’armement et du pétrole, aux multinationales qui ravagent écologiquement et socialement le monde, aux fanatiques religieux aux rêves messianiques et à ceux qui considèrent l’Europe comme une colonie soumise. Cela étant dit, les yeux de Chimène que les médias européens avaient pour son concurrent et complice Kerry témoignaient d’une soumission obscène de nos sociaux-démocrates de droite et de gauche à la politique américaine. Il s’agissait pour la classe dominante européenne de nous faire croire qu’il existe une classe dominante saine, y compris aux États-Unis et que dans le meilleur des mondes de gauche bourgeoise le vilain Bush serait honni par tous les gentils démocrates ne rêvant que de mondialisme équilibré et porteur de paix universelle. Seulement, dans la réalité, cela ne marche pas de cette façon. Kerry n’aurait rien changé à la politique d’agression envers l’Irak et le Moyen Orient, la seule différence aurait peut-être résidé en politique intérieure où Kerry est le représentant des lubies démocrates sur la discrimination positive et autre poudre aux yeux, (quoique Bush n’ait lui-même pas grand-chose à lui envier sous ce rapport là) utilisée par le capital afin de maintenir sa survie prolongée. A ce petit jeu les électeurs du cœur des USA ont préféré la franche politique agressive de Bush qui a, au moins, pour mérite de ne pas s’embarrasser de nuances et d’annoncer assez clairement ses objectifs même s’il est nécessaire de déchiffrer et de dénoncer de notre point de vue les coups retors portés aux peuples du monde entier par le capital états-unien, toujours en quête de justification humanitaire à ses exactions. De toute façon, il apparaît de plus en plus, que pris de vertige devant l’étendue des bouleversements provoqués par leur guerre d’agression et inquiets de la montée de la contestation de leur hégémonie, les États-Unis ont choisi la course vers le vide. Leur pouvoir est fragile (7500 milliards de dollars de dettes) et menacé par le façonnement du monde qu’ils tentent de faire naître brutalement depuis la fin du bloc de l’Est. Telle la créature du Docteur Frankenstein, le chaos leur échappe et va les emporter vers l’abîme.

On comprend dès lors la médiatisation des mésaventures électorales de M. Iouchtchenko, candidat de l’opposition « démocratique » et pro-occidentale à la présidence ukrainienne. Les médias sont revenus sans cesse ces dernières semaines sur son « juste » combat face au président Ianoukovitch, qui est soutenu par le Kremlin. Cette belle unanimité n’est pas neutre, elle s’explique aisément : les médias aux ordres soutiennent un camp bien précis, celui des valets de Washington. Qu’importe en effet la démocratie, ce qui importe c’est que ces « démocrates » soient partisans de l’ancrage de Kiev à l’Occident. On vit même réapparaître, aux côtés de Iouchtchenko, le petit électricien de Gdansk, Lech Walesa. Si pour Lénine, le socialisme c’était les soviets plus l’électricité, pour Lech Walesa la contre-révolution c’est l’ancrage à l’Occident plus le court-circuitage des luttes ouvrières. Passé maître dans l’art de la mystification durant les années 80 en Pologne, le bellâtre de la Baltique s’était fait quelque peu oublié depuis. Rappelons l’exemplarité du prolétariat polonais durant ces années-là, réussissant à développer ses luttes par leur extension géographique à l’ensemble du pays. Malheureusement, les ouvriers polonais allaient être spoliés des résultats de leurs efforts héroïques par le contexte géopolitique de l’époque. L’immixtion des puissances occidentales- intéressées à l’affaiblissement de l’URSS d’alors- au sein des luttes ouvrières grâce à leurs agents de propagande (syndicats collaborateurs occidentaux, agents d’influence droits-de -l’hommistes, trotskystes et représentants du Vatican) afin de récupérer celles-ci pour les besoins de leur lutte contre le système soviétique ne pouvait que rendre possible la dure répression qui s’ensuivit puis, ultérieurement, lors de l’effondrement du bloc de l’Est, le passage de la Pologne au marché capitaliste et son intégration, au premier plan, dans le jeu atlantiste. Derrière la croix, dressée à l’entrée des chantiers navals de Gdansk où officiait Walesa, se cachait le spectre hideux du grand Satan occidental.

Le dévolu, jeté sur l’Ukraine, par les puissances occidentales dirigées par les intérêts états-uniens n’est que la tentative de parachever le processus de dislocation de l’Europe centrale et de son prolongement oriental, mis en place de manière efficace durant les années 80 face à l’empire soviétique. La dernière riposte soviétique d’envergure à ces manigances s’était produite antérieurement en Tchécoslovaquie durant l’été 68. L’Ukraine a une importance stratégique (entre autre, passage d’oléoducs) cruciale pour l’affrontement entre l’Amérique et l’Eurasie. Le plan Brezinski (qui théorise les enjeux stratégiques américains des années 90) avait d’ailleurs désigné le pays comme un objet d’attention pour les USA. Historiquement, l’Ukraine est une périphérie de la Russie, une de ses marches occidentales qui en se déclarant indépendante ne pouvait que choir de l’influence russe dans l’orbite américaine. Après l’intégration des anciennes démocraties populaires et des Pays Baltes à l’OTAN, l’implantation en Asie Mineure et en Géorgie de troupes US pour « combattre le terrorisme » et le soutien à la subversion tchétchène, les États-unis continuent à renforcer l’encerclement de la Russie. L’ensemble de la campagne de l’opposition a été financé et organisé par les États-Unis. Les mêmes services qui donnèrent plusieurs  centaines de milliers de dollars aux groupes qui organisaient les manifestations et la tentative de coup d’état contre le président élu du Venezuela, Hugo Chavez, sont à l’œuvre pour déstabiliser l’Ukraine et la Biélorussie.

Si Poutine n’a pas jusqu’à présent répondu de manière claire à ces agressions répétées (fautes de moyens ou de volonté ?), la renaissance de la puissance russe reste une interrogation majeure pour les débuts du XXIe siècle. Elle est la seule concurrente sérieuse de l’Empire américain, l’Europe n’arrivant pas à se construire comme puissance politique. Dès lors, il est de notre devoir de mettre en exergue la nécessité, pour tous les peuples européens, de dépasser les vieux clivages nationalistes ayant miné notre continent depuis la fin du 19° siècle. Ceux-ci sont désormais instrumentalisés par les USA et toutes les forces mondialistes. Le peuple ukrainien ne doit pas se laisser circonvenir par les deux camps en présence, fausse alternative par laquelle il est en train de se faire manipuler. La Russie elle-même ne se relèvera que lorsque auront été chassés du pouvoir les bureaucrates actuels, gestionnaires du capitalisme. Russes, ukrainiens, européens, retrouvons le chemin de la lutte contre le seul et véritable danger : le capital !

Pour finir notre tour d’horizon en Europe occidentale, signalons que nos gouvernements continuent leurs gesticulations autour d’une Constitution qui ne répond à aucune des attentes des peuples européens. Quant au débat public sur l’entrée de la Turquie dans l’Union, il est renvoyé aux calendes grecques. L’incohérence de la politique étrangère européenne n’est que la preuve de la soumission de nos chefs d’états à leurs maîtres d’outre-atlantique.

L’Amérique ne règne pas seulement par les armes, mais surtout par notre acceptation de ses principes, de ses valeurs et des institutions dont elle se veut la garante. Tant qu’une remise en cause totale du système économique capitaliste et, de son corollaire idéologique, la démocratie droit de l’hommiste, n’aura pas eu lieu nous serons toujours sous la domination yankee. Nous avons un exemple de cette volontaire servitude avec le référendum interne au Parti « Socialiste ». La victoire prévisible du « Oui » aligne le P « S » sur l’UMP, et ne fait que confirmer l’accord entre les élites de gauche et de droite pour interdire toute remise en cause du système. 

De cette mascarade, nous pouvons tirer des leçons. Nous assistons à l’émergence d’une « Nouvelle Classe », une oligarchie qui verrouille toutes les aspirations à un changement radical. Elle contrôle pour l’instant idéologiquement les masses, mais elle voit se dresser contre elle un fort courant populiste. Ce populisme qui n’est qu’une réaction pour l’instant, n’est basé que sur des références nostalgiques (République ou État-Nation) et peine à proposer un projet concret à opposer à cette société arbitrairement inégalitaire.

Nous ne cessons de dénoncer les monstruosités qu’engendre la domination de la forme- capital, notamment dans sa phase actuelle de mondialisation. Il n’y a là aucun souci « monomaniaque », nous considérons qu’il est impératif de comprendre les mécanismes qui articulent le monde, de les expliquer au plus grand nombre de nos camarades pour briser le mur de la désinformation et du découragement. Notre but est de faire passer le peuple du stade de la seule consommation et de la passivité à une pensée et une pratique critiques. Le rôle des révolutionnaires n’est pas de constituer abstraitement un parti autoproclamé révolutionnaire, mais de préparer cette nécessaire révolution en se mettant au service du peuple et des travailleurs.

 

Au sommaire du numéro :

  • Édito : Vivement la révolution !
  • Madrid 11 Mars 2004 - retour sur un mensonge d'État.
  • Les Idéologies de Bush : les faucons néo-conservateurs US.
  • L'Irak ou la solitude d'un impérialisme.
  • Offensive de la droite sur les 35 H.
  • Hugo Chavez, une vie au service de la révolution populaire ( 1er partie)
  • + l'actu de la contre culture européenne et des luttes sociales.

 

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