Capitalisme financier et faillite des États

Février 2006

Capitalisme financier et faillite des États :

le problème de la dette des pays du Nord

par : FX

C’est un fait depuis plus de deux décennies : le coeur du capitalisme est moins productif que financier, les bourses sont le centre de l’économie mondiale. Au processus classique et premier de génération du profit (« l’extorsion de la plus-value », selon Marx) est venu s’adjoindre un autre processus, dont l’importance quantitative n’a cessé d’augmenter depuis vingt ans : celui de la spéculation financière.

Ce changement de nature de la course aux profits permet de repenser le rapport de l’État à son financement et à sa dette. Il engendre dans le fonctionnement des organismes publics un cercle vicieux qui alimente une autre « extorsion de la plus-value » qui n’a plus pour origine la production manufacturière mais le dépeçage budgétaire des États-nations.

 

La levée des obstacles juridiques aux transactions internationales a été l’objectif historique du GATT (et de l’OMC ensuite). En même temps que la levée de ces contraintes juridiques permettait aux entreprises de délocaliser leurs profits là où les taux d’imposition étaient les plus avantageux (c’est ainsi que l’Irlande a réussi à attirer de nombreux capitaux), elle créait entre les États une concurrence féroce. Les conséquences sociales ou sociétales de cette concurrence sont assez connues. Mais il n’est pas inutile de s’intéresser aux conséquences qu’ont eues ces évolutions sur les budgets des États, et en fin de compte, sur leur capacité à financer des politiques publiques.

Une sorte de paradoxe apparaît. Les hérauts de ce nouveau capitalisme ratent rarement une occasion d’appeler à la bonne gouvernance des États : réduction de la dette, paiement des échéances, augmentation de la productivité des appareils étatiques. Dans le même temps, les agences de notation et les institutions financières internationales ne s’alarment presque jamais des dettes colossales contractées par les États du Nord. Les déficits colossaux des États-Unis sont traités par le gouvernement américain comme par les autorités financières internationales avec une désinvolture étonnante. La publication récente du rapport Pébereau en France a tout de même poussé l’agence Standard & Poor’s à déclasser la France de AAA+ à … AAA-. Des pays comme l’Italie ne paient leurs obligations qu’à peine plus cher que la France malgré un endettement qui dépasse en valeur 100% du PIB. Bref, cette mansuétude internationale contraste fortement avec la violence des rappels à l’ordre adressés aux pays en développement par les pays ou institutions prêteurs. Il ne faut pas voir dans l’attitude des créditeurs la moindre trace d’humanisme : il s’agit d’un caractère structurel du capitalisme financier.

 

Malgré les crises, les profits des entreprises augmentent. Que faire de cette masse de liquidités ? L’investissement dans une entreprise classique (une usine, etc.…) est bien sûr toujours possible mais largement moins rémunérateur qu’un investissement purement financier. Cette constatation explique qu’une part importante des profits engendrés par les entreprises soit investie dans des produits spéculatifs. Hélas, la spéculation n’est pas sans risque… L’achat d’obligations d’États permet de compenser en partie ces risques. Cet argent facile à trouver, disponible très vite et relativement bon marché n’encourage paradoxalement pas les États à trouver des solutions innovantes aux problèmes de la dette.

La dette des pays riches possède les qualités qui font défaut à celle des pays pauvres. Les pays du Nord sont solvables et paient leurs échéances. La stabilité politique y est à peu près assurée. Mieux, en Europe, les critères de Maastricht sont une aubaine pour les financiers. En définissant un stock maximal de dettes pour les États membres (60 % du PIB), ils apportent une garantie de solvabilité à terme aux investisseurs. D’ailleurs, le dépassement de ce seuil n’inquiète vaguement que lorsque les 60% sont largement dépassés (Belgique, Italie, etc…).

Assez bizarrement, le capitalisme financier, malgré ses exhortations, n’incite donc pas vraiment à la diminution de la dette des pays riches. En revanche, il y trouve une puissante justification au démantèlement de l’État. Les organismes de sécurité sociale en fournissent un exemple intéressant : ce sont les mêmes entreprises ou institutions financières qui financent par leurs profits la dette des organismes de sécurité sociale, et qui appellent à leur réforme ou leur privatisation en pointant des déficits vertigineux…

Des solutions existent : il est frappant de constater que la Suède, dont le spectaculaire rétablissement des finances publiques a enchanté les hérauts français du désendettement, avait fixé comme objectif à sa thérapie des finances publiques la préservation de son système d’État providence (quoiqu’on puisse par ailleurs penser dans le détail du résultat obtenu) et non sa privatisation.

 

Le maintien dans le rouge des finances publiques des États riches est donc au pire un moindre mal, au mieux une opportunité de profit pour le capitalisme financier. Les obligations deviennent une sorte de remboursement de l’impôt ! La dénonciation bruyante et périodique des déficits publics permet par ailleurs de hâter la privatisation de certains ex-services publics et par là de générer d’autres profits. Peu importe si la lourdeur des remboursements de la dette empêche le financement des politiques publiques ! Ce sera une occasion inespérée de faire croire à une opinion désinformée que l’État est un acteur économique inefficace. Une nouvelle extorsion de la plus value est née du capitalisme financier : elle tient à un rapport pervers à l’État dont la survie financière est liée à l’afflux de financements issus des profits capitalistes qui tendent à l’affaiblir.

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