L’Islam et les jeunes

Retour du spirituel ou gesticulations gauchistes ?

par : Terouga sept 2003

 1) Une parcellisation favorable aux déviances

 

Depuis la fin des années 80, on assiste à un développement plus ou mo ins bien perçu de l’Islam en général. En effet le nombre de mo squées est passé de 4 en 1965 à plus de 1000 au début des années 1990. C’est généralement de là que part le débat, sans plus de nuances. A dire vrai, il faut déjà s’entendre sur ce qu’on appelle l’Islam. Comme le Judaïsme et le Protestantisme (autres religions minoritaires), l’Islam est éclaté en groupes et rites plus ou mo ins rivaux, peu capables de s’entendre sur quoi que se soit. C’est de là que viennent les difficultés de représentation de cette religion. C’est une différence avec les Juifs et les Réformés, qui se sont donné des organes de représentation.

Ainsi a-t-on souvent à faire à des représentants autoproclamés qui "squattent" les débats locaux et qui généralement ne représentent qu’un groupe très restreint de musulmans. L’assise de ces groupes est généralement ethnique, national ou théologique. De plus, quand émerge une mo squée un temps soit peu fréquentée, la question des rapports avec la mo squée de Paris se pose. Interlocuteur officiel et quasi-unique des autorités, la mo squée de Paris (toujours proche du pouvoir en place à Alger) a très longtemps servi de "police" des musulmans en France. Ce n’est que depuis dix ans qu’une nouvelle génération de croyants plus jeunes et supposés plus radicaux est venu casser le mo nopole de cette institution. Or, cette pluralité islamique favorise sans conteste les petites "sectes" et autres déviances extrémistes.

 

2) Le miroir inversé de l’Islam

La principale contradiction dans l’Islam est l’opposition générationnelle.

Amené dans les valises des "papa" immigrés maghrébins ou turcs, l’Islam est longtemps resté marginal et très discret, ces hommes venus en France pour travailler sans répit n’ont jamais réclamé grand chose au niveau cultuel, rêvant généralement de repartir fortune faite, l’Islam restait une affaire privée. Les premières mo squées ont donc végété sans faire parler d’elle. Il faut attendre l’arrivée à l’âge adulte des enfants du regroupement familial pour que l’Islam revienne en force. Tel le feu sous la braise, la seconde religion de France a surgi là où on ne l’attendait plus. Dans une France laïcisée, en voie de vieillissement, éloignée des valeurs traditionnelles du catholicisme, l’Islam a donné à la France une image inverse d’elle-même : l’Islam paraît être une affaire de jeunes, sans représentants, associé aux banlieues de la misère et à la violence, les pires élucubrations ne sont pas loin (sorcellerie, envoûtement, etc.). Là aussi les publicistes de toutes tendances ne font pas dans le détail. Et les plus ardents défenseurs des immigrés n’ont pas aidé à clarifier les choses en amalgamant musulmans et "damnés de la Terre". Mais surtout, derrière des descriptions journalistiques bien souvent sensationnalistes nul ne s’est demandé pourquoi des jeunes se convertissent ainsi à une religion pour le mo ins très inadaptée au mo nde post-industriel.

Tout ceci parait très brouillon : les jeunes musulmans les plus tonitruants ont souvent une chéchia sur la tête et des Nike aux pieds... La visite de forum internet "islamiques" dé mo ntre une très nette médiocrité intellectuelle et une méconnaissance crasse de l’histoire de cette religion, de ses tendances, de ses rites où, finalement, on trouve les pires obscurantismes et la plus raffinée des poésies... Les jeunes musulmans rivalisent d’imagination pour trouver une réponse "islamique" à des problèmes aussi graves et cruciaux que l’épilation ou l’âge du mariage de la dernière femme du Prophète... C’est sans intérêt.

 

3) un gauchisme vert

 À dire vrai, le concept de "clé générationnelle" permet d’y voir bien plus clair.

Les "gauchistes" des années 60-70 étaient, eux aussi, issus d’une génération très éprouvée par l’histoire. Grands-pères socialistes (1914, 1936...), pères communistes et résistants (1947, 1958...), les agités du Quartier latin ont à la fois recyclé ces parcours politiques et rompu avec en se faisant anarchistes, maoïstes ou trotskistes. Comme nos jeunes zélotes des banlieues nos gauchistes d’hier n’ont pas hésité à faire de la surenchère pour bien dé mo ntrer que eux n’échoueraient pas comme leurs pères à faire la Révolution. Eux aussi ont préféré les mo yens aux fins, eux aussi ont épouvanté la France des campagnes, eux aussi ont utilisé les media friands de leurs provocations prolétariennes... Les parallèles ne manquent guère. La Chine de Mao était un mo dèle certes exotique, mais bien peu adaptable à la France des années 70. On peut en dire autant de l'Afghanistan des Talibans... Si provocation n’est pas raison, provocation rime avec intégration. En se présentant comme des empêcheurs de penser en rond, on leur a vite ménagé une place au soleil. Une façon de les calmer ?

Une soumission réelle et durable aux valeurs courantes de l’Islam traditionnel impliquerait un coût énorme pour ces prétendus convaincus : famille nombreuse, prières pluriquotidiennes, apprentissage de l’arabe littéraire classique, Ramadan éprouvant, pudeur externe, interdiction des mariages mixtes, du crédit, de l’alcool. Si une certaine éthique islamique (hygiénisme, discipline, mo rale) peut séduire quelques jeunes, cela n’est tout simplement pas vivable dans la durée. Ce type de vie anti- mo derne est non concurrentiel dans le marché généralisé qu’est devenue notre société. À ce sujet, les "vieux arabes" sont très généralement la risée de leurs enfants, totalement dépassés par le " mo uvement", cela n’est pas sans rappeler la phrase d’A. Gramsci : le vieux mo nde est mo rt et le nouveau n’est pas encore né. Cela explique chez ces jeunes activistes la juxtaposition d’archaïsmes identitaires totalement décontextualisés (polygamie) et d’engouement naïf pour les mo des les plus occidentales.

De plus, le caractère péremptoire de ces jeunes convaincus n’est pas sans renforcer une certaine névrose sexuelle. En effet, l’exacerbation du "marché du sexe" pour les jeunes de notre pays a tendance a être en contradiction totale avec la mo rale sexuelle supposée attachée à l’Islam. Là aussi le vieux mo nde rural et mo ral est mo rt et le nouveau n’est pas encore né. Ces jeunes fantasment sans honte sur les neuf femmes du Prophète sans vouloir que leurs cousines et leurs soeurs sortent de l’immeuble. Là aussi le parallèle avec les "gauchistes" est facile : derrière la rigueur et le puritanisme des maoïstes, il n’y avait pas les préceptes du président Mao, mais bel et bien une fascination/répulsion pour le développement d’une société française définitivement urbaine où la civilisation des loisirs allait remplacer la civilisation du travail. Les premiers producteurs du cinéma porno se firent longtemps passer pour des subversifs anti-bourgeois. Les philo-islamistes naviguent dans les mêmes ambiguïtés.

4) L’Islam entre affaire privée et déclin public

Du coup, on connaît déjà la fin de l’histoire : pour un seul retour réel et personnel au spirituel, combien vont se ranger très doucement ? Ils apprendront (ou savent déjà) que voiler les filles et se laisser pousser la barbe est aussi spirituel que les cheveux longs et les seins nus étaient révolutionnaires en 1969. Les plus convaincus s’abstiendront définitivement de boire mais seront sans pitié pour les inévitables "enfants perdus" de la cause. Les gauchistes aussi furent tentés par le maquis et le "terrorisme", souvent pour de justes causes (Viêt-Nam, Palestine...), c’était oublier que la France de l’après-guerre avait autre chose à faire que rejouer aux Résistants et aux Collabos.

Les jeunes musulmans poursuivent les mêmes buts que leurs ancêtres "marxistes-léninistes" : ils veulent pousser les "vieux" vers la sortie en se mo ntrant plus royalistes que le roi. Poussés par des media obsédés par le sensationnel nos gauchistes new look n’ont pas fini de faire parler d’eux alors même que "la trahison des clercs" est déjà certaine.

 

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