La franc-maçonnerie au XXI°s

Par les temps troublés qui sont les nôtres la franc-maçonnerie fait souvent figure d'épouvantail ou de repère moral. Répétition générale du futur « gouvernement mondial » ou réseau progressistes discret, la franc-maçonnerie n'en finit par d'agiter périodiquement imaginations et publications en quête de sensationnel à peu de frais.
En de début de XXI°s il est bon de faire le point sur ce réseau de réseaux qui irrigue le monde entier de bons sentiments qui peuvent pourtant parfois cacher... autre chose.

Les symboles franc-maçons participent au mythe de leur puissance...



L'avenir d'une illusion

L'histoire de la franc-maçonnerie ne fait plus débat.
A l'époque des Lumières, quelques intellectuels avancés, en rupture plus ou moins franche avec l'Eglise se sont fédérés dans des clubs élitistes. Leur but ? Se retrouver tranquillement et échanger sur des sujets divers et variés en rapport avec les défis de l'époque, les grandes idées voisinant souvent avec la trivialité la plus ordinaire.
Cette franc-maçonnerie des origines est une sorte de confrérie, d'association à références religieuses qui ne prône aucune de révolution. Les premiers « frères » (1) apparaissent dans le pays le plus libéral et le plus ouvert d'Europe : en Grande Bretagne où elle attire une partie des élites les plus attachées au libéralisme et refusant la toute puissance du roi.

Une infime minorité de possédants et de bourgeois cultivés se réunissent en clubs


Progressivement et selon les circonstances les francs-maçons essaiment un peu partout, en Europe mais aussi dans les colonies britanniques puis françaises. Comme toujours, une infime minorité de possédants et de bourgeois cultivés se réunissent en clubs pour échanger informations, idées et renseignements utiles dans leur quotidien.
Certains ont accusé les loges d'être les préparatrices des événements révolutionnaires de 1789. Certes les francs-maçons sont assez nombreux chez les élus des Etats Généraux, mais les bouleversements des années 1792-1794 dépassent complètement les idéaux des « frères » de 1789. Souvent composées de nobles et partisanes d'une monarchie constitutionnelle les loges de cette époque sont dépassées puis souvent détruites par la guerre civile.
Par la suite, sous l'Empire, elles réunissent à nouveau les élites qui se proclament les plus « éclairées ». Si Napoléon n'a jamais été « initié », il laisse ses proches adhérer aux loges et piloter leurs activités, comme toujours, aucunement subversives.
C'est là une constante de la franc-maçonnerie, en France comme ailleurs elle n'a jamais été une opposition déclarée à quoi que se soit. C'est seulement l'intransigeance du Vatican ou d'un gouvernement qui va pousser une partie des Frères à rompre bruyamment avec Dieu ou à participer à la Commune de 1871.
En France, contrairement à tous les autres pays d'Europe, la bataille politique autour de l'Etat au XIX°s agite les élites et le reste de la population. Un siècle de révolutions, de coups d'Etats et de guerres divise la population sur le gouvernement du pays. Doit-on revenir à une monarchie tempérée ou doit-on instaurer une république ? Comme souvent les conservateurs sont du mauvais côté de l'Histoire, ils redoutent le mouvement ouvrier, la révolution, le progrès et s'accrochent naïvement à une monarchie rêvée sans passée et surtout sans avenir. Les plus lucides de ces notables, les « opportunistes » rejoignent Gambetta dans l'arc républicain qui, à l'Assemblée, élabore la III° république après le départ du président Mac Mahon.
C'est à cette époque que la franc-maçonnerie française va avoir une certaine cohérence politique et surtout une influence certaine. Franchement républicaine à cause du soutien de Rome aux monarchistes, une majorité de la franc-maçonnerie s'engage dans le combat républicain et rompt avec l'idée de Dieu en 1877, les frères français sont alors les premiers (et quasiment les seuls) francs-maçons laïques. Ils sont, depuis cette époque, les défenseur traditionnels de la loi de 1905 (2).

La franc-maçonnerie française et autre ne véhicule pas de message très clair

Sorti de cette position politique affirmée, la franc-maçonnerie française et autre ne véhicule pas de message très clair. Contrairement aux idées reçues, la franc-maçonnerie est souvent une machine à répéter les mêmes choses, parfois sans réelles innovations, c'est le cas des loges dites « symboliques » où les amateurs interrogent les grands symboles et leur font dire tout et son contraire. Les problèmes sociaux sont abordés, mais c'est de moins en moins le cas depuis les années 1980 où l'influence de la franc-maçonnerie décline franchement malgré de fréquents happening dans les média (3).

En déclin depuis 1945 ?

Ce déclin de l'influence maçonnique a plusieurs causes.
A la veille de la seconde guerre mondiale l'organisation est encore très puissante en France. Ailleurs dans le monde, elle se développe, mais son caractère souvent anglo-saxon (référence à Dieu et conservatisme politique) la fait prendre toutes les formes et surtout la coupe du progressisme.
La tragédie de l'occupation nazie liquide pas mal de francs-maçons français engagés dans de multiples mouvements de résistance (même si certains collaborent à titre personnel). Vichy dissout les associations maçonniques et organise la vengeance des réactionnaires envers ces réseaux républicains et laïques.
En 1945 des dizaines de frères sont morts pour libérer la France, les obédiences maçonniques renaissent, mais l'enjeu n'est plus le combat pour la république. La France de 1945 ne s'interroge plus sur sa forme de gouvernement, « l'Etat Français » antirépublicain en tous points à, involontairement, installé l'idée d'une France républicaine, laïque et sociale. Du coup, la franc-maçonnerie n'a plus son utilité première de défense des idées humanistes. Durant des décennies, tous les partis politiques vont être sur cette ligne : des démocrates-chrétiens aux Communistes on défend les acquis sociaux, l'égalité devant la loi, etc. pour être progressiste il n'est plus nécessaire d'être franc-maçon. Les Communistes ou certains gauchistes vont même bien plus loin que les loges et animeront le changement social surtout en mai 68 où la franc-maçonnerie est complètement surprise des évènements.
Cette victoire des idéaux maçonniques/humanistes prive la franc-maçonnerie de sa raison d'être. Et, progressivement, les loges françaises redeviennent ce qu'elles étaient avant le XIX°s, un repaire de notables animés des meilleures intentions du monde mais sans réel poids sur la politique.

dernier livre d'A. Bauer, ex "grand maître" du GODF et conseiller de Sarkozy

d'une intelligence remarquable il a vendu des conseils à des mairies en matière de sécurité

il aurait aussi inspiré le dossier "ultra gauche" auprès du ministère de l'intérieur

http://www.rue89.com/2009/04/08/y-a-t-il-quelquun-pour-arreter-alain-bauer

 

Le virage trouble des années 1980

Comme le PS arrivé au pouvoir en 1981 la franc-maçonnerie se laisse entraîner dans les méandres du libéralisme

Pourtant, la franc-maçonnerie ne disparaît pas, son obédience principale, le Grand Orient de France (GODF) participe du mieux qu'elle peut aux grands débats de société. Des « frères » connus militent pour le droit à l'avortement ou encore pour le droit de mourir dans la dignité. Le « grand maître » F. Zeller, secrétaire de L. Trotsky dans sa jeunesse, entretient encore l'idée du GODF très engagé (il aura toute sa vie de bonnes relations avec Pierre Boussel dit « Lambert », chef d'une faction trotskiste), mais la sociologie des Frères suit la pente des élites françaises des années 70-80. Comme le PS arrivé au pouvoir en 1981 la franc-maçonnerie se laisse entraîner dans les méandres du libéralisme : les réformes libérales des gouvernements Mitterrand et Chirac ne soulèvent guère de critiques rue Cadet (siège historique du GODF) et les questions étudiées annuellement par les loges sont de moins en moins sociales mais plus sociétales. A l'humanisme rigoureux des années d'après guerre succède un silence gêné sur bien des sujets, à part sur la laïcité qui n'est, d'ailleurs, plus vraiment menacée.
Reste que dans l'ombre de ces « années frics » certaines loges deviennent localement des repaires d'affairistes. Bien des aigrefins fondent des loges pour étendre leurs affaires, c'est le cas dans le sud-est de la France où plusieurs affaires remuent le GODF local mais surtout certaines loges de la Grande Loge Nationale de France (GLNF), représentante en France de la franc-maçonnerie britannique...
Même relations troubles en Afrique où franc-maçonneries « française » et « anglaise » rivalisent pour accéder à l'entourage des chefs d'Etat les plus controversés... O. Bongo sera affilié au GODF avant de créer sa propre obédience, des sommes d'argent énormes circulent.
Très vaguement centralisées les obédiences, divisées et souvent minées par des querelles de personnes, ne peuvent éviter les dérives de certaines loges. A. Bauer au GODF fera tout de même le ménage en excluant plusieurs loges convaincues de corruption et de trafics d'influence.
Néanmoins, malgré de réelles tentatives pour peser sur le débat politique, le GODF et les autres obédiences françaises sont nettement en marge des débats. Au sommet comme à la base les frères sont très divisés politiquement et aucun parti ne peut se prévaloir d'être soutenu par une obédience en particulier.

Demain

Pourtant, malgré cette absence de poids politique, la franc-maçonnerie demeure une structure attractive. Bien des militants de toutes les causes se retrouvent sur les colonnes des « temples » maçonniques.
C'est très variable selon les régions et les villes, mais certaines zones sont encore de vrais viviers pour les loges. Ceci étant dit, et malgré des coups de tonnerres médiatiques, bien peu de cohérence se dégage. La situation reste la même depuis l'après-guerre car la franc-maçonnerie n'est plus le seul endroit où des discussions et des idées libres peuvent s'échanger. Les grands partis politiques, même s'ils chérissent tous les obédiences, puisent leurs idées et leurs programmes ailleurs. Bien plus puissantes que la franc-maçonnerie on trouve les organisations mondialistes qui pèsent d'un autre poids ou encore les institutions européennes auxquels tous les partis sont soumis.
De plus, comme toutes les organisations installées, les obédiences maçonniques ont comme priorité la stabilité de leur organisation et la gestion d'un patrimoine conséquent. Généralement les profondes disputes éclatent pour la gstion de ces structures.
Pour toutes ces raisons (apolitisme, modération, gestion d'une organisation) les loges recrutent assez bien par ces temps où les partis politiques déçoivent et où les autres organisations ne garantissent rien. Etre « frère » en plus d'être encarté quelque part c'est une sorte de « plus » qui garantit un réseau généralement amical qui peut toujours servir. Reste à savoir à quoi.

1 : la franc-maçonnerie est une structrure associative, mais les noms sont changés : le président est un "vénérable maître", l'asso est une "loge", les membres sont des "frères", etc.

2: seule une majorité de la FM française (GODF et le Droit Humain) est devenue laïque, les autres sont restées dogmatiques (elles reconnaissent la réalité d'un dieu unique) : GLNF, GLTSO, etc.

3 : souvent d'anciens cadres des directions maçonniques parlent dans l'Expresse, organe des réglements de comptes entre frères.

Nous joindre : valactrep @ yahoo.fr

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