Le sexualisme, nouvelle religion

 

Religion, du latin relegere, relier

C’est sans doute la première fois dans l’histoire de l’Humanité qu’une fonction biologique -la sexualité- sort de son cadre d’origine pour verser dans le social. En effet, si la reproduction humaine a toujours été à la fois un besoin et une fonction vitale pour notre espèce, force est de constater qu’après des siècles de réglementations, la sexualité est devenue si « libre » qu’elle est devenue un nouveau paradigme, une sorte de nouvelle religion.
Pas une société, pas une classe sociale ou classe d’âge n’échappe à la sexualisation de son quotidien. L’activité sexuelle concerne même les exclus d’hier : handicapés, religieux, personnes âgées, jeunes, élèves, etc. Les dérives sont évidentes : pédophilie, viols, marchandisation, prostitution mondialisée, etc. Mais cela ne semble ni inquiéter ni même interroger le reste de la société qui jouit.


Rappelons que la religion a plusieurs fonctions :
- donner un sens à la vie
- relier les fidèles malgré leurs différences
- gérer les injustices.

Nouvel espace social, nouvelle religion

Si la sexualité est aujourd’hui une religion, il faut préciser qu’il y avait une place à prendre dans l’imaginaire collectif et social.
Le déclin des religions historiques et surtout leur vide idéologique a créé dans les pays en voie de modernisation des conditions favorables à une augmentation des signes « sexualistes » (discours et comportement à caractère sexuel).
Les premiers signes de ce nouveau rapport à la sexualité sont apparus dans les villes occidentales des années 1950-60.

Avant cette période, seuls quelques groupes marginaux font de la sexualité une arme contre les puissants. Ainsi les libertins du XVIII°s sont-ils des rebelles à la doxa catholique.

Le corps est libéré de toute morale, reste à savoir pour quoi en faire

La « révolution sexuelle » des années 1960 touche bien plus de monde. La généralisation de la contraception supprime la barrière qui cantonnait -sous peine de déchéance sociale- les jeunes femmes trop « actives ». Débarrassées de la tutelle d’un clan patriarcal, les filles sont devenues maîtresses d’elles-mêmes. Une révolution dans l’Humanité, mais une révolution par le vide : plus de famille écrasante et plus de clergé moralisateur, c’est aussi la fin des références et des certitudes. Le corps est libéré de toute morale, reste à savoir pour quoi en faire.

Entre temps, l’essor du capitalisme a entraîné une généralisation de la concurrence pour l’accès aux richesses. C’est la fin des terroirs (lien) : des milliers d’années de civilisation rurale puritaine (pour des raisons foncières) disparaît. Des valeurs éliminées par le boom de l’urbanisation et des libertés. Se déplacer, communiquer et multiplier les contacts devient très facile et sans risque. Phénomène décuplé avec internet et la téléphonie mobile.

Aux sources de la morale sexuelle

Aujourd’hui, seules les imbéciles ou les dernières naïves acceptent l’isolement médiocre d’un clan décadent (certains milieux maghrébins, gens du voyage, intégristes religieux, etc.).

Entrer dans une sexualité précoce c’est intégrer le monde adulte et quitter une enfance de toute façon condamnée par le temps. La pornographie y sert souvent de rite initiatique. Or, dans une société concurrentielle et individualiste, quel comportement pouvait mieux que la sexualité (affichée ou pratiquée) remplacer les anciennes certitudes ?

La sexualité remplace donc les religions dans leur fonction d’intégration au monde adulte et sert d’échelle dans la concurrence sociale permanente, surtout chez les jeunes en quête de place.

Le « sexualisme » donne donc un sens, c’est à dire une valeur, à la vie des nouveaux « fidèles ». Pratiquer ou revendiquer une sexualité active et non reproductive c’est participer au grand bazar (bordel ?) libéral qui pilote nos sociétés depuis des décennies. Refuser ou renoncer à une sexualité c’est être un loser, du moins dans le discours médiatique ambiant. C’est choisir une sorte d’isolement.

Société de consommation vs. sexualité de consolation

Autre raison à la généralisation du discours sexualiste : la consolation.

Comme toutes les religions, le discours ultra sexuel sert de consolation aux perdants. Le christianisme ne changea jamais rien aux inégalités mais il consola les pauvres et les frustrés. Dieu n’avait pas que l’argent comme échelle, disait-on. Il en est de même pour la sexualité : les riches et les puissants profitent davantage des plaisirs des sens, mais les exclus restent théoriquement dans la course. Rien n’empêche un chômeur d’être un séducteur. Un acteur porno n’a besoin d’aucun diplôme et la prostitution sert souvent à inverser ponctuellement le sens des richesses…

Les exclus de la société de consommation peuvent donc théoriquement se consoler dans la sexualité. On peut être malheureux en affaires et heureux en ménage, l’absence de qualités socialement valorisées n’a nullement empêché Zahia et Nabilla de monter au pinacle de la gloire médiatique. Les pauvres, dit-on, n’ont que leur corps comme capital, à charge pour eux de le faire fructifier.

Mais la sexualité rêvée des magazines féminins ne véhicule qu’un discours de consolation, aucunement un discours de réparation ou de révolution. Les dogmes du porno chic s'y répètent à l’infini. C’est là que la sexualité, comme le christianisme hier, est passée d’un discours de rupture à un discours de couverture : la sexualité est devenue non plus révolutionnaire comme au XVIII°s, mais marchande, un service à options.

La sexualité récréative qui déborde des médias de toutes sortes n’est qu’un produit de plus à vendre (sites pour infidèles revendiqués, catalogue de sex toys, tourisme sexuel, etc.). Le discours ambiant sur la performance sexuelle (répété en boucle dans le X) n’est que le décalque du discours néo-libéral ambiant.

Relier des fidèles différents et parfois en conflit a toujours été la fonction des cultes qui, ainsi, se rendaient indispensables. Et le sexualisme remplie cette tâche : là où les inégalités sociales sont clivantes, la sexualité peut servir de soupape : tout le monde connaît l’histoire de l’éphèbe de banlieue qui se « venge » en circonvenant jeunes et moins jeunes bourgeoises.

Les régimes autoritaires en porte-à-faux avec leur opinion publique l’ont bien compris : libérer la sexualité des individus est un moindre mal si la politique reste l’apanage d’une élite. L’URSS finissante ou tous les régimes pourris du tiers-monde ont une politique générale de laisser aller en matière de mœurs. Rappelons le rôle du tourisme sexuel dans le décollage économique de la Thaïlande.

Même l’islamisme si rigoriste d’apparence multiplie les signaux sensuels : tout est permis… dans le cadre du mariage ! S’opposer à une sexualité récréative et jouissive fait chuter toute organisation. Même l’Eglise catholique, championne historique de la sexualité reproductive, a changé réellement de discours.

Signe des temps ? La masturbation a changé d’image. Condamnée au XIX°s elle est devenue banale puis comble de l’individualisme.

L’échangisme lui-même n’est-il pas la métaphore d’un libre-échange économique généralisé ?

Sexualité(s), tout changer pour que rien ne change

M. Houellebecq publia en 1994 le roman Extension du domaine de la lutte, il décrivait un fait déjà banal : la sexualité comme nouvel espace de concurrence. Du libéralisme économique on était passé au libéralisme sociétal avec ses winners et ses losers. DSK et Berlusconi en haut et des millions de frustrés en bas, quelque part en Chine, en Inde ou ici. Entre les deux ? Nous devant le spectacle télévisuel du porno-chic (voire le film pourtant tout publics LOL). C’est une hiérarchie. Pourtant, le discours sexualiste véhicule le message inverse : tout le monde a ses chances ! La multiplication des contacts réels ou virtuels permettrait que chaque désir trouve sa réalisation. Outre que cela ait entraîné un décollage de la pédo-pornographie en ligne, cela a aussi généralisé un discours uniquement orienté vers la satisfaction individuelle du désir, nullement le plaisir à deux. 

Complètement détaché de toute volonté reproductive ou même conjugale, le sexualisme impose la performance, la jouissance vide et la quantité comme seules valeurs. Du coup, les Femmes déplorent la fin de la séduction et les Hommes la fin de la stabilité. Mais toute déception peut aisément être corrigée par un autre tour de manège. Vous en doutez ? La télé peut vous y aider.

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Etroitement associée aux rapports de propriétés, la sexualité d’aujourd’hui est quelque peu différente de celle de nos ancêtres, mais elle reste déclinante avec l’âge et parfois même ignorée. Reste le discours sexualiste qui s’est souvent présenté comme révolutionnaire avant de devenir une facette de plus du tous contre tous.

Echangisme, viagra, instabilité conjugale et prostitutions n’étant que des marchés au bénéfice des puissants. Le sexualisme tire sa force des marchés qu’il ouvre comme de ses liens avec la pensée dominante.

A bon entendeur…

Date de dernière mise à jour : 28/06/2013

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