De quoi le gonzo est-il le nom ?

Attention texte avec des références et liens à caractère pornographique donc interdits aux moins de 18 ans.

Pierre Woodman, un minotaure dévoreur de vierges ?

Retour sur un genre pornographique


Etats-Unis, années 90 : un nouveau genre pornographique se développe : le « gonzo » (de l’expression « sur le fait »). Des amateurs se filment (souvent caméras à l’épaule) en train d’avoir des relations sexuelles privées.

Le genre a un succès immédiat et durable : peu coûteux à produire, accessible à des gens « ordinaires », proximité affichée des acteurs et des consommateurs, le gonzo devient une sorte de paradis X accessible à presque tout le monde. Il est en vogue sur le net depuis des années et touche aussi des pays en développement car échappant facilement à la censure.

C’est l’accessibilité à the girl next door (la fille derrière la porte), la voisine de palier en train de faire des cochonneries se retrouve (enfin !) à la portée de tous. Malgré une vie sexuelle généralement ordinaire la fuite en avant dans la performance facilite le succès du gonzo.

Le gonzo, c’est aussi la fin d’une certaine industrie issue des années 70 quand les films X avaient encore un semblant de scénario et de message libertaire. Les « acteurs » et « réalisateurs » amateurs doublent alors les papes du genre dans les années 90.

En France le « réalisateur » P. Woodman se fait ainsi davantage connaître par ses castings quand il teste lui-même des recrues novices que par ses réalisations pour les multinationales du genre… Les filles paraissent parfois réellement découvrir quelque chose de nouveau, aux antipodes du X stéréotypé et truqué.


la future actrice X "Bagheera" juste avant d'être testée par P. Woodman

Les raisons d’un succès à l’âge de l’accès

- Un contexte favorable
Il faut rappeler que le gonzo avait un boulevard ouvert dans les années 1970 par la généralisation de la pornographie que la « révolution sexuelle » avait fait sortir de son ghetto. Comme pour imiter les films érotiques ou X diffusés largement des gens « ordinaires » se lancent dans le gonzo pour exister et surtout se comparer aux « vrais » vedettes du X professionnel. Certains amateurs vont même devenir en France des professionnels via ce genre (ce site explicite se passe de commentaires… http://www.jacquieetmicheltv.net/).

- Technologies
De plus, l’envolée des nouvelles technologies de l’image (caméras miniatures, portables, etc.) et surtout la toute puissance du net vont permettre à des millions de gens de devenir des « hardeurs » du dimanche avec cette proximité apparente qui est la clef du succès du genre…

- Proximité(s)
Du côté des spectateurs le gonzo implique donc une certaine proximité, un réalisme et une absence de trucage qui rend les images apparemment « vraies » et séduisantes car prétendument réalisables. On passe « réellement » derrière les portes closes de M. et Me Toutlemonde. Les types physiques ne sont plus stéréotypés ni codifiés comme dans le X commercial, les pratiques sexuelles moins extrêmes et souvent plus jouissives.

- Un avatar de l’ultralibéralisme
Le libéralisme généralisé des années 80 contribue aussi massivement à une prostitutionalisation des rapports sexuels domestiques. Le genre se popularise aussi via certains semi-professionnels qui recrutent des candidates pour le X ou des photos érotiques. Les entretiens « d’embauche » virent au rapport sexuel filmé et tarifé.

D’autres abordent des filles ordinaires dans la rue et paient comptant pour des relations sexuelles filmées improvisées parfois dans une encoignure de porte. L’Europe de l’est, ouverte à tous les vents libéraux depuis des décennies, devient le terrain de chasse privilégié de ce vrai-faux gonzo organisé et popularisé sur le net. Même chose en Californie, pôle anti-puritain états-unien par excellence (http://netvideogirls.com).

Comme d’autres industries traditionnelles, le X se délocalise donc depuis l’ouverture néolibérale des nouveaux marchés est-européen et asiatiques. Seuls les Etats forts comme la Chine ou l’Iran résistent à cette vague. Le Maghreb, la Russie ou la Turquie sont massivement concernés : les rubriques « arab » ou « russian » tapées dans les moteurs de recherche spécialisés donnent un choix de vidéos de plusieurs centaines de productions.


Paris Hilton, son seul talent ? Un film gonzo !

La question du consentement

Cette invasion du X amateur plus ou moins authentique n’a entraîné aucune critique.
Si certains veulent interdire la prostitution en France ou ailleurs, nul n’a jamais milité pour une réglementation ou une pénalisation de ces exhibitions presque publiques (les sites internet sont librement accessibles). Cela nous mène à la question du consentement des personnes « actives » et du consentement de la société « passive ».

Déterritorialisé (comme le capitalisme du XXI°s) le gonzo contemporain ne relève d’aucune législation. Les images pédophiles étant généralement massivement rejetées des sites X ordinaires, le gonzo qui concerne toujours des adultes « consentants », ne souffre pas de cet ostracisme justifié. Il échappe donc à la seule « loi » qui traque avec plus ou moins d’efficacité, certaines images X.

On considère que les participants à ces vidéos sont « consentants », c’est à dire qu’ils ont « librement » accepté d’être (pour des années) accessibles facilement sur le net.

Or, certaines de ces images sont issues de films à l’origine privés (l’ex petit ami qui diffuse ses relations sexuelles avec son ex copine par vengeance), des sites sont spécialisés dans ces images sensées ne pas fuiter… Or la victime risquera rarement une plainte qui décuplerait encore la publicité autour des images.

Certains castings de P. Woodman débouchent sur des carrières pro mais pas uniquement, certaines filles ont vu leur vie définitivement bouleversées par la diffusion de ces vidéos où elles découvrent parfois une partie inconnue de leur sexualité.

"Le gonzo obéit donc à la doxa libérale contemporaine"

De plus, il arrive que des sommes d’argent circulent ou que le producteur fasse miroiter aux ingénues une carrière ou des avantages futurs pour justifier effeuillage et rapport sexuel.

Le gonzo obéit donc à la doxa libérale contemporaine : sur le modèle du contrat tacitement accepté il existe par le consentement entre deux contractants a priori libres mais en réalité soumis au contexte social : il est rare que les deux acteurs soient pleinement consentants pour diffuser les images, généralement l’un des deux y trouve un intérêt supplémentaire, généralement l’homme. De libre acceptation libérale de deux individus autonomes on passe à l’ancienne domination masculine.


Une hypothèse : la société prostitutionnelle

Pour Kim Kardashian, s'exhiber c'est exister !

Il n’en demeure pas moins que le gonzo exerce une fascination pour le grand public (actif ou passif). Deux célébrités le sont devenu via ce canal : K. Kardashian et P. Hilton, deux « starlettes » assez médiocres qui sont devenues mondialement connues après avoir été vues et revues dans des vidéos très « privées » largement diffusées. Aucune protestation n’a été émise de quelque autorité que se soit. S’exhiber c’est exister. Un « modèle » d’accès à la célébrité qui peut motiver des « filles perdues », c’est à dire des filles qui n’ont aucune place dans la société actuelle et qui pourraient être tentées par ce type nouveau de prostitution.

Dans une société où le savoir et la production sont de moins en moins valorisés, le passage par un épisode prostitutionnel apparaît de moins en moins absurde et risqué, du moins, en apparence.

Les vieilles morales religieuses s’érodent partout, surtout dans leurs fiefs théoriques (monde arabe, Asie), l’argent et le pouvoir restent entre les mains d'hommes plutôt âgés et richissimes, donc, pour percer des barrières sociales infranchissables la prostitution (filmée ou non) peut se révéler un moyen de devenir quelqu’un même si il faut d’abord être quelque chose.

Chassez les vieilles dominations de genre et de classe et on retombe, via les nouvelles technologies, sur les mêmes schémas de domination-soumission mais à l’heure d’internet et de la mondialisation des images.

Liens : "hypothèses sur la sexualité humaine" et "la nouvelle économie de l'intime"

 

Date de dernière mise à jour : 19/06/2012

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