Sarkozy et les musulmans, un marché de dupes ?

par : Terouga, juillet 2003

Déclin des religions

Quand la France sort des guerres dites de "religion" (XVIe siècle), avec le "bon roi" Henri, une sorte de consensus émerge : contre les guerres internes, on décide de s’en remettre à l’État alors incarné par le roi. Personnage/État mo narchique de plus en plus puissant, sensé arbitrer les conflits... Cette conception de l’État, de plus en plus puissant et centralisé va s’imposer contre les factions, mais aussi contre les pouvoirs européens du pape...

Ce processus s’accélère encore au XVIIIe siècle avec le pouvoir pour le mo ins autoritaire de Bonaparte I°. Avec ses armées aux quatre coins de l’Europe, l'empereur a imposé sa vision des liens entre les églises et l’État. Catholiques, Protestants, Juifs et mêmes Musulmans ont alors accepté le "marché" proposé par l’État napoléonien.

Centralisé, policier et "éclairé", l’État a décidé de remettre les cultes à leur place, c’est à dire entre le spirituel et le contrôle social. Napoléon a ainsi réhabilité le rôle de l’Église dans l’enseignement tout en empêchant les ecclésiastiques de faire de la politique. De même les Juifs ont accepté de limiter leurs croyances au domaine religieux sans interférer avec le domaine social. Il s’agissait pour le chef de l’État de limiter au maximum des foyers de contestation. De plus, cette politique a aussi permis à un maximum de jeunes de se séparer de ces cultes jugés souvent archaïques, cela via le service de l’État : officiers, enseignants, gendarmes...

Parallèlement à ce mo uvement (instruction, urbanisation, industrialisation) la pratique religieuse décline lentement mais sûrement dans un mo nde de plus en plus "matérialiste". Partout l’État de plus en plus social (enseignement, santé, sécurité, économie...) remplace les ressorts des fraternités religieuses qui permettaient souvent de trouver un emploi, d’étudier, etc. Et depuis 1945 le mo uvement s’est encore accéléré au mo ment où l’État-Providence s’est constitué sur les leçons des années 30 et contre cet "État dans l’État" qu’étaient les partis communistes.

Reste qu’aujourd’hui le déclin programmé de cet État social est très logiquement parallèle à la résurgence du sentiment ou du fait religieux : les sectes les plus exotiques tentent leur chance en France et des pratiques islamiques prospèrent à l’ombre des banlieues jadis rouges... Qu’en est-il au juste ?

L’Islam de France n’existe pas

Il faut préciser que l’expression "l’Islam de France" n’a pas grand sens. L’Islam importé en Occident n’a aucune espèce d’unité ni théologique, ni nationale. Les "Musulmans" sont éclatés en mo uvances nationales : les Turcs ont souvent leur salle de prière tandis que les Maghrébins sont souvent très divisés aussi. Les Africains sont parfois à part, etc. Et puis les rites sont souvent différents entre ceux qui sont réglés sur l’Arabie Saoudite, l’Égypte (université Al-Azhar) et ceux qui suivent la Mosquée de Paris (Algérie). Et que dire des inévitables conflits de génération entre "vieux" traditionnels et les "jeunes" qualifiant les précédents d’ignorants ? Nous sommes donc face à une constellation hétéroclite soumise à d’intenses contradictions.

Conséquence logique "l’Islam de France" n’existe pas encore en temps que culte cohérent. Malgré leurs divisions les Protestants fonctionnent au sein de la Fédération Protestante de France. Cela permet de négocier avec l’État sans passer par un "conseil". Ainsi il n’existe pratiquement pas d’école privée islamique ! L’argent ne manque pas plus que les compétences pédagogiques ou de gestion, mais nul musulman pratiquant n’accepterait que ses enfants subissent l’éducation religieuse d’une faction opposée à la sienne !

Une magouille de plus, une magouille de trop !

En voulant créer un "conseil des Musulmans de France", le gouvernement a poursuivi plusieurs objectifs :

- Donner une "visibilité" à l’Islam pour éviter ou encadrer la prolifération de groupes plus ou mo ins sectaires. Cet objectif est peut-être louable, mais il donne de l’eau au mo ulin de ceux qui redoutent ou critiquent le développement de cette religion, alors même que, sur le long terme, la tendance n’est pas vraiment au retour du religieux. Bien des jeunes issus de familles musulmanes se détachent de ces pratiques... Cela sans publicité, mais sans retenue.

- En désignant avant même les élections à ce Conseil le président de cette instance, le gouvernement a, à la manière du RPR (acheter, magouiller, truquer), voulu contrôler ce "machin" avec la complicité des hiérarques de la Mosquée de Paris. Voix "officielle" de l’Islam en France, la Mosquée de Paris est depuis les années 60 l’incarnation du pouvoir algérien. "Modérée" comme les militaires algériens sont "dé mo crates", la Mosquée de Paris est très redoutée par les autres musulmans de France. On la considère comme "algérienne" et vendue aux gouvernements de Paris et d’Alger...

- Troisième objectif plus sombre : commencer un travail de sous-traitance social dans les banlieues. Contre les délinquants de tous poils, rien ne vaut la conviction et la coercition de quelques barbus... Il s’agit "d’acheter" le vote arabe/musulman déjà récupéré le 5 Mai.

Malgré les magouilles éhontées de cette opération (report des élections, prime à la Mosquée de Paris, gesticulation du ministre aux journées de l’UOIF...), les clients réguliers des réseaux gaullistes ont perdu le gâteau ! Ce sont les militants de base, les plus durs et les plus jeunes qui ont remporté le mo rceau.

Le gouvernement qui se paie de "réfléchir" à la laïcité (!) a donc totalement échoué dans cette opération de satellisation de l’Islam. La Mosquée de Paris a perdu le mo nopole de l’Islam officiel, les "durs" contrôlent plus ou mo ins le Conseil et la laïcité est, plus que jamais, à vendre aux lobbies électoraux. Les élections se gagnent avec de si petits paquets de voix que les voix "musulmanes" valent bien une "ouverture" sur le foulard. De même le vote ho mo vaut bien une loi sur l’ho mo phobie, etc.

Sarkozy se retrouve donc face à une sorte de CRIF... Un Conseil "représentatif" qui sert de tribune pour des minorités de gens très politisés qui prospèrent sur les faiblesses volontaires de l’État. Sarkozy, politicien inoxydable, représentant bien cet État où la laïcité est condamnée à croupir sur fond de lutte hypocrite contre le "terrorisme".

Négocier la laïcité ?

Une politique sensée et résolument républicaine serait la suivante : PAS de négociations sur la laïcité, mais des discussions avec les cultes musulmans (et autres) sur la meilleure façon de jouir de la liberté religieuse. Si des Musulmans jouent le jeu de la République (dont ils sont les premiers à bénéficier avec la loi de 1905), alors l’État pourra les aider dans bien des domaines (formation théologique, etc.). Il ne s’agit pas de ne pas mettre la charrue avant les boeufs : ouvrir la porte aux surenchères et "discuter" ensuite. Posons les bases d’un débat entre citoyens d’abord et non entre factions. Et cela sans oublier le fait que Sarkozy n’apporte aucune attention aux "musulmans laïques" (sic), très nombreux et résolument hostiles à toute publicité faite aux "intégristes". Quelques politiciens issus des banlieues et qui pataugent dans les cocktails de l’UMP (en attendant le retour du PS) ne sauraient faire illusion...

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