Survivre au XXI°s

par Denis Gorteau

L'auteur est historien et géographe de formation

les chiffres de ce texte sont issus du livre de J. Blamont, Introduction au siècle des menaces, 2004

 


I. Deux siècles de progrès à crédit
La vraie histoire de l’Humanité débute au XIX°s, avant cela la population stagne, le savoir aussi, la pauvreté est générale et les petits gains sont anéantis par les guerres et les épidémies. La Peste de 1348 débarque d’Asie en Europe et anéantit… 1/3 des gens en une seule année !
La vie des Humains est avant soumise aux guerres, réglée par le clan. Le(s) dieu(x) ou plus exactement les religieux divers multiplient les morales et les philosophies afin de faire accepter leur sort aux malheureux humains, pour durer ils pactisent avec les puissants. Parfois on se révolte, mais contre quoi ?
Un frémissement a lieu à la toute fin du XVIIIes en Europe : une très lente accumulation de relatives richesses agricoles, de travail extorqué aux esclaves d’Amérique et quelques découvertes scientifiques enclenchent une augmentation générale de la population.
A la veille des révolutions américaine et française famines et pandémies sont sous contrôle et l’essor industriel se prépare sur fond de montée lente mais régulière de l’alphabétisation. Dans cette Europe en proto développement, les vieilles monarchies et le reste des structures féodales européennes ne sont plus du tout à même de gérer les nouveaux enjeux comme le financement d’un Etat réellement aux services des citoyens et non à la botte d’un souverain héréditaire. L’Angleterre a pris une avance évidente sur le reste de l’Europe avec un parlement qui est très souple face aux changements et des scientifiques de haut niveau.
La nation remplace Dieu dans la tête des gens cultivés et il faut adapter les lois aux bouleversements sociaux. En clair, qui va bénéficier des richesses gigantesques que l’on imagine de plus en plus derrière les nouvelles formes d’énergie ? Ce sera les multiples épisodes de lutte des classes avec parfois un relatif partage des richesses à partir des années 50, mais seule une exploitation effrénée de l’énergie permet ces équilibres précaires.
Le processus qui bouleverse l’Europe de Robespierre à de Gaulle se répand dans le monde tout au long du XX°s. Un peu partout la population augmente dans des proportions phénoménales, elle passe de 1 à plus de 6 milliards de 1900 à 2000 et partout l’accès à l’énergie se généralise via les énergies fossiles de tous ordres, le charbon (industrie, chemins de fer…) puis le pétrole (véhicules terrestres et aériens).


Dans tous les pays, même les moins riches, l’électricité décuple les possibilités de production.
C’est un cercle vertueux qui a été enclenché aux XIXe et XXes avec l’accès aisé à des énergies fiables et peu coûteuses une fois que les infrastructures minimum sont en place. C’est toute l’aventure des pays du nord de l’Europe ou du Canada qui sont passés d’un sous-peuplement et d’un sous-développement à un bien-être inédit en moins d’un siècle. Dans le même genre, les émirats pétroliers de la péninsule arabique on connu une mutation encore plus rapide et spectaculaire.
Pour nourrir ces milliards d’humains les rendements agricoles ont progressé partout, même dans les pays dits « pauvres » ce qui explique la croissance de la population. En moyenne le monde fait vivre plus d’Hommes mieux nourris et vivant plus vieux que les générations précédentes car l’espérance de vie a aussi cru dans des proportions inédites dans l’Histoire, pays riches et pays moins riches ont engrangé des succès énormes dans ce domaine.
Plus encore le commerce et les échanges se sont généralisés aux XIX° et XX°s, la fin des blocs a même décuplé le commerce international sur fond de privatisations de l'économie, un boulevard pour le capitalisme, système de production de richesse inédit qui s’applique partout de l’Europe à l’Asie en passant par toutes les autres civilisations suivant les mêmes processus : émergence d’une bourgeoisie qui exploite le travail de ceux qui n’ont que leurs bras. Le reste n’est qu’affaire de distinctions sociales et transmissions du patrimoine... C’est ainsi partout, dans toutes les cultures, à côté de toutes les religions. Le modèle est celui de Berlusconi, le patriarche bonhomme, mafieux et érotomane.

Le modèle est celui de Berlusconi, le patriarche bonhomme, mafieux et érotomane

Bien sûr ce bilan souffre de quelques angles morts. Si la faim a reculé des années 1960 aux années 1990 la situation de plus d’un milliard de personnes est critique. Le SIDA touche des millions de gens. De plus, l’ignorance, le fanatisme ou la violence politique tuent chaque jour quand des guerres « classiques » d’agression ne viennent pas tout aggraver comme en Irak ou en Afghanistan dernièrement.
Les progrès, sur plus de deux siècles, sont tout de même certains.
Certains optimistes pourraient croire qu’il suffit de traiter réellement les problèmes pour que le monde aille mieux. Renforcer le droit international contre les conflits, juger les criminels de guerre grâce à des tribunaux internationaux, dépolluer les espaces salis, nourrir les affamés en distribuant mieux les richesses, contrôler les flux boursiers, taxer les spéculateurs, construire des écoles, des hôpitaux, investir dans le « développement durable », moraliser la capitalisme, etc.
Or, une analyse plus précise et une étude du réel font voler en éclats cette éventuelle et idyllique altermondialisation. En effet, depuis un demi-siècle l’Humanité développée ou en développement a déjà consommé la moitié du pétrole, énergie non renouvelable issu de plus de 400 millions d’années de maturation dans le sol. Le charbon mais aussi le gaz naturel, moins entamés, seront eux aussi un jour épuisés d’ici moins d’un siècle. Que faire alors pour maintenir notre niveau de vie mais aussi améliorer celui des autres pays ? Comment simplement nourrir le milliard de mal nourris ou réduire la pauvreté des pays pourtant « riches » ? Il n’existe aucune réponse à cette question.
Le coût pour maintenir un statu quo déjà imparfait est sera énorme.


II. "Nous serons plus avec moins d'énergie"
La situation est donc vouée à se dégrader à plusieurs niveaux sous le coup de la raréfaction des ressources accessibles et surtout de l’augmentation rapide de la population mondiale d’ici 2050 la population bondira à 9 ou 10 milliards de personnes selon l’ONU en 2005 soit une croissance de 40 %. Nous serons plus avec moins d’énergie.
    Mais la situation est, en réalité, plus grave : la consommation massive d’énergies fossiles entraîne une émission colossale de gaz à effets de serre (CO2 notamment). Or, ces gaz augmentent la température moyenne de l’atmosphère. C’est un fait connu depuis des années.

émission de gaz à effet de serre par personne au Canada

    Brûlés massivement depuis les années 1850 les hydrocarbures font monter lentement les températures moyennes, or, cette hausse des températures va changer le climat bien plus vite que nous ne pourrons nous y adapter. Surtout avec une population importante en hausse constante, concentrée dans des villes énormes et déjà incontrôlables.
    L’énergie facile des XIXe et XXes a permis d’être bien plus nombreux, globalement plus riches et vivant plus vieux, mais ce progrès évident n’a été possible qu’en polluant massivement, en détruisant des ressources uniques et en hypothéquant le climat.
    Les débats vifs autour du changement climatique ne portent pas sur sa réalité et pas vraiment sur ses causes, mais plutôt sur ses effets et sa rapidité, or, ne serait-ce que pour stabiliser la hausse actuelle de la t° il faudrait diviser par deux les GAS ce qui permettrait dans les décennies à venir, de stabiliser la situation. Rien de plus vus les volumes concernés.
    L’exemple minuscule du « trou » de la couche d’ozone montre le temps qu’il faut pour corriger un problème de cette échelle : dans les années 80 des scientifiques polaires constatent une anomalie dans la couche d’ozone. Des gaz domestiques dits CFC détruisent les molécules d’ozone. Les fabricants le reconnaissent et travaillent à des gaz de substitution. Vers 2002 les émissions de CFC sont pratiquement nulles mais il faudra tout de même attendre un siècle pour que le « trou » ne se rebouche naturellement !
    Ainsi pour stabiliser le climat (propice à une agriculture nécessaire et qui le sera encore plus prochainement) il faudrait diviser par deux les GAS et si cet effort était équitablement réparti, les Etats-uniens devraient réduire leurs GAS de… 92 % ! Les Français de 80 % ! Autant dire que la seule solution envisageable n’en est pas une.
    Le climat va donc changer de plus en plus vite et nos sociétés vont subir le choc d’un dérèglement général comme la hausse des océans, les changements dans la pluviométrie, le bouleversement rapide de la géographie agricole, etc.
    Sur le sujet on peut constater que les USA ont toujours refusé les modestes efforts proposés à Kyoto en 1997, de même le sommet de Copenhague a été un échec vu que chaque pays réellement pollueur refusait d’assumer et de produire moins de GAS, « solution » qui aggraverait évidemment le chômage déjà massif un peu partout dans les pays avancés et source de fragilisation générale des sociétés dites de consommation. La dernière crise boursière est une machine à appauvrir les petits et à enrichir les gros.
    Bien sûr la loi du marché, les cartels et les lobbies en tout genre sont des obstacles à toute amélioration de la situation, mais même un monde idéal, c’est à dire débarrassé de l’égoïsme propre aux acteurs du capitalisme (chose peu imaginable à court terme) la solution serait très dure à trouver.
    Face aux premiers signes de changements rapides et inédits, les sociétés humaines pratiquent faute de mieux la fuite en avant. Certes ces questions sont sur la place publique depuis des années et plusieurs films ont annoncé le pire (le premier étant « une vérité qui dérange » de A. Gore ou « le syndrome du Titanic » de N. Hulot), mais l’écologie est en passe d’être récupéré comme label, un outil marketing de plus pour faire consommer « autrement » ceux qui peuvent et veulent encore se distinguer par leur mode de consommation. Politiquement « les Verts » ne sont que des alliés vaguement indociles de majorités très consensuelles. Dans les élites l’écologie est même une nouvelle façon de se distinguer des masses…
    En France le « Grenel de l’environnement » est autant un coup médiatique que de nouveaux marchés pour les entreprises du capitalisme « vert ».

Politiquement « les Verts » ne sont que des alliés vaguement indociles de majorités très consensuelles


III. Catalogue des menaces

1. La France intoxiquée

Le constat est connu et peu discutable à part sur les détails. C. Allègre se ridiculise fréquemment quand il tente de critiquer le fond des problèmes climatiques.
A la fois aveugles et cherchant à profiter d’un nouveau « marché », les Hommes ne savent que faire à part compter les points là où la saturation apparaît. La France, pourtant au sommet de l’échelle de l’évolution et des technologies sensées nous protéger est déjà une sorte de maillon faible du système : la pauvreté relative et absolue ne cesse d’augmenter. La dernière crise décuple encore le phénomène et toute la population découvre ses pauvres : jeunes sans diplômes, ruraux sans perspectives, femmes isolées, travailleurs précaires, malades et handicapés permanents ou chroniques… Signe de pourrissement : la prostitution mondialisée prolifère sans frontières.

la prostitution mondialisée prolifère sans frontières


Les services publics sensés corriger les inégalités sont franchement saturés et débordés par la tâche. Le moindre incident climatique paralyse les transports, provoque des coupures d’électricité ou encore tuent des milliers de gens comme en 2002 quand la canicule n’a été nullement gérée par l’Etat… L’éducation, jadis fleuron de la république, est un grand corps malade qui aggrave les inégalités sociales face au savoir au lieu de les réduire. La fonction publique, armée de l’Etat pour agir sur la réalité, est réduite, de moins en moins payée et sans doute corrompue…
Or les invariants connus sur le proche avenir ne peuvent que décupler les problèmes. Le vieillissement et la baisse des retraites va générer des millions de personnes âgées à la fois misérables et dépendantes. Qui s’occupera des centaines de milliers de nouveaux malades d’Alzheimer ? Qui financera des maisons de retraite simplement vivables ? Rappelons que les « jeunes » d’aujourd’hui, déjà sur la corde raide ont tendance à capter par anticipation l’héritage des aînés (processus d’ailleurs encouragé par l’Etat)…
La population européenne vieillit rapidement.
En Allemagne la population baisse déjà ! Certes une stabilisation de la population est un début de solution pour la question des ressources, mais pas avec un fort pourcentage de seniors. La société doit massivement produire afin de gérer ses problèmes et financer les services aux plus âgés. La déchéance physique et psychique sera aggravée par la pauvreté.
Là aussi, il existe des vraies fausses « solutions », c’est à dire l’immigration qui soulagerait légèrement des pays surpeuplés, mais bien des espaces en France sont déjà surpeuplés (région parisienne) et un chômage de masse chez les jeunes limite toute solution migratoire.
La France va donc continuer son déclin sur fond d’agitation politicienne navrante car toutes les ressources de la démagogie vont être sollicitées afin de berner les naïfs et les ignorants cherchant bêtement un bouc émissaire ou une formule magique pour s’en sortir. En haut les coups de volants vont tantôt aller vers le libéralisme (pour « libérer la croissance »), tantôt vers l’étatisme (pour sauver les banques) mais aucune solution n’existe en agitations individualistes comme la consommation de drogues, de plaisirs fugaces et consumméristes ou alors une sexualité aussi débridée que vaine.

2. Extinctions en série
Dans la longue histoire de la Terre il existe des vague d’extinctions des espèces. La plus connue a anéanti les dinosaures, mais ce ne fut pas la seule. On répertorie au moins cinq extinctions qui emportèrent jusqu’à 95 % des espèces animales.
Aujourd’hui nous vivons la 6° extinction en partie à cause de l’Homme qui agresse les espaces naturels.
On estime qu’environ 25 000 espèces disparaissent chaque année. Cela correspond tout de même à une extinction 100 000 fois plus rapide que la tendance naturelle…
Dès qu’il s’est répandu sur la Terre l’Homme a exterminé les animaux pouvant le menacer, y compris à des âges très reculés. Aujourd’hui les Nations Unies estiment que 25 % des espèces de mammifères sont menacées.
Il ne peut rien sortir de bon de cette 6° extinction accélérée par nos mœurs.

3. Le retour des virus a commencé
La généralisation des antibiotiques a considérablement augmenté la qualité de vie des Hommes, c’est une certitude. Mais aujourd’hui les virus se sont adaptés. Ils mutent en permanence et des souches résistantes se développent.
Ici ou là des virus nouveaux et peu contrôlables agissent comme la légionellose qui profite des circuits de refroidissements… L’ESB (« vache folle ») a été circonscrite au prix d’abattage massifs d’animaux. La loi du marché était responsable et qui sait si le problème n’est pas plus général vu le caractère concentrationnaire des élevages industriels, depuis l’ESB les problèmes dans les filières agroalimentaires n’ont pas cessé. Qui peut garantir que nous ne sommes pas empoisonnés ?
En Afrique le paludisme est parfois résistant à tous les produits. C’est le cas au Libéria où 200 soldats us débarqués sur place et vaccinés ont eu tout de même 50 malades… Le paludisme résistant toucherait 500 millions de personnes dans le monde.
Depuis 1973 environ 30 nouvelles maladies infectieuses sont apparues, pour l’OMS aucun pays n’est à l’abri d’une maladie infectieuse de grande ampleur. La grippe H1N1 aurait pu être ou sera peut-être prochainement une grippe d’une violence inédite comme la « grippe espagnole », subitement mutante et très meurtrière. Tous les pays pauvres sont des cibles faciles pour un virus résistant : concentration urbaine, promiscuité sexuelle, déplacements nombreux, chaleur, services de santé ridicules, etc.
Le SIDA occupe cette place de virus n°1 en terme de dangerosité dans les zones pauvres. C’est le premier virus de la mondialisation. Existant depuis des milliers d’années, le virus est passé à l’Homme et s’est généralisé par la communauté gay nord-amériacine. Il a touché les homosexuels qui avaient des centaines voire des milliers de partenaires par an. Le tourisme sexuel déjà pratiqué à grande échelle dans les années 70-80 a fait le reste. Haïti a été d’abord touché avant que tous les autres nœuds du tourisme mondialisé ne tombent. La prostitution endémique dans les villes du tiers-monde a fait le reste. Résultat ? Des millions de contaminés en Afrique et parfois plus du tiers de la population active. Et les contaminations se poursuivent partout où le marché les porte, surtout dans les grandes villes d’Asie ou en Chine où la vente de sang a créé un million de malades sans réelle aide… Le même processus « médical » eut raison des hémophiles en Europe (plus de 50 % de séropositifs suite aux scandales du « sans contaminé »).
Dans les pays riches le coût financier pour traiter les malades est énorme, en Afrique il est bien plus élevé en terme de pertes de richesses humaines (travail, orphelins, déstabilisation des familles, etc.). Pratiquement sans Etats protecteurs l’Afrique s’enfonce localement dans des guerres sans fin pour le trafic des matières premières. La région des Grands Lacs a ainsi perdu 5 millions de personnes depuis 15 ans dans des violences pour le contrôle du coltran, un minerai très rare et essentiel à nos téléphones portables (ils sont un milliard en Chine)…

Vers 2020 il y aura sans doute autour de 250 millions de séropositifs

Vers 2020 il y aura sans doute autour de 250 millions de séropositifs dont 95 % seront pauvres et sans espoir d’être traités. Cela explique en partie l’espérance de vie en chute libre de certains pays d’Afrique où on survit en moyenne jusqu’à 40 voire 30 ans. En Egypte les hôpitaux privés (les plus chers et les plus « efficaces ») sont tout juste capables de faire une appendicite. Chez nous les maladies nosocomiales sont issues de virus résistants aux produits chimiques. Elles sont incontrôlables.
Avec le SIDA des maladies jadis en voie d’extinction reviennent en force et se diffusent via les grands déplacements de population. C’est le cas de la tuberculose de retour en France et très présente dans les zones pauvres. Il en va de même pour de mystérieuses complications respiratoires comme le SRAS (800 morts en 2002-2003) qui percent ici ou là sans que l'on sache au juste pourquoi. La grippe H1N1 tua aussi par des complications respiratoires. Pourquoi ?
Quel serait la mortalité d’un virus nouveau dans une grande ville du tiers-monde comme Le Caire, Lagos ou Manille ?
Des virus peuvent aussi sortir des laboratoires par accident ou suite à des décisions gouvernementales. Les USA et sans doute d’autres pays possèdent encore des stocks de variole, une maladie qui a disparut mais qui reste plus que jamais dangereuse vu que nos organismes n’y sont plus habitués.

4. La bombe démographique

la population mondiale augmente moins vite mais augmente tout de même

Dans les années 70 l’ONU imaginait une population, humaine d’environ 12 milliards en 2050, manifestement nous serons plutôt 9 ou 10 milliards. C’est déjà un quasi doublement par rapport à aujourd’hui.
Il est facile de prévoir la croissance des besoins énergétiques minimum. La demande d’énergie va croître de 1 ou 2 % par an pour les pays riches et de 10 % pour ceux qui auront la chance de se développer.
En 2003 le total de l’énergie consommée dans le monde équivalait à 12 000 réacteurs nucléaires. Vers 2050 l’essentiel de la population sera urbaine. Comment gérer des villes de plus de 15 millions d’habitants ? Lagos, Mexico ou Le Caire montrent déjà un monde urbain chaotique, polluant et violent.
Or les énergies fossiles resteront les seules énergies facilement consommables. Ni le nucléaire ni les énergies renouvelables ne pourront prendre le relais des énergies émettrices de GAS. Tout le développement est basé sur les énergies fossiles. Chaque pays qui se développe le fait en consommant du pétrole, du gaz et du charbon. Le reste est et demeurera marginal.
Jusqu’en 2030 le pétrole restera relativement abondant, seuls des problèmes politiques perturberont les robinets, mais passé cette date les choses se compliqueront pour puiser et exploiter du brut peu accessible et toujours plus cher à exploiter. Les rendements baisseront et le coût du pétrole montera irrémédiablement.
Le gaz naturel est encore très accessible, mais la Russie et l’Iran possèdent les 2/3 des réserves, d’où d’évidentes guerres… Le charbon est abondant, accessible et très présent un peu partout (200 ans de réserve), mais il demeure très émetteur de CO2.
Il existe des nouvelles pistes de recherches pour de nouvelles énergies, mais elles sont rares et surtout productrices de CO2, c’est le cas des projets de « pile à combustible » à hydrogène.
La séquestration du CO2 est souvent évoquée : il s’agit de chasser le gaz carbonique sous la terre. Est-ce durable ? Est-ce finançable ? Est-ce généralisable ? Vu les volumes concernés c’est peu envisageable.
Les économies d’énergie sont aussi un début de solution, mais restent à financer massivement et surtout sont limités. Que se passera-t-il quand elles seront toutes faites ?
La seconde moitié du XXI°s va voir l’énergie coûter de plus en plus cher, quelque soit l’énergie consommée. En 50 ans les Hommes ont déjà consommé définitivement 25 % du pétrole et 10 % du gaz naturel.
Vers 2050 il « manquera » déjà près de 20 % des énergies nécessaires à l’économie mondiale. Comment combler l’écart avec des énergies fossiles de plus en plus rares ? Il faudrait bâtir 6 000 réacteurs nucléaires au lieu des 450 actuels. Qui paiera ? Est-ce possible ? Que deviendront les déchets ?


5. L’abîme du réchauffement climatique

De 1850 à 2000 le CO2 est passé de 280 à 370 unités (+ 25 %). Sans conteste le CO2 s’accumule dans l’atmosphère, il est plus présent dans l’air que depuis 400 000 ans. Il réchauffe la t° moyenne sur terre, d’ici 2100 on pourrait subir entre 1,5 et 6 ° supplémentaires. Si on ne sait pas quelles conséquences exactes cela va avoir on peut imaginer aisément que les espèces ne pourront s’y adapter vu la rapidité des changements induits. Le premier maillon faible sera sans doute l’agriculture qui est très adaptée à un type de climat et monopolisée par la filière agroalimentaire. Les difficultés agricoles vont accélérer l’exode rural vers des villes déjà surpeuplées et productrices de misère, de fanatisme, d’ignorance et de séropositifs. Imaginons une grippe sévère dans un tel contexte de sous-nutrition, sans médicaments ni hygiène…
Autre conséquence évidente : la montée des océans par simple dilatation des eaux, or, les ¾ des Humains vivent sur les côtes…
Le protocole de Kyoto, pratiquement pas respecté ne voulait qu’une baisse de 8 % des GAS, or depuis 1997 ils sont en hausse de 10 %. Un Français moyen consomme chaque jour 44 000 watts, soit la puissance musculaires de 44 personnes.
La hausse moyenne des t° entraînera le retour des moustiques dans des zones où ils sont peu actifs vu la dureté des hivers. Or, ce sont les premiers agents de transmission des maladies comme le paludisme ou le chincungugna


6. La ruine des systèmes de santé

La sécurité sociale, bien que coûteuse rembourse de moins en moins biens les malades

En attendant les grands bouleversements les inégalités vont augmenter à grande vitesse. En effet, face aux pénuries qui se profilent (énergie, nourriture, médicaments) le marché seul régulera l’accès aux produits rares et aujourd’hui relativement abondants.
Dans les pays riches, les crises économiques régulières, les allègement d’impôts pour les plus riches, l’endettement public, ruinent l’Etat qui ne sait comment financer les sommes colossales induites par le vieillissement rapide de la population. Déjà sous-financée et pourtant coûteuse la sécurité sociale ne rembourse plus des soins dentaires ou oculaires… Avec ou sans mutuelle des millions de gens renoncent à se soigner. Les retraités dépendants modestes ne sont plus vraiment pris en charge ou alors grâce à leurs enfants déjà obligés de soutenir leur progéniture massivement au chômage. On retrouve des situations dignes du XIX°s où trois générations surendettées survivent dans un modeste logement loué et mal chauffé.
Vers 2050 35 % de la population française aura plus de 65 ans, il faudra un million de personnes pour s’occuper de cette population massivement touchée par des pathologies parfois lourdes et souvent incurables. Qui paiera alors que le niveau des retraite ne fera que baisser ? Les banques vont-elles récupérer leur patrimoine immobilier ? Et après ? Pour le moment les progrès de l’espérance de vie sont plus un problème qu’une solution car ils ne garantissent aucune qualité de vie aux personnes très âgées et consomment des richesses précieuses.

7. Menaces sur les agricultures

il n'y a pas que l'érosion qui menace les terres cultivables...

Aujourd’hui 90 % du phosphate est utilisé comme engrais agricole. Sans cet apport le système ne fonctionne plus. Avant la fin du siècle le phosphate se fera définitivement rare. Que se passera-t-il alors que nous serons entre 9 et 10 milliards ?
Il faut environ 100 000 ans pour former un sol cultivable de un mètre d’épaisseur. L’érosion est un phénomène naturel, mais il est aggravé par les pratiques humaines : chaque année 60 000 km² de terres sont perdus dans le monde (sur un total de 5 millions de km² d’espaces cultivables).
Pourtant nous vivons encore sur les progrès passés et récents, soit une augmentation de 100 % de la production de céréales de 1950 à aujourd’hui. Dans certains pays du sud comme l’Inde la « révolution verte » a généré des progrès inimaginables, mais on arrive localement à des seuils de saturations infranchissables alors que les rendements devraient doubler pour espérer nourrir les futurs 9 milliards d’habitants. Comment faire avec moins de terres, moins d'eau et des engrais plus chers ?
Cela sans compter les pollutions chimiques diverses (insecticides, fongicides, déchets, hydrocarbures, métaux lourds…) qui rendent des champs stériles et/ou polluent les nappes phréatiques.
Mais il y a aussi d’autres facteurs qui menacent les terres : la salinisation par exemple qui stérilise les sols à cause de mauvaises pratiques comme les pompages. Il y a aussi la désertification qui étend les déserts là où la pression démographique pousse les Hommes à couper les arbres. C’est déjà le cas à Haïti où cela décuple les risques d’inondations.
La déforestation est envisagée et pratiquée comme une « solution » à la quête de nouvelles terres nécessaires pour produire des céréales ou encore des agrocarburants.
La déforestation touche toutes les grandes forêts du monde, de 1990 à 1996 c’est 650 000 km² qui ont disparu (dont 25 000 km² pour la seule Amazonie). Des incendies géants en Indonésie ont produit en 1997 40 % des GAS de l’année… Un peu partout dans les pays pauvres on brûle du bois pour se chauffer ou faire cuire des aliments.
La déforestation, mal nécessaire du développement, renforce l’émission de GAS et surtout réduit la surface de forêts à même de transformer le CO2 en oxygène par la photosynthèse, le réchauffement climatique est donc doublement accéléré.
La crise alimentaire esquissée quand le pétrole a connu un pic en 2008 ne sera plus l’exception mais la règle alors que la demande de céréales va croître en moyenne de 1,3 % par an.


8. Vulnérabilité aux catastrophes naturelles et financières

les Etats sont désemparés face aux risques naturelles : 75 % des gens vivent sur les côtes


En augmentant, l’urbanisation concentre les populations localement, or, un certain nombre de villes sont situées au bord d’océans, en zones sismiques ou à proximité de complexes industriels dangereux.
C’est le cas sur les côtes françaises fin février 2010 : quand la population se concentre sur les côtes le moindre dérèglement peut entraîner des morts par dizaines ou centaines. Les côtes ne peuvent que reculer et les 75 % de terriens côtiers que subir des ravages toujours plus nombreux. L’exemple qui se répétera sans doute est celui de Katrina (2005 : plus de 1800 morts).
Ces désastres et leurs coûts directs ou indirects ne vont pas aider les populations et les gouvernements qui devraient massivement investir dans le contrôle des naissances, les énergies renouvelables ou encore les nouvelles techniques agricoles… Il n’en est rien les goulets d’étranglement s’accumulent et se renforcent les uns, les autres.
Le capitalisme mondialisé sous prétexte de gérer la rareté des biens (par la hausse des prix ou la concurrence) ne fait qu’aggraver la vulnérabilité de l’Humanité. C’est le cas des diktats du FMI qui liquident les agricultures du sud qui passent sous la coupe des trusts agroalimentaires du Nord. Cela explique pourquoi le Mexique ou les Philippines, gros producteurs de riz et de maïs sont devenus des importateurs de céréales subventionnées états-uniennes (sic). Cela ne fait que renforcer les dimensions dantesques des grandes villes du tiers-monde. C’est le cas de Mexico et de Manille où les autorités ne contrôlent que quelques beaux quartiers mondialisés où résident les riches et les mafieux. Le reste, tout le reste est hors de contrôle y compris statistiques. Une épidémie pourrait s’y développer sans que l’on n’en sache rien avant des jours. 12 millions des 18 millions d’habitants de Manille vivent ou survivent dans des bidonvilles. Les plus malheureux sont 10 000, sur la plus grande décharge à ciel ouvert du monde.
Il n’existe pas de solutions à ces problèmes. Si la démographie de ces pays se tasse brutalement leur capacité de production et d’innovation s’écrouleront comme au Rwanda après le génocide de 1994. Les pays du nord ne démantèleront jamais leurs aides massives aux agricultures productivistes et polluantes.
L’aide au développement est une escroquerie. Elle consiste généralement à voler les pays pauvres d’une autre façon et les ONG ne sont que des Eglises intéressées à se développer comme des entreprises et nullement à supprimer les malheurs qui justifient leur existence.



IV. D’une solution l’autre

1. Où émigrer ?

En 1972 le Club de Rome publiait un rapport au titre iconoclaste « halte à la croissance ? ». Avant le premier choc pétrolier ces experts recommandaient de ralentir la croissance pour économiser les énergies fossiles et limiter les dégâts environnementaux.
Il est certain que l’Humanité a suivi l’exact chemin inverse. Des progrès toujours plus nombreux ont repoussé les pénuries mais les problèmes ne sont que repoussés et en même temps aggravés à l’image de la déforestation qui « solutionne » à court terme le manque de terre tout en aggravant l’effet de serre.
Le moteur de ce « développement » fou qui tuera massivement demain tout en nous sauvant aujourd’hui est démographique. Longtemps, les hausses de population ont été réglées par l’émigration. La science-fiction imagine régulièrement des fuites sur d’autres planètes. C’est bien entendu une chimère et aujourd’hui l’immigration massive d’individus menacés par la montée des eaux ou les guerres est très difficile. Les terres vierges il y a 500 ans sont toutes occupés et peuplées au maximum de leurs capacités. Rappelons que les Etats-Unis, l’Australie ou le Canada, terres d’émigration depuis des siècles, sont largement désertiques…

2. Les progrès technologiques

Seule la fusion atomique peut nous procurer une énergie illimitée. Est-ce possible à moyen terme ?

Il reste que le discours ambiant compte sur « des progrès technologiques ». La révolution verte des années 60 n’a-t-elle permis de nourrir deux milliards de gens en travaillant autant sinon moins ? Les énergies renouvelables ne sont-elles pas balbutiantes et améliorables ? Les officiels us répètent à l’envie que leurs budget de recherches sont si colossaux qu’ils finiront par trouver de nouvelles énergies comme la fusion atomique (ITER).
Impossible de prédire l’avenir scientifique, mais de très lourdes limites existent à ces solutions déjà hypothétiques :
- le coût de ces découvertes (qui restent incertaines) est si élevé que peu d’Etats seront capables de les financer. Surtout les pays « riches » plus que jamais endettés, ruinés socialement et prisonniers de coûts sociaux croissants (vieillissement).
- Les rentes de situation de certains lobbies sont des blocages aujourd’hui impossible à lever. Les majors du pétrole, organisés en trusts sont des forces d’inertie qui limitent tout financement de recherches privilégiant d’autres énergies.
- L’agriculture productiviste des pays riches a supprimé les agriculteurs ! En France les derniers paysans sont ruinés par les coûts croissants des intrants nécessaires à la production, les monopoles de la grande distribution les ruinent de même… L’agriculture bio est une réalité, mais ses rendements sont, de facto, incertains et elle ne pourrait nourrir toute la planète ou alors pas avant des siècles d’efforts et de perfectionnements.

3. La décroissance

la décroissance c'est l'âge de pierre


Le constat affligeant et non contesté de la situation fait émerger un courant d’opinion dit « décroissant », c’est à dire qui prône la limitation drastique de la dépense énergétique. Soyons réaliste, ce modèle écologiste radical ne peut être généralisable. Sans production industrielle de denrées ou de médicaments, sans déplacements, sans moteurs électriques la vie sera tout simplement impossible, comme dans les régions sinistrées d’Afrique qui ne polluent pas et où la survie est une aventure quotidienne. La pénurie induite par la décroissance poussera les Hommes à s’entretuer pour les rares ressources. Aucune autorité ne sera à même d’imposer de telles restrictions à moins de revenir au « modèle » des khmers rouges, étonnamment écologistes… La poursuite du « modèle » actuel sera tout aussi meurtrière mais plus tard, toujours plus tard.


CONCLUSION : à quand l’effondrement ?

Il est impossible d’être précis dans la datation du phénomène, mais les contradictions sont si énormes et les marges de manœuvre si réduites que les dérèglements vont se multiplier : les crises boursières vont se multiplier en proportion des victimes de la misère où des catastrophes naturelles touchant des espaces toujours plus densément et mal peuplés.
Le capitalisme libéral, même s’il va généraliser les produits dits « verts » carburera toujours aux énergies fossiles qui sont et seront de plus en plus chères et de plus en plus polluantes.
Secouée de plus en plus fort toute la structure globalisée va tanguer, se défendre en laissant le marché décider de la mort des « inutiles » tandis qu’une élite de plus en plus implacable va s’accrocher à ses rentes et à ses palais surprotégés tandis que les milliards de mécontents seront candidats au mieux à une émigration massive qui remplie déjà les trottoirs des centres-ville, au pire des martyrs de causes délirantes, le suicide individuel étant une solution comme une autre pour échapper au suicide collectif.

 

Entretien de D. Gorteau avec J. Blamont

Livres, biographie et références de J. Blamont : http://fr.wikipedia.org/wiki/Jacques_Blamont

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l'industrie de la viande en question : http://bidoche-lelivre.com/

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