B A N L I E U E S : Qui joue avec les allumettes ?

Novembre 2006

B A N L I E U E S : Qui joue avec les allumettes ?

par : Terouga

1. Les banlieues arrangent tout le monde

La situation dans les banlieues des grandes villes françaises est connue. Depuis plus de 20 ans, c’est à dire le tournant libéral de 1983, la situation se détériore très lentement mais très régulièrement.

Ces espaces urbains vite bâtis au tournant des années 50 pour vider les bindonvilles agglomère tout ce que le capitalisme anglo-saxon à la mode UMPS produit de “détritus” : chômeurs, dealers, travailleurs pauvres, retraités modestes, immigrés désintégrés et jeunesse basanée... Bref, tout ce qui est en décalage avec le libéralisme est expulsé et ceinturé dans ces quartiers aisément contrôlables.

Aisément contrôlables non dans l’application des lois de la république, mais bien parce que ces espaces sont assez limités géographiquement et qu’il est facile de savoir qui y fait quoi. La petite délinquance qui y sévit n’a rien à voir avec les mafias italiennes et est très vite sensible au chantage des juges et des policiers et génère elle-même quantité d’indics et autres “irréguliers”... Les services de l’Etat sont particulièrement renseignés sur les trafics qui irriguent ces quartiers. Les RG connaissent l’essentiel et tous les chefs des petits réseaux illégaux.

Il serait théoriquement possible de frapper fort et d'arrêter les quelques centaines de pro de la délinquance qui y sévissent. La situation n’a rien à voir avec les ghettos nord-américains.

Or, on ne fait rien depuis des années. Pourquoi ?

Depuis 2002 on a une petite idée.

Les banlieues arrangent finalement tout le monde : la population aisée ou qui aspire à l’être a fuit depuis longtemps ces espaces et est ravie que les pauvres y restent concentrés.

Les dirigeants politiques ne veulent aucunement assumer le coût d’une politique réellement sociale à même de réduire durablement le chômage et rebâtir ces quartiers largement insalubres car cela impliquerait une rupture avec les traités européens.

Les chefs délinquants qui occupent ces espaces sont les derniers à vouloir que ça change car ils sont les caïds de ces zones et exploitent leur population avec une férocité digne des fantasmes du MEDEF. De plus, au niveau comptable les traffics divers soulagent la misère de ces quartiers...

Et en 2002 une dernière catégorie de gens a désiré que les banlieues flambent : les candidats de droite à la présidentielle.

N’ayant, comme toujours, rien de très intelligent à dire J. Chirac a fait de sa campagne de 2002 sur une dénonciation tout azimuts de la délinquance. “Impunité zéro”, l’expression est de lui. Flop général vu le tombereau “d’affaires” qui lui collait au train, mais réelle agitation médiatique autour des banlieues...

Aucune analyse sociale, aucune solution proposée, mais une durable agitation autour des mille et uns actes scandaleux qui ont lieu là-bas. Dans le désordre : viols en réunion rebaptisés “tournantes” pour mieux impressionner, embuscades contre les policiers (déjà !), destructions de biens publics, etc.

On sait comment à la vieille du 21 avril 2002 les télés exhibèrent l’histoire d’un quasi SDF d’un quartier sensible d’Orléans roués de coups chez lui... Très logiquement le Front National bénéficia de ce climat et aussi de la médiocrité de l’offre politique.

Bien entendu entre les deux tours l’insécurité disparut comme par enchantement des media... Pour mieux revenir depuis que la droite libérale est englué dans sa politique antisociale...

2. Sarkozy incendiaire n°1

N. Sarkozy n’aime pas la France de 1789, il n’aime pas les travailleurs, il n’aime même pas son propre camp. Il n'aime personne sinon le président américain et ses grimaces. Comment se faire élire avec les idées de Bush et une tête de balladurien ?

Seule solution pour un candidat made in USA, utiliser la démagogie lepéniste avec les moyens du capitalisme français. Donc, dès que le gouvernement Raffarin apparut comme une bande au service des intérêts du grand capitalisme dirigé par les institutions européennes, Sarkozy se montra discret sur les “réformes” en cours (des retraites au CPE...) et se mit à gesticuler sans arrêt sur les banlieues.

En tant que ministre de l’intérieur il aurait au moins pu traiter le problème au niveau policier. Or, que se passa-t-il très concrètement sur le terrain ? La situation s’aggrava : mêmes effectifs, même stratégie, même budget, mêmes échecs... Depuis 2002 Sarkozy a-t-il seulement pensé à augmenter les effectifs ? Nullement. A-t-il renforcé la police de proximité ? Il l’a supprimée. A-t-il redéployé les policiers là où les trafics pullulent ? Non, il a pris des policiers dans les zones sensibles pour les mettre dans les quartiers riches. A-t-il rénové les commissariats ? Jamais.

Du coup, le premier responsable des émeutes de 2005 est bel et bien le n°1 de la droite pro-américaine. Gestion des policiers anti-sécuritaire, qualificatif de “racailles” plus digne d’un agité que d’un ministre, vu qu’il a été lancé face caméra à toute une population et non aux premiers intéressés, descente nocturne dans des quartiers pour y semer un maximum de désordre pour mieux faire coller son discours à la réalité, opérations policières spectaculaires (mais sans effet) suite à des violences médiatiques... Hautain, bavard et surtout incapable, Sarkozy suscite le désordre et l’incendie pour faire oublier aux habitants de ces quartiers qu’ils sont avant tout victimes de la politique qu’il incarne.

Si le ministre de l’intérieur n’est pas le seul responsable de 20 ans de chaos libéral il est coupable de l’aggravation du problème depuis 2002, use et abuse de la situation complaisément relayée par des journalistes avec qui il entretient, comme chacun sait, toutes sortes de relations assez peu déontologiques...

3. Tam-tam médiatique : l’appel à l’émeute

C’est pourtant vrai que la délinquance augmente.

Comme en serait-il autrement dans un système économique qui génère des profits énormes mais qui les redistribue de moins en moins ?

C’est vrai que la vie dans ces quartiers est sinistre et féroce. Comment en serait-il autrement vu que les services publics sont gérés n’importe comment et que les fonctionnaires travaillant sur place (policiers, enseignants, facteurs...) sont à la fois victimes du gouvernement qui les méprise et des voyous qui les terrorisent ? Comment s’étonner que ces fonctionnaires mutent dès que possible ?

Au milieu de ce sac de noeuds, des médias honnêtes parleraient des causes sociales et moins des conséquences spectaculaires. Ils parleraient des chiffres, de la réalité et non des déclarations surréalistes de Sarkozy, etc.

Vides de sens les “informations” ne vivent que pour l’audience et donc se focalisent sur le très court terme, l’image et l’événement. Du coup, pour eux aussi, la banlieue est un fromage qui génère indirectement de fortes recettes publicitaires.

Souvenons-nous des media US ravis de titrer “Paris brûle !” et de décrire des émeutes fomentées par des “musulmans” en novembre 2005. Une façon de nous punir de n’avoir pas été massacrer nous aussi des musulmans en Irak. Mais les media français ont-ils été en reste ? Pas vraiment, les journalistes ont aussi payés des voyous pour être introduits dans les émeutes et filmer le saccage de biens publics, eux aussi ont relayé chaque matin le nombre de voitures brûlées d’un côté et les “réactions de Nicolas Sarkozy” de l’autre. Et pour “l’anniversaire” de ces événements bien des reporters attendaient sur place les premiers feux !

De ce spectacle est né une colère et une peur chez les Français et aussi un match sordide entre ministre mussolinien et bandes de casseurs. Car, toujours “à l’américaine” Sarkozy ne nous aura rien épargné, après avoir accusé les “barbus” d’être derrière ce chaos, il aura remercié l’UOIF (coalition d’associations plus ou moins islamistes) d’avoir publié une fatwa (!) appelant (sans succès) au calme.

Non seulement les media n’ont pas expliqué les vraies causes de ces violences, mais en plus ils ont jeté de l’huile sur le feu. Faut-il y voir un complot ?

Pas vraimment, le tam-tam médiatique qui décuple les événements et appelle à leur répétition mimétique n’est pas une volonté délibérée et secrète des journalistes, ni vraiment celle de leurs patrons, mais un effet de structure. Des média habitués à faire des bénéfices par l’audience ne peuvent que dériver de la sorte. Mais, depuis 2002 et plus encore depuis 2005, les leçons ont-elles été retenues ? Nullement. Comme en 2002 la campagne présidentielle de 2007 s’oriente non sur des projets (l’UMP et le PS ont les mêmes) mais sur des questions secondaires : querelles de personnes, affaires et... insécurité !

Or, depuis le mois de décembre 2005 où les media “redoutaient” de “nouveaux incidents” télés et radios sont à l'affût de toute espèce de violence venue de banlieue. Cette violence qui sévit aujourd'hui contre les policiers ou les bus et hier contre les cortèges syndicaux ne sert qu’à pérenniser le pouvoir contre toute forme de contestation sociale car face au chaos inorganisé et injuste, tout le monde se bouche le nez pour tolérer Sarkozy et les siens. Lors des émeutes la côte du ministre de l’intérieur a mécaniquement monté comme celle de Bush au début de la guerre en Irak... Si il y a un complot, c’est bien là qu’il est.

À part quelques mafieux cruels, il est exact que les jeunes de banlieues vivent dans la pauvreté morale, sexuelle et financière, mais les violences qu’ils commentent discréditent toute révolte des “pauvres” en général. C’est tout bénéfice pour les adversaires des aides sociales. Même chose avec les manifestations anti-gouvernementales réprimées par les agissements de quelques dizaines de “casseurs” qui ont ainsi utilement brisé les cortèges lycéens en lutte contre la loi Fillon. Et seule l’ampleur de la mobilisation contre le CPE a eu raison des “racailles” cette fois-ci peu combattues par Sarkozy.

2007 ressemblera à 2002.

Très vraisemblablement les classes populaires vont sanctionner le pouvoir, coupable de malhonnêteté (affaires...), antisocial (CPE...) et antinational (campagne pour le OUI...). Qui bénéficiera électoralement de cette colère ? Sarkozy tente depuis 2002 d’instrumentaliser (provoquer ?) les chiens fous des cités pour récolter le dégoût des braves gens, mais à trop vouloir jouer avec les allumettes il pourrait se brûler et apparaître, tel Jospin en 2002, comme bègue incapable et verbeux.

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