Jusqu'où faut-il suivre A. Soral ?

Décembre 2006

Jusqu'où faut-il suivre A. Soral ?

par Terouga

Sur www.salutpublic.fr et avant cela sur www.que-faire.info un certain nombre de gens généralement issus de la gauche républicaine ont salué le travail et les réflexions pour le moins novatrices et percutantes d’A. Soral. Alors qu’il a rejoint le FN avec armes et bagages faut-il le suivre dans « la gauche du FN » ? Le condamner comme un égaré ? Ou continuer à l’écouter ?

1. Le VRAI programme du FN

Très objectivement les analyses de Soral sur la situation politique ne manquent pas de lucidité. Liberté d’expression à géométrie variable, chantage permanent à l’antisémitisme, vide sidéral dans l’ensemble de la « gauche », américanisation à outrance de la « droite », etc. les exemples ne manquent pas pour prouver que la France est au bord du gouffre. Entre traités européens libéraux et explosions des inégalités, le pays de Robespierre et de Charles de Gaulle est sur une très mauvaise pente.

Aucune leçon n’a été retenue par nos dirigeants mal élus. Pas plus le 21 avril 2002 que le NON à la constitution européenne n’ont servi à changer de cap. Quant au choix de 2007 il reste déprimant à l’exception très marginale de G. Schivardi.

C’est face à un système politique bloqué et ultra-libéral que Soral a rallié le FN.

Pour lui seul Le Pen dernière version peut blackbouler le « système ». En effet, depuis plus de 10 ans le FN est le parti le plus populaire et le plus ouvrier. Bien des gens victimes du libéralisme tant social (chômage) que sociétal (prolifération des bobos) s’abstiennent, votent Arlette ou choisissent massivement Le Pen. Le FN, lui, n’a jamais déçu murmure-t-on face aux singeries d’un Sarkozy ou au sourire La Redoute de Royal.

Qu’en est-il vraiment ?

Même si Soral ne veut juger le FN que sur ce qu’il est devenu et non sur ce qu’il était, force est de constater que ce parti n’a jamais vraiment brillé ni intellectuellement ni politiquement. Ses députés en 1986 (voulus par Mitterrand d’ailleurs) comme ses gestions municipales n’ont jamais été des francs succès. Très fréquemment il a fait des offres de services à la droite (notamment aux élections régionales de 1998).

Dans les années 1980 Le Pen se présentait même comme le « Reagan français » et accusait l’immigration de tous les problèmes participant ainsi à la négation de la question sociale chère au même A. Soral.

Aujourd’hui il est difficile de savoir comment se présente Le Pen. Depuis 2002 et plus particulièrement après son discours de Valmy le président du FN se veut républicain et laïque. Quand donc faut-il le croire ? S’il a changé pourquoi ne pas s’expliquer sur ses choix passés ? Vouloir rencontrer Mandela et Castro fait-il de lui un homme de gauche ?

Si l’immigration reste LE thème de campagne du FN, l’islam n’est plus un problème et nombre d’élus locaux du FN votent en faveur de mosquées dans le respect de la loi de 1905. On peut s’en féliciter mais que faut-il en conclure ?

À dire vrai les discours de Le Pen ont toujours eu une connotation contradictoire. OUI aux Français de toutes origines, mais NON au droit du sol, etc. Bref, une ambiguïté qui peut faire douter de son évolution…

Mais l’essentiel n’a pas vraiment bougé : le FN n’est pas plus un parti de « gauche » qu’il n’était un parti nazi jadis. Seule invariance de son programme : le poujadisme.

En effet, comme le site du FN met en ligne tous les discours du chef, il est aisé de réaliser que le vieux fond du FN reste en place : au niveau de l’État et de ses services publics Le Pen n’a jamais varié : l’État doit se désengager comme on dit au MEDEF. Éducation, santé, fonction publique, etc. le FN considère toujours que l’État « coûte » trop cher, est inefficace et doit laisser la place à l’initiative privée. Or, comment restaurer la république et défendre la nation face à la mondialisation capitaliste sans contrôler l’économie et encadrer le marché ? Privatiser les retraites ne revient-il pas à faire un cadeau aux grands groupes capitalistes ?

Cela explique les silences de Le Pen sur les privatisations (EDF comprise) ou le salaire minimum ou encore les retraites ou la sécurité sociale. Là-dessus, Le Pen reste un bourgeois rentier et conservateur.

Pour le moment l’influence de Soral n’a pas fait varier le FN là dessus.

2. Le Pen président, et après ?

Et si le FN était l’outil qui manquait au peuple pour casser la classe politique ?

Il faut donc envisager d’élire le FN à la présidence. Soit, mais pour y faire quoi au juste ? Nul ne peut répondre. Le Pen n’est pas Chavez et pour le moment le FN a toujours servi à donner une victoire écrasante à ses adversaires au deuxième tour. Ainsi Chirac a pu se féliciter d’être face au FN en 2002, cela lui a permis une victoire absolument inespérée…

Certes les contre-pouvoirs traditionnels (gauche, associations, syndicats, ATTAC…) sont discrédités, mais le FN vaut-il mieux ? Fera-t-il mieux ? Là aussi on reste dans le flou le plus total.

Au niveau de la politique internationale si Le Pen affiche une vraie indépendance vis-à-vis des USA on ne peut pas en dire autant vis-à-vis d’Israël. Vrai obsession du monde politique français le FN n’échappe pas à cette règle : dès avant 2002 Le Pen en personne a donné des interviews plutôt favorables à des journaux israéliens. Et, lors de la dernière fête des BBR où Soral et Dieudonné sont venus le même FN recevait très courtoisement les sionistes les plus durs. Alors, réconciliation ou complète confusion ?

À la tête d’une coalition de sympathies floues et contradictoires, réellement en évolution mais manquant encore de cohérence interne le FN n’est fort que parce que le reste de l’opposition au capitalisme est nulle. Peut-être anti-mondialiste à l’extérieur, le FN reste une machine à démolir l’État à l’intérieur. Amalgamant des sympathies plutôt anti-américaines le FN n’a aucune position sérieuse sur les problèmes du Proche-Orient...

Adhérer au FN ne revient pas à devenir nazi, pas plus qu’adhérer à la LCR revient à devenir bolchévique…

 

Alain Soral a déjà pas mal fait bouger le FN. Il a accompagné sa tendance la plus moderniste et la plus ouverte aux problèmes actuels (et non aux vieux combats perdus de l’extrême-droite), mais la nullité et la dangerosité de l’UMPS ne garantissent aucunement la fraîcheur du FN ni sa capacité a réellement défendre le peuple.

Sans illusion mais sans retenue Soral s’est donc engagé dans un nouveau combat que pour le moment tous ses admirateurs ne partagent pas. Gageons qu’il ait, une fois de plus, raison avant tout le monde et que le FN défende les Français de toutes origines aussi bien que l’UMPS défend les capitalistes de toutes les couleurs. Franchement, vous y croyez ?

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