Le rôle politique de la racaille dans l'histoire

Janvier 2006

Le rôle politique de la racaille dans l'histoire

par : Terouga

 

 Les années de forte croissance économique nous avaient fait oublier l’existence d’une classe sociale qui anima les romans naturalistes du XIXe siècle, le lumpenprolétariat.

L’expression est de K. Marx qui analysa le rôle et l’identité sociale de ce « prolétariat en guenilles » (ou racaille). Pour le philosophe allemand, la partie la plus pauvre du prolétariat, celle coupée durablement du monde du travail et celle survivant dans l’économie illégale constituait à la fois une conséquence du grand capitalisme et aussi un groupe social utile à la perpétuation des privilèges de la bourgeoisie. En effet, le concubinage surprenant entre puissants et voyous eu toujours pas mal de succès dans l’histoire. Dans toutes les périodes de crise où les élites se sentent menacées, leur réflexe fut de pactiser plus ou moins ouvertement avec les éléments les plus marginaux et les plus violents de la société.

1. Une alliance contre-nature

Les inégalités développent des cultures de ghettos.

Quand le capitalisme se développe il fait éclater les modes de vie traditionnels et dissout la vieille morale issue des terroirs. Ainsi, sans les entraves de la charité et de la morale judéo-chrétienne, les plus riches sont amenés à l’être de plus en plus et emploient leur influence économique pour manipuler le pouvoir politique chargé de garantir aux riches des revenus sans cesse en augmentation. Rien de surprenant dans une économie basée sur l’accumulation.

A l’autre bout de la société le même capitalisme génère des quantités énormes de déclassés, de gens coupés de leur milieu social d’origine et aussi déracinés de leurs espaces familiaux. C’est ainsi que les bidonvilles se peuplent de dizaines de milliers de gens dont les repères n’existent plus vraiment et où délinquance et déviances sociales prospèrent dans ces situations où le passé est mort et où l’avenir est bouché.
Les grands bourgeois d’hier et d’aujourd’hui ne rencontrent jamais les plus exclus. Ils vivent dans un monde bien à eux où ils ne craignent pas plus la grande criminalité que la petite délinquance. Encadrés par des gens à leur service, gardés par des vigiles, les oligarques voient le lumpenprolétariat comme une population volontiers exotique, délicieusement effrayante et aucunement menaçante pour leurs intérêts. En effet, voyous, jeunes casseurs, islamistes célibataires et autres nomades cherchent très souvent à mimer de façons pitoyables et grotesques les moeurs des puissants (filles faciles, grosses voitures, vêtements de marque…). C’est une histoire aussi vieille que les empires ! La Rome antique vit coopérer la démesure des sénateurs à la pire misère des Romains affamés. Le but de cette alliance contre-nature ? Briser le mouvement social de l’époque, c'est-à-dire les citoyens romains révulsés et exploités par les riches. Contre cette révolte des braves gens, rien de plus efficace que les bandes armées et violentes laissé libres de voler, frapper et terroriser les Romains moyens, attachés à une certaine morale et à quelques valeurs.

Qui suivi en priorité Hitler dans ses premiers délires racistes ? Généralement des Allemands traumatisés par la défaite de 1918, sans culture politique et sans repères moraux. Ils furent mille fois plus nombreux quand le chômage de masse généralisa les déclassés.

Les exemples de ces confluences inattendues sont très nombreuses : ainsi la Sicile comme l’Amérique du sud ont-elles toujours été des terres propices à ce type d’arrangements. Le seul but des propriétaires terriens est de garder leurs terres contre tout mouvement socialiste de redistribution des terres.

Pour cela, ils salarient littéralement les bandits de grands chemins qui rackettent les paysans moyens ou petits. Ruinés par la délinquance de ces voyous (milices colombiens ou maffias…), les paysans modestes n’ont pas d’autres choix que de vendre leurs terres à bas prix aux latifundiaires. Au début du XX°s l’Italie généralisa cette alliance pour détruire le mouvement ouvrier. Les premières troupes de choc du fascisme des années 20 s’inscrivirent dans cette alliance des plus marginaux et des plus riches : les possédants payaient le parti mussolinien afin que les chemises noires liquident les organisations de gauche.

De même les mafieux américains pactisèrent avec le milieu marseillais afin de s’en prendre au syndicat CGT des dockers dans les années 50. De manière générale tout gouvernement face à une mobilisation sociale, utilise l’action de « casseurs » anonymes et masqués pour briser et discréditer une manifestation.

Pour le XIX°s les exemples ne manquent pas de sous-prolétaires stipendiés par la bourgeoisie pour servir de porte-flingue aux puissants contre les révoltés politisés.

2. Le même ennemi : le bien commun

Le lumpenprolétariat et les oligarques partagent étonnamment une même vision du monde : certitude que seule la violence paie, mépris des petits propriétaires, rejet du travail, goût de l’exploitation des autres… Ils considèrent que les lois sont faites pour les autres  (la classe moyenne) et que rien ne saurait les empêcher de s’imposer et de s’enrichir.

Privilégiés et exclus communient dans la haine implacable du bien commun et de tout changement social. Grands bourgeois et proxénètes sont des conservateurs nés, ils se sont motivés que par la perpétuation de leurs prébendes et ne veulent surtout pas que des agents de l’Etat viennent s’occuper de leurs petites affaires. Ainsi les marginaux des deux extrêmes de l’économie sont-ils foncièrement hostiles aux mouvements politiques proposant une redistribution des richesses. En effet, un rééquilibrage économique en faveur du monde du travail impliquerait nécessairement que les mafieux de toutes sortes renoncent à leurs business et se mettent à travailler. Héritiers de fortunes démentielles ou hommes de main ont la même crainte : devoir renoncer à leurs activités parasitaires. On se souvient comment le mouvement étudiant de 1995 se dissipa suite à une nuit de violences dans l’université de Jussieu. Violences que la police se garda bien de limiter…

3. Sarkozy, racailles : les deux faces de l’ultralibéralisme

Autre épisode fameux de cette alliance anti-populaire : les manifestations lycéennes du mois de mars 2005. Manipulés par le PS et ses satellites, le « mouvement lycéen » se rue alors dans des manifestations qui discréditent le ministre Fillon. Alors que les interventions policières passent très mal dans l’opinion, l’action de centaines de casseurs dans lors de la manifestation du 8 mars arrive à point nommé pour éteindre la combativité des jeunes. Là aussi la police restera totalement statique devant des scènes d’une rare violence. Epouvantés les jeunes cesseront toute action.

Ce type de répression est utile à plus d’un titre aux oligarques : devant la violence « aveugle » des casseurs la masse des petits bourgeois fait bloc avec le gouvernement et verse même dans la xénophobie.

Les violences en banlieues procèdent de la même structure : si les élucubrations de Sarkozy ont déclenché l’incendie, les seules vraies victimes de ces actions destructrices sont bel et bien les travailleurs et les classes moyennes, sûrement pas les électeurs de Neuilly du prince de Lilliput.

En forçant les braves citoyens légitimement révoltés à soutenir de vils politiciens ambitieux comme Sarkozy, les actions des casseurs du lumpenprolétariat tombent à point nommé et traduisent une américanisation des mœurs politiques françaises. En effet, la droite dure américaine a toujours fait son beurre sur la délinquance des grandes villes américaines, délinquance qui est la conséquence logique des « Noirs » et sûrement pas du système économique…

Revendiquant une violence dans les rapports économiques, exploitant financièrement la pauvreté et la faiblesse des autres, les électeurs de Sarkozy comme les voyous de banlieues ne sont que les hommes de main impitoyables et vulgaires du libéralisme le plus vil, celui qui vient des Etats-Unis et qui nous est imposé par l’Europe.

 

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