Acteurs de la crise égyptienne

 

Morsi et les Frères Musulmans

Deux ans après le départ forcé de Moubarak, les Frères Musulmans semblaient être les bénéficiaires de cette nouvelle donne. Rien n'est moins sûr aujourd'hui ! Hésitants sur leur participation aux élections présidentielles, ils ne l'ont emporté que d'une courte tête (moins de 52 %), on est déjà loin des 60 % de voix islamistes aux premières élections législatives libres. 

Certes Morsi a écarté le maréchal Tantaoui, pilier de la junte qui a vidé Moubarak (lui même ex militaire) mais les ennuis se sont accumulé pour la présidence : la rue est toujours indocile car déçue de la perpétuation des difficultés économiques. Importantes sous Moubarak elles se sont aggravées du fait des désordres divers dans le pays.

Finalement très modérés du fait de la dépendance du pays vis-à-vis du capitalisme international (investissements, "aide" des Etats-Unis...) Morsi et son parti ne peuvent que faire les comptes et subir le désenchentement de la population qui n'a plus les moyens d'attendre. Libéraux sur le plan économique ils hésitent à obéir au FMI qui exige la fin des subventions aux produits de premières nécessité (1/3 des dépenses de l'Etat), or, sans "l'aide" du FMI le pays est en cessation de paiement.

Cela explique la modération interne et externe même si la nouvelle constitution est passée en force contre l'opposition. Rappelons que rien de très nouveau n'anime cette constitution : comme avant peu ou pas de garantie sur les libertés publiques, rôle de l'islam comme "source" des lois, etc.

En attendant la "solution islamique" ne fait plus rêver personne.

 

"L'Etat profond" : l'armée et l'ancien régime

Dans les violences et la contestation confuse actuelle les services de sécurité (armée + polices) jouent un jeu pervers.

Toujours très méfiants vis-à-vis des Frères Musulmans, longtemps ennemis n°1 du régime, certains cadres de l'ancien régime laissent volontairement les contestataires agir sans réellement assurer l'ordre public. Le nombre de morts s'envole, la population redoute le chaos et... le parti de l'ordre ancien en sort renforcé ! Morsi a même redonné à l'armée le pouvoir d'arrêter et de juger des civils.

Morsi cherche en permanence un modus vivandi entre les Frères et la colonne vertébrale de l'ancien régime. Reste à évaluer le dégrès de cohérence de l'armée qui semble avoir gardé ses prébendes et son immunité malgré des décennies de corruption et de gestion calamiteuse du pays. Juger Moubarak et quelques uns de ses proches ne semble pourtant pas suffire à calmer les déçus de la révolution.

 

L'opposition non islamiste

Sabbahi, 20 % et 3° aux dernières présidentielles

Réalisant les difficultés économiques majeures que gère Morsi l'opposition non islamiste encourage la contesttaion depuis l'adoption controversée de la nouvelle constitution. Animée par des figures bien vues en Occident (Sabbahi, el Baradeï, etc.) cette opposition peine pourtant à s'unir. Il existe pourtant le "Front du Salut National", coalition des partis d'opposition.

Elle pourrait gagner du terrain aux prochaines législatives mais n'a pas de programme ni de solution de rechange dans un pays sous pression économique, démographique et politique. Elle communique donc au coup par coup, comme suite à la publication d'une vidéo montrant un homme de 50 ans (un manifestant ?) battu par des militaires et complètement nu...

 

La "rue"

"black boc" égyptien

Difficile d'y voir un acteur homogène.

Les jeunes qui prennent de gros risques en manifestant contre le gouvernement sont avant tout des révoltés sans cohérence. Activés dans des dernières grandes manifestations contre Moubarak ils sont aujourd'hui convaincus de la duplicité des Frères Musulmans et de l'armée, concurrents quand ils sont face-à-face mais solidaires pour stopper les changements tant politiques qu'économiques.

La rue est donc un acteur spectaculaire mais peu cohérent : ainsi suite à la condamnation à mort de plus de 20 supporters d'un club de foot de Port Saïd (accusé d'être responsables de la mort de plus de 70 supporters d'un club du Caire) les violences urbaines ont fait encore plusieurs morts... sans que la police locale n'intervienne ! Or, on accuse souvent la police d'avoir laissé les incidents dégénérer en février 2012 quand la première tuerie a eu lieu. La rue peut aussi affronter la rue !


Liens : L'heure des comptes en Egypte (sur les présidentielles).


Date de dernière mise à jour : 03/02/2013

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