Afrique, Etats faillis

Voyage dans l'Afrique décomposée...

Certains pays d’Afrique ont amorcé leur développement.

Dans la confusion, la violence et la corruption certains Etats se structurent et sortent d’un sous-développement mortifère. Notons les exemples éthiopien, nigérian ou mozambicain. D’autres pays, plus anciennement en développement continue leur lente et chaotique progression (Ghana, Kenya...).

Mais il reste des pays profondément décomposés (la Somalie) et d’autres en train précisément d’éclater malgré ou à cause d’ingérences étrangères. Le poids de l’héritage colonial et post-colonial joue aussi un rôle dans ces situations politiquement et humainement tragiques.

 

Le « modèle » somalien

Comme son voisin yéménite la Somalie fut plus une juxtaposition de tribus qu’une nation. Quand le pays accède à l’indépendante en 1960, les éléments d’unité sont peu nombreux et les forces centrifuges importantes : les régions sont, de facto, très autonomes et seul un pouvoir fort puis tyrannique va faire « tenir » le pays. La figure du général Siad Barre va alors incarner cette verticalité du pouvoir de 1969 à 1991.

Mais la violence ne va nullement résoudre la question somalienne. Quand la capitale tombe aux mains d’une énième rébellion le pays achève de se fragmenter sur une base locale : clans et sous-clans s’affrontent dans une ville en ruine.

L’intervention de la communauté internationale (sous direction états-unienne) en 1992 ne changera finalement rien. L’espace somalien en sortira encore davantage fragilisé et divisé entre un nord-ouest indépendant de fait, le Somaliland, un nord-est plus qu’autonome, le Puntland, une Ogaden sous influence éthiopienne et une côte livrée à toutes les bandes armées (islamistes ou pirates…).

La fragmentation est une réalité de fait depuis plus de 20 ans et aucun facteur d’unité n’est à même de changer les choses. Le pouvoir est localisé, lié à des enjeux très anciens et claniques et nullement à des mouvements mondiaux ou régionaux. Les pays limitrophes interviennent pour préserver leurs intérêt ou éviter la déstabilisation (Ethiopie, Kenya) alors que la communauté internationale se contente de sécuriser la route maritime empruntée par des centaines de gros navires de commerce.

 

La malédiction soudanaise

Il en va presque de même au Soudan où l’immense pays vit lui aussi un éclatement.

Le pouvoir « central » n’a jamais réussi à réduire le mouvement sécessionniste du sud. Le pays a donc été officiellement partagé en 2011. Or cet accord inattendu et plutôt positif n’a nullement résolu la question du pouvoir tant au nord qu’au sud. Sortis de petits territoires (à base ethnique) les régimes en questions sont violemment contestés loin de leur fief.

Le Soudan du Sud (même épaulé par les USA) est secoué depuis 2011 par une lutte entre tendances politiques rivales : président et ex vice-président se battent ouvertement alors que localement chaque chefferie choisit son camp sur la base de questions locales. Ainsi même l’ethnie est encore un facteur explicatif trop vague pour traduire les mouvements de terrain…

Au Soudan du Nord des mouvements, eux aussi séparatistes (liés parfois au Soudan du sud) sont périodiquement visés par les raids de l’armée de Khartoum au Nil Bleu et au Kordofan du sud.

Et que dire de la guerre déjà ancienne au Darfour ? A l’ouest, autre zone violemment disputée entre pouvoir central et mouvements politiques, eux-mêmes rivaux…

Comme en Somalie les populations vivent dans un sous-développement et une arriération qui est de mauvaise augure pour la suite de l’histoire. Là aussi, la fragmentation recoupe l’héritage colonial qui avait façonné un Soudan britannique gigantesque loin des populations locales.

 

Evolution malienne et centrafricaine

Au Mali et en Centrafrique les cartes coloniales ont les mêmes effets qu’au Soudan où nord et sud s’opposent. La religion des habitants est une explication très superficielle : au Mali la guerre entre nord et sud a opposé des musulmans sunnites des deux côtés. En Centrafrique Chrétiens et Musulmans ont vécu sans histoires ensemble jusqu’à il y a peu…

En réalité ces pays enclavés ont eu à gérer un raz-de-marée démographique sans précédent : la population a augmenté très vite depuis 1960. + 250 % pour la Centrafrique et + 300 % pour le Mali. La France, elle, n’a vu sa population augmenter que de 60 % de 1960 à nos jours.

l’Etat s’est littéralement dissipé sur place

La production de richesse n’a pas suivi et l’Etat s’est littéralement dissipé sur place : système de santé, éducation, sécurité… de larges parties du territoire ont été abandonnées. L’analphabétisme et la misère ont prospéré avec les terres agricoles et l’immigration comme seules sources de richesses. Les trafics en tous genres ont pris le relais de l’économie déclarée et des bandes n’ont pas tardé à s’opposer pour le contrôle des axes de communication menant au nord (Maghreb, Europe)…

Au Mali comme en Centrafrique c’est la faillite complète -et ancienne- de l’Etat qui a favorisé une violence de basse intensité qui a achevé de ruiner les institutions.

Sans cadres, sans projets, sans fonction publique, sans accès à la mer à même de servir de structures au développement, ces pays ne peuvent que se morceler dans la violence religieuse ou politique en apparence.

 

Que peut-il se passer ? La France et d’autres forces extérieures vont tenter de garder des Etats unitaires à leur profit, mais il y a peu à espérer de ces interventions coûteuses et ponctuelles.

Eclaté de fait, ces pays gagnerait à passer à un modèle ultra fédéraliste jusqu’à ce que des réseaux économiques et autres cimentent à nouveau ces créations coloniales. En attendant, quand une autorité locale émerge la situation se normalise comme au Somaliland.

 

Analyses géopolitiques : ICI

Date de dernière mise à jour : 19/02/2014

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