Après Kadhafi, quel avenir pour la Libye ?

Quand Sarkozy adorait Kadhafi...

 

1. La question politique 

La Libye est donc tombée comme un fruit mûr dans les bras du CNT, organe politique et militaire de la rébellion. Or, relativement soudés par leur haine de l’ancien régime, les rebelles sont, en réalité, très divisés. Il est de notoriété publique que le CNT agglomère des gens très différents voire carrément hostiles. Cela explique la mort du général Younes, ex fidèle de Kadhafi rallié à la rébellion abattu par des rebelles qui le soupçonnaient de jouer double jeu. Mais par qui exactement ? Mystère car le CNT est partagé entre tendances rivales. En effet, comment faire travailler ensemble monarchistes, islamistes, pro-occidentaux et ex collaborateurs de Kadhafi ? Déjà deux mercenaires français avaient été abattus par des hommes armés du CNT à Benghazi. Etrange… Maintenant que le dictateur est hors jeu, le CNT va devoir montrer son vrai visage : celui d‘une démocratie inédite en Libye ou celui du chaos tribalo-clanique ? Il est bon de rappeler que les médias occidentaux ne se sont pas attardés sur les exactions des rebelles…

 

 

Abd Al-Hakim Belhadj, un chef islamiste allié de l'OTAN !

2. La question clanique

La « révolution » libyenne est avant tout le soulèvement de tribus de l’est écartées du pouvoir depuis 1959, date du coup d’Etat de Kadhafi. Malgré de vraies alliances avec presque toutes les tribus le « Guide » a toujours eu des difficultés avec l’est toujours nostalgique de la dynastie senoussie, une dynastie très anti-occidentale pourtant installée par les Britanniques. C’est donc une guerre clanique et tribale qui a opposé « révolutionnaires » et partisans du Colonel. Cela explique la grande difficulté des rebelles a  progressé vers l’ouest avec pourtant un soutien aérien massif de l’OTAN. Même constat au sol : des centaines de « conseillers » français et britanniques sont venus encadrer les nouvelles recrues de la rébellion. Etrangement ces experts occidentaux ont voisiné avec des « émirs » islamistes. Peu de temps avant le soulèvement, Saïf al Islam, premier ministre de facto de son père, avait libéré des islamistes dans le but précisément de réformer et assouplir le régime. Peine perdue ces derniers, généralement proches d’al Qaïda (et par exemple très présents en Irak) sont passés immédiatement du côté du CNT faisant pression sur les plus modérés. Ici ou là à l’est les femmes ne peuvent plus guère sortir. Les libyens noirs sont parfois maltraités car jugés proches de Kadhafi, etc. Le risque de voir l’immense Libye (1 700 000 km² soit plus de trois fois la France) éclater en territoires tribaux rivaux est réel. Il en fut de même en Somalie il y a 20 ans quand un dictateur militaire fut renversé par une coalition de tribus mécontentes. On sait à quoi ressemble la Somalie actuellement : un mélange de factions islamistes et violentes qui se disputent les rares zones stratégiques. Même chose en Irak où des factions, surarmées, s’entredéchirent pour le pactole des champs pétroliers… 


3. La question énergétique

La Libye est le pays pétrolier le plus proche de l’Europe après l’Algérie. Cette proximité et l’étendue de ses richesses pétrolières et gazières expliquent l’empressement de Sarkozy et Cameron a vouloir « sauver des civils » dans le pays. Or, l’OTAN a multiplié les bavures et tué des dizaines de civils en tentant à plusieurs reprises de liquider Kadhafi. Un de ses fils a d’ailleurs été tué avec sa famille. Un exemple de plus de la violence des démocraties en dehors de chez elles… Une « leçon » pour les Etats qui se déclarent résistants à « l’axe du bien ». En 2003 Kadhafi avait renoncé à ses armes de destruction massive. Dés lors comment convaincre la Corée du Nord d’en faire autant ? L’enjeu énergétique est donc énorme : avec un pétrole cher et de plus en plus rare le gâteau libyen est une aubaine pour les multinationales du brut : BP, ruiné par ses fuites au sud des USA, pourra se refaire alors même que Total est proche du pouvoir élyséen. Une façon aussi de revenir en Afrique du Nord pour le duo franco-britannique après le désastre de Suez en 1956 et l’hégémonie us depuis la première guerre contre l’Irak. Reste à espérer une situation calme… Ce qui est loin d’être garanti.

 

 
4. La question géopolitique

La chute de Kadhafi outre qu’elle fut longue et coûteuse pour les contribuables français et britanniques, rebat les cartes de la géopolitiques nord-africaines:

Qui va bloquer l’immigration illégale à destination de l’Europe ? Qui va contrôler le pétrole libyen ? Que vont devenir les réseaux islamistes parties prenantes de la guerre ? Habitués à être sous-informés les responsables politiques de Londres et Paris devraient s’inspirer de leur échec en Afghanistan. Or, quand le CNT apparaîtra comme un panier de crabes remplis de fanatiques et de corrompus que feront Sarkozy et Cameron ? Ils enverront des troupes ? Sans traditions démocratiques, sans unité nationale et avec encore une forte natalité la Libye risque de basculer d’un Etat pyramidal et social à un chaos tribal aggravé par de multiples ingérences extérieures intéressées par les richesses énergétiques. Une situation qui pourrait ressembler au drame irakien… à une heure d’avion du sud de l’Europe !

 

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