Compléments sur le régime des Khmers rouges

Avril 1975 : le régime des Khmer Rouges commence...

L’ampleur de la crise démographique

On parle de "génocide" à propos du régime de Pol Pot. On lit souvent que le bilan serait d’environ 2 millions de morts (sur environ 7 millions d’habitants).

Quelques précisions s’imposent à ce sujet. D’après des études statistiques faites avant et après le régime en question la population a bien baissé de près de 2 millions de personnes, or, les personnes « manquantes » n’ont pas toutes été tuées. En effet, environ 300 000 cambodgiens d’origine vietnamienne ont été expulsés par les Khmers Rouges de 1975 à 1979. Plusieurs dizaines de milliers de réfugiés étaient aussi en Thaïlande. Le régime a aussi freiné terriblement la natalité tout en décuplant (sciemment ou non) la mortalité. Les morts violentes furent importantes mais peut-être pas plus que lors de la guerre civile des années 1970-75.

Des morts prématurés sont surtout à imputer aux mauvaises conditions de vie et à la pénurie complète de médicaments et d’infrastructures médicales, conséquence de la politique menée par Pol Pot et les siens. Les exécutions, même importantes firent moins de morts. 

Le bilan exact reste donc sujet à discussions : difficile de faire la part du "déficit de naissance", des exécutions, des disparitions, etc. Reste tout de même une baisse nette de la population, une "crise démographique" digne des famines du Moyen-Age. 


Le régime était-il communiste ?

Pol Pot (années 1970)

Bien entendu les Khmers Rouges furent issus du mouvement communiste international. Tous leurs dirigeants furent des adhérents d’organisations communistes en France. Mais le communisme des Khmers Rouges était bien atypique. Pendant leur régime les références aux penseurs du marxisme furent rares voir inexistantes. Sur place on parla davantage de l’angkhar (l’organisation) que du parti communiste du Kampuchéa.

De même les rapports avec les pays communistes de l’époque furent toujours très mauvais : l’URSS fut taxée de « révisionnisme », le Viet-Nâm fut vite désigné comme l’ennemi. Quant à la Chine qui soutint toujours les Khmers Rouges elle fut toujours accusée de vouloir avaler le Cambodge. La mort de Mao en 1976 ne soulève aucune peine chez les Khmers Rouges. Bien au contraire ! Un comble.

Le discours de Pol Pot et des siens fut avant tout nationaliste puis carrément raciste. Les références à Angkhor furent légions et la race cambodgienne fut souvent exaltée contre les autres races comme la vietnamienne (sic). On est loin de « l’internationalisme prolétarien » en vogue à l’époque.


Une jacquerie géante ?

On peut aussi se demander si le régime ne fut pas une sorte de jacquerie géante. C’est à dire une lutte des campagnes contre les villes. Cela expliquerait la volonté de déporter les urbains et de faire table rase du passé.

C’est ce mouvement qui accéléra la désintégration du pays et sa ruine démographique, économique et politique. Les Khmers Rouges survécurent d’ailleurs quelques années dans les zones les plus arriérées et rurales.


Le mystère de la mort de Malcom Caldwell

M. Caldwell, l'aveuglement jusqu'à la mort ?

Quelques jours avant le début de l’invasion du pays par l’armée vietnamienne, des étrangers visitent le pays. Isolé et en butte aux menées du Viet-Nâm, Pol Pot cherche par une certaine ouverture à relativiser l'isolement du pays. Deux journalistiques états-uniens et un universitaire britannique, Malcom Caldwell, se rendent sur place.

Les deux journalistes ne sont pas dupes du « spectacle » montré trois semaines durant. Derrière les mises en scène ils sentent bien la ruine du pays réel, les témoignages de réfugiés ont déjà alerté le reste du monde depuis des mois... Mais Caldwell n’est pas de cet avis. C’est un défenseur du régime. Il nie les rumeurs de massacres et visite un régime qu’il soutient. Très aimable avec les deux journalistes il discute avec eux et ne voit rien de choquant dans le pays (sic)... C'était un fils de mineur qui détestait profondément le capitalisme et qui était un partisan des luttes de libération du tiers-monde alors nombreuses à l'époque.


E. Becker aujourd'hui

Le soir de sa mort il a participé avec Pol Pot a une sorte de meeting devant une floppée de partisans. La discussion a été aimable de l'aveu même du traducteur, mais Pol Pot ne montrait jamais aucun signe de colère ou d'agacement. De retour à l'endroit où logent les journalistes il tente encore de les convaincre de la réussite du régime. Il ne fait référence à aucun différend avec Pol Pot ou qui que se soit.

La journaliste E. Becker raconte qu'elle a été réveillée dans la nuit par des coups de feu, au même moment, son confrère R. Dudman sort de sa chambre et voit un soldat le viser et tirer en le ratant. Tous deux s'enferment et attendent. D'autres coups de feu retentissent. Caldwell, lui, a été tué d'au moins deux balles. Les Etats-Uniens peuvent même voir la scène de crime mais ils remarquent aussi que le corps a vraisemblablement été déplacé. Qui avait la possibilité de faire ça sinon les Khmers Rouges ?

On ignore encore aujourd’hui qui a fait le coup. Mais deux jours plus tard l’invasion vietnamienne débute.

Est-ce un commando vietnamien qui voulait saboter la visite des étrangers ? C'est ce que suggère des médias britanniques, mais le Viet-Nâm avait-t-il les moyens de pénétrer si loin et si discrètement dans le pays avant l'invasion ? Est-ce raisonable de risquer tant d'hommes pour un si petit résultat ? Les nombre de coups de feu ne suggère pas un échange de tirs avec les nombreux soldats présents.

Est-ce les Khmers Rouges totalement paranoïaques ? C'est l'idée d'E. Becker qui rappelle que sur place tout était "fou". En tout cas, Laurence Picq affirme que même les très rares associations étrangères pro Khmers rouges étaient vues avec méfiance par le régime…Visiblement Caldwell, sans trop se méfier et sûr de ses amitiés politiques, voulait voir l'ex roi Sianouk et d'autres personnalités "disparues". Peut-être cela a-t-il déplu...

Des sources kmers rouges indiqueraient aussi une faction parmi eux. Les vigiles de la zone où dormaient les étrangers auraient même "avoué" être complices de l'opération. Aveux obtenus sous le torture à S 21.

Livre témoignage de L. Picq.


Date de dernière mise à jour : 24/08/2013

Nous joindre : valactrep @ yahoo.fr

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site