Coupe de l'immonde en Afrique du sud

Derrière Mandela…

Coupe de l’immonde en Afrique du sud

La fin de l'apartheid n'est pas la fin des violences


On fait toujours crédit à N. Mandela d’avoir réussi une transition démocratique en Afrique du Sud. Certes la guerre civile et l’exode massif des Blancs n’a pas eu lieu. Légalement et selon le principe « un homme, une voix » l’apartheid a été supprimé en Afrique du sud au début des années 1990. Et alors que la coupe du monde de football a lieu dans ce pays atypique, il est possible de faire le bilan du « miracle Mandela » avec cet événement économico-sportif comme toile de fond alors même que le monde de 2010 est largement bouleversé par la mondialisation et sa crise inédite.

Derrière la démocratie, la violence

La guerre civile politique et raciale n’a pas eu lieu.

En effet, depuis la fin de l’apartheid il n’y a eu aucune violence d’ordre politique. Les chefs des différents partis se sont mis d’accord sur les modalités de la transition et la gestion du pays. Vu de loin c’est presque trop beau pour être vrai : pas d’attentats raciste des ultras de l’apartheid, pas de pogroms anti-européens de la part des Noirs si longtemps spoliés, etc. Mais la réalité reste pourtant sinistre. Certes la violence n’est jamais politique, mais elle demeure malgré tout énorme. En effet l’Afrique du Sud est le pays le plus criminel et le plus violent du monde. Pire que les Etats-Unis et au delà des exemples sud-américains ou russe. Et la situation reste hors de contrôle.
Les richesses importantes n’étant presque pas partagées, des bandes criminelles se servent en cambriolant, volant et tuant tous ceux qui peuvent servir de proie. Si quelques Noirs se sont embourgeoisés, la plupart sont restés des travailleurs exploités et mal payés ou carrément des miséreux survivants dans les bidonvilles sans grande amélioration depuis les années 1990. Il faut rappeler que l’apartheid laisse un pays partagé en zones, populations et régions très peu fédérées et très autonomes. Les Noirs eux-mêmes sont profondément divisés en tribus et peuples volontiers parfois rivaux.
La criminalité a donc poussé les nantis à se barricader, s’armer ou même carrément immigrer. Depuis 1994, plus de 15 % des Blancs seraient partis pour l’Angleterre, l’Australie ou la Nouvelle Zélande. Un personnel très qualifié et parfois fortuné qui manque cruellement. A tel point que le gouvernement actuel cherche à faire revenir ces citoyens.
De plus, la violence touche aussi les immigrés africains clandestins qui sont ponctuellement victimes de violences voir d’émeutes. En 2008 les grandes villes sud-africaines ont connu des « chasses à l’immigré » qui ont fait des dizaines de morts. La cause ? Les Noirs pauvres se sentaient en concurrence avec des immigrés tout aussi noirs des pays voisins. Rappelons que plus de 40 % des sud-africains vivent en dessous du seuil de pauvreté. Là aussi la situation est très superficiellement contrôlée par des autorités dépassées.


Par exemple le film sud-africain « mon nom est Tstotsi » (2005) montre le quotidien d’un petit voyou sans avenir sinon la délinquance et un vague espoir de rédemption sur fond d'apolitisme. Une situation qui n’est aucunement changé par la coupe du monde qui a lieu dans des zones très protégées et à des prix prohibitifs. Les enfants des rues et autres miséreux trop visibles ont été chassés depuis longtemps de ces espaces balisés. Ailleurs la misère et la violence règnent.

Redistribution ?

Pourtant les différents gouvernements ANC ont voulu corriger les inégalités énormes et scandaleuses issues des décennies d’apartheid. Une politique de « discrimination positive » a favorisé les PME fondées par des Noirs, les grandes sociétés ont du céder des capitaux à des Noirs et embaucher massivement les anciennes victimes de l’apartheid. Objectif louable, mais peu réalisé et avec des effets négatifs. Ainsi dans le dynamique secteur agricole peu de fermes « blanches » (immenses et riches) ont été expropriées au profit des Noirs (moins de 4 %) et avec malheureusement des résultats catastrophiques ! Sans capitaux, sans savoir-faire technique, sans gestion rigoureuse les nouveaux fermiers ont périclité comme au Zimbabwe quand les clients de Mugabe ont « repris » les terres des Blancs avec un résultat agricole nul.
A ce jour environ 60 000 fermiers blancs gèrent toujours pour leur seul profit 80 % des terres cultivables…
Avec l’échec de cette politique de correction des inégalités par la « discrimination positive » les sud-africains pauvres le restent. Certes quelques progrès médicaux et éducatifs ont été réalisés, mais rien de très significatifs. La fin de l’apartheid n’a rien changé concrètement pour les exclus qui s’entassent par millions dans des conditions de vie précaires, à l’ombre de centre-ville rutilants.

Entre SIDA et surnatalité

La situation des plus modestes est même plombée par l’épidémie de SIDA qui n’a été que tardivement admise et traitée… Durant plus de 10 ans le SIDA a été ignoré par les autorités. Ainsi l’état sanitaire de la population est donc médiocre : l’espérance de vie oscille entre 55 et 60 ans à cause du SIDA qui toucherait entre 20 et 30 % de la population adulte. Une conséquence des déplacements de populations masculines qui, exploitées économiquement, consomment drogues et prostituées ce qui a généralisé le SIDA avec un attentisme général du gouvernement qui a même longtemps nié la dangerosité du SIDA (sic).

environ 10 % des sud-africains sont malades du SIDA, près de trois fois plus sont séropositifs

Face à cela natalité (24 ‰) et mortalité infantile (45 ‰) s’entretiennent avec de fortes inégalités selon les populations, les Noirs restant les plus fragiles et les plus atteins par tous les maux sociaux d’un pays en voie de modernisation lente et inégale.
Avec environ 85 % de gens alphabétisés l’Afrique du sud est en tête du continent noir, mais ferait pâle figure en Europe…
Cette violence criminelle et sanitaire pousse donc les gens à se protéger, immigrer et nullement coopérer et se mélanger, l’endogamie reste la règle malgré la fin des lois de séparation des races. Très peu de mixité sociale et raciale n’ont remplacé la dure séparation des communautés.

Coupe de l’immonde de foot au pays de toutes les violences

Dans ce décor peu encourageant la coupe du monde de football est comme chez elle.
Aucun sport n’est actuellement aussi pourri par l’argent, le dopage et les arrangements que le foot. Du coup, l’Afrique du Sud était le pays parfait pour accueillir cette machine à faire rêver les pauvres et à engraisser les riches. Joueurs prétentieux et médiocres, sponsors avides, spectateurs vaches-à-lait, la coupe du monde n’est plus qu’un gigantesque spectacle où l’argent coule là on il n’est nullement nécessaire. A quoi bon bâtir des stades alors que le pays manque de routes, d’écoles et d’hôpitaux ?
Comme toujours le sport de masse est un excellent dérivatif, un boulevard pour petites et grandes affaires.
A bout de souffle la France exhibe une équipe de parvenus, de minables sportifs payés pour jouer dans des clubs européens mais nullement pour défendre les couleurs nationales. Bref, un spectacle aussi pathétique que « l’affaire Zarha », du prénom d’une Nana du XXI°s qui, incapable de rien faire de positif, vend à prix d’or des atours tout juste au dessus de la moyenne. Le joueur Ribéry (payé 800 000 euros par mois) incarnant la quintessence du beauf français en ménage le jour et en goguette la nuit.

Le marché ne connaît ni races, ni barrières, ni lois. Il a forcé l’apartheid à se suicider mais n’a nullement rendu heureux les sud-africains aussi touchés par les inégalités et la violence qu’avant.
Chez elles en Afrique du sud où rien n’entrave le business la coupe du monde et la mondialisation trompent les exclus et gavent les autres. Comme avant.

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