Erythrée, le pays qui n’était pas là

le pays couvre 121 000 Km²

et est habité par 9 "ethnies nationales"

L'islam domine avec environ 50 % suivi par plusieurs églises chrétiennes

Au milieu de la Méditerranée, dans l’enfer du désert ou dans le froid à Calais, des milliers de jeunes Erythréens fuient leur pays. Modeste de taille et peuplée de 6,3 millions d’habitants, cette nation alimente pourtant tous les flux de réfugiés venant du sud...

Seulement indépendant depuis 1993 après trente années de guérilla contre l’Ethiopie, ce jeune Etat semble avoir sombré dans une dictature aussi discrète qu’implacable. Qu’en est-il au juste ? Le pays est-il vraiment fermé ? L’Erythrée est-elle une prison à ciel ouvert comme l’affirment les rares journalistes s’intéressant au sujet ?

 1. Une longue lutte de libération

 commémoration de l'indépendance de l'Erythrée

S’intéresser à l’Erythrée, c’est d’abord comprendre les trente années de lutte de libération du pays. En effet la population a lutté des décennies pour se séparer de l’Ethiopie. Tout débute en 1962 quand le roi éthiopien Haïlé Sélassié annexe l’Erythrée qui était avant en fédération avec l’Ethiopie. La guerre se poursuit contre le communiste Mengistu après 1974.

Le Front Populaire de Libération de l’Erythrée (FPLE) a été une guérilla efficace soutenue par beaucoup de bonnes âmes tiers-mondistes. Ce fut le cas de B. Kouchner ou de G. Chaliand en France.

Dès cette époque Issayas Afewerki, le chef du FPLE, a été le chef discret mais très efficace de cette lutte sans répit. A l’époque son mouvement se réclame du marxisme. C’est très fréquent à l’époque.

Après la fin du régime de Mengistu

l’indépendance est acquise en 1993

Tant que l’Ethiopie aura les moyens militaires de lutter la province côtière sera maintenue sous son joug, mais quand le rapport de force militaire s’inversera (fin des années 80) la plupart des villes tomberont du côté du FPLE. Et, après la fin du régime de Mengistu (1991), l’indépendance sera acquise en 1993. Bien sûr Issayas Afewerki et les chefs de la guérilla assurent le pouvoir, mais la situation est plus que difficile.

 

2. Les défis de l’indépendance

Une démographie d'ancien régime

Le rêve de l’indépendance se brise sur les réalités locale et régionale : la question des frontières avec l’Ethiopie et Djibouti pose question… Après 30 années de guerre on est peu habitué à discuter. En 1998 une guerre de position éclate entre Addis-Abeba et Asmara ! Elle fera, dit-on, 100 000 morts côté érythréen. Une plaie de plus pour un pays déjà ruiné par la guerre d'indépendance. Si la guérilla du FPLE était efficace, la jeune armée nationale est vite débordée par celle de l’Ethiopie plus nombreuse et mieux équipée. Assez vite les Ethiopiens se rapprochent des USA dans la région, une position pourvoyeuse d’armes et de soutien diplomatique. Encore aujourd'hui la communauté internationale est plutôt favorable à l'Ethiopie. Asmara n'a aucun allié de poids, tout au plus quelques partenaires lointains. Ainsi l'Ethiopie occupe encore quelques km² suite à la guerre de 1998 et cela n'entraîne aucune sanction alors qu'un incident frontalier avec Djibouti (allié de la France) en 2008 a vu Asmara se faire sanctionner.

Cette défaite militaire pousse le président Afewerki a durcir son régime

Cette défaite militaire pousse le président Afewerki a durcir son régime qui n’a pas grand chose à offrir à sa jeunesse de moins en moins concernée par la lutte de libération. Le régime se verrouille donc progressivement sur fond de guerre larvée avec le grand voisin. Les médias indépendants sont supprimés en 2001, les journalistes étrangers refoulés, les opposants éliminés. Le régime se veut laïque et seules quatre religions sont autorisées et surveillées. L'islam est majoritaire mais encore peu politisé.

Sans industrie et victime d’une agriculture peu performante le pays doit gérer une population en rapide augmentation (+ 2 % / an). Ainsi 70 % des emplois créés sont agricoles et donc sans grand avenir.

Quelques services publics de base sont assurés, mais avec les moyens d’un pays encore sous-développé, l'alphabétisation y dépasse tout juste les 60 %. Peu connectée au capitalisme mondialisé, peu fréquentée par le tourisme, l’Erythrée s’enfonce dans les difficultés internes sur fond de menaces extérieures.

Le pays vit donc dans une sorte d’état d’exception

La constitution relativement libérale de 1997 n’est pas appliquée et les élections « libres » de 1998 ont été annulé à cause de la guerre. Le pays vit donc dans une sorte d’état d’exception depuis plus de 10 ans avec une population qui s’appauvrit. Cette situation explique la fuite de milliers de jeunes et surtout la politique d’encasernement du régime qui a créé un service militaire obligatoire pour hommes et femmes de 18 mois. Parfois cela se transforme en travail forcé aux quatre coins du pays. Les exactions y seraient nombreuses.

De plus, la jeunesse locale est pléthorique : les familles ont encore autour de 4 enfants ce qui multiplie les jeunes en quête d’une vie meilleure, or, l’Erythrée a encore tout du pays pauvre avec, par exemple, une urbanisation de 20 %. Les chiffres de la Chine des années 1980 ! Le régime interdit toute sortie du territoire, sans doute pour éviter de voir partir ses rares cadres. Il n’en demeure pas moins que des centaines d’audacieux quittent le pays au péril de leur vie. C’est souvent le début d’une odyssée infernale comme quand les fuyards sont rançonnés par des bandes dans le Sinaï.

 

3. La dictature, mal nécessaire ?

 Issayas Afewerki

Sans rentrer dans le discours officiel qui accuse l’Ethiopie et le mentor us de toutes les difficultés du pays, force est de constater que le pays ne tient que par l’autorité du parti unique. Le Front populaire pour la démocratie et la justice (FPDJ), nouveau nom de la guérilla après 1994. C'est la seule autorité à faire tenir le pays au bord de l’effondrement économique ou militaire. D’ailleurs, l’Ethiopie n’a pas renoncé à ses menées dans le secteur. Pour Addis-Abeba retrouver un accès à la mer est une priorité.

Le pays demeure donc très fragile entre la rivalité ancienne avec l’Ethiopie et le voisinage du chaos somalien et yéménite. La situation des droits de l’Homme est si négative que l’Union Européenne hésite à nouer des relations avec ce pays peu connu en Europe. Reste la question des matières premières, présentes mais peu exploitées faute d’infrastructures. La Chine mais aussi des consortium occidentaux s’y intéressent. La mine de Bisha (cuivre et or) est exploitée depuis 2011. C’est sans doute une bouffée d’oxygène pour le régime (forte croissance) mais nullement une panacée aux plaies du pays, rappelons que le pays a perdu le soutien financier de la Libye et du Qatar qui cherchaient avec leurs dollars à s'acheter des obligés.

Il semble aussi que le noyau dirigeant se soit resseré autour du président puisque qu'en 2001 une purge interne aux élites a éliminé certains personnages très connus dans la guérilla puis le gouvernement. Ils critiquaient le statu quo...

Officiellement le tourisme n’est pas découragé, mais le pays est peu connu en Occident, accessible via l’Egypte et surtout victime d’une image déplorable. Dur pour les amateurs de sortir de la capitale car il faut une autorisation. Pour finir, les infrastructures manquent pour permettre un tourisme de masse, qui, comme au Sénégal, pourrait distribuer quelques devises aux habitants de la côte.

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Bénéficiant encore d'un calme réel et d'une paix précaire avec ses voisins l'Erythrée peut très rapidement exploser à cause d'ingérences extérieures promptes à bénéficier des richesses naturelles ou même de sa position stratégique.

NB : le régime est très dicret, peu de frasques collent au président... Il communique très peu.

En France le journaliste L. Vincent publie un blog et a écrit un livre sur le pays, vision très critique du régime mais semble bénéficier de sources sur place : http://erythreens.wordpress.com/, l'ambassade de France sur place fournit quelques statistiques.

L. Vincent est intervenu sur France Culture en nov. 2014 concernant l'Erythrée.

 

Date de dernière mise à jour : 12/11/2014

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