Iran : derrière la révolution

Octobre 2005

Iran : derrière la révolution islamique,

la quête de l’indépendance nationale

par : Terouga

I. Bilan de la « révolution islamique » de 1979

1. Une société ouverte pour un régime bloqué ?

Derrière le masque médiatique calamiteux de l'Iran des ayatollahs se trouve une société qui n'a pas grand-chose à voir avec la caricature régulièrement véhiculée par les medias occidentaux encore sous le choc de la révolution de 1979 et de ses conséquences multiples. Autant les mariages du shah faisaient vendre Paris Match, autant Khomeyni épouvanta les mêmes lectrices...

Alors que le régime évolue à son rythme (malgré des hypothèques réelles) vers une ouverture contrôlée « à la chinoise », la société, elle, a une dynamique propre et évolue indépendamment de la façade islamique du régime et de ses querelles internes.

Il suffit de se promener quelques minutes à Téhéran pour constater que la ville ressemble plus à Bangkok ou à Séoul qu'à Kaboul ou Riyad. Que reste-t-il de la révolution islamique dans la capitale ? Quelques fresques à la gloire du régime, l'absence de discothèques et des boites pour donner des orphelins de la guerre... Avec les voiles des femmes c'est à peu près tout. Les avenues de la capitale voient défiler des banques, des magasins au standard occidental et même des restaurants « fast food ». Quand aux moquées elles sont rares et bien moins visibles qu'au Maghreb, un comble pour une république islamique !

Plus encore qu'en province les habitants de Téhéran sont en apparence apolitiques. Dans l'agitation d'une capitale qui a gonflé trop vite (exode rural) les Téhéranais votent avec leurs pieds en vaquant à leurs occupations, en faisant des affaires, en consommant et en se désintéressant apparemment de la politique.

Les bourgeois des quartiers nord se claquemurent dans leurs appartements de luxe et se ruent sur le net et le satellite, les bazaris du sud font des affaires et une certaine paix sociale propice au négoce règne malgré une réelle pauvreté qui s'accumule à la périphérie des grandes cités, pauvreté occultée et plus ou moins édulcorée par les subventions étatiques ou la charité institutionnelle possibles via les revenus du pétrole.

Ainsi est-il courant de voir des jeunes femmes habillées à l'occidentale avec juste un léger voile sur la tête. Elles courent les rues commerçantes de Téhéran portable à l'oreille avec des vêtements aux marques européennes très visibles... En cela l'Iran ressemble quelque peu à l'URSS des années 1980, quand tout le monde rêvait naïvement d'ailleurs devant les télés de l'ouest loin de la mythologie fondatrice du régime.

La population iranienne est jeune. Pour cette jeunesse la tyrannie du shah, la révolution de 1979 et même la guerre avec l'Irak, c'est franchement du passé. Plus que jamais la génération montante est lasse des grimaces idéologiques qui tiennent lieu d'idéal religieux et national. De plus, la baisse fulgurante de la natalité (encouragée dès l’époque de Khomeyni) n’a pas encore ralenti l’émergence d’une jeunesse nombreuse et « soixantehuitarde ». Déjà les jeunes se marient de plus en plus tard, habitent en ville, font moins d’enfants que leurs parents, voyagent, etc.

Si Khomeyni a autorisé le mariage dès l'âge de 9 ans, la femme iranienne n'est pas cette caricature « saoudienne » volontiers dépeinte par les media des pays riches [1] . En Iran l’abrutissement rural et son Islam féodal n’ont plus vraiment droit de cité, en tout cas dans les villes : l’Iran a toujours eu une civilisation et une culture urbaine raffinée aux antipodes de l’urbanisation/colonisation compradore du Maghreb. Le voile ou même le tchador n'empêche nullement la vie professionnelle des iraniennes que l'on retrouve un peu partout dans les administrations, les commerces, les douanes, les banques y compris dans les fonctions où elles côtoient des hommes inconnus ou des étrangers de passage. Jamais la république islamique n'a limité la scolarisation des filles, du coup, 25 ans après la révolution toute une génération féminine urbaine et très qualifiée travaille pour l'État ou les entreprises privées. Cette fluidité n'empêche nullement les lois ou les traditions d'être en retard sur la société car en cas de divorce la femme iranienne passe pour la grande perdante (perte de la garde des enfants par exemple).

Malgré cette relative souplesse du pouvoir, la bourgeoisie libérale des villes s'est depuis longtemps détournée du régime. Il faut dire que les défis économiques que doivent gérer les dirigeants sont des défis énormes : alors que la génération du baby-boom arrive à l'âge de raison, il faut trouver du travail pour tout le monde et de pas créer des "Rousseau du ruisseau" capables d'organiser le mécontentement de toute une génération qui n'a pas été concernée par la révolution et la guerre, deux « moments » historico-politiques fondateurs du régime actuel.

De plus, le régime a encore souvent le réflexe d'utiliser la violence pour régler des problèmes strictement politiques : des journalistes, des militants associatifs ou même des intellectuels ultra réformateurs subissent des traitements inhumains inacceptables. Statistiquement les exécutions et autres châtiments corporels sont en baisse, mais ils discréditent un régime en quête de modernisation. Ainsi le ministre de l’intérieur (étiqueté conservateur) a-t-il dénoncé les conditions de détention iraniennes les comparant même à l’enfer carcéral d’Abou Graïb en Irak.

La révolution de 1979 et surtout ses suites (luttes de factions, guerre défensive face à l’agression irakienne…) a donc profondément bouleversé la population iranienne, mais assez vite, dès la présidence de Rafsandjani la société s’est ressaisi et a poursuivi sa modernisation.

Scolarisation, urbanisation, contrôle des naissances, les différents gouvernements issus de la révolution ont encouragé la modernisation de l’Iran, la morale islamique servant plus de gardes fous au développement de l’Iran que de freins. Un consensus s’opérant autour de la défense de la souveraineté nationale de l’Iran, souveraineté limitée à l’époque du Shah et mise à mal par l’agression de l’Irak [2]

2. L’économie iranienne à l’épreuve des réformes

Derrière les débats sur le degrés d’ouverture du régime et de la société iranienne, les questions économiques dictent profondément le sens que prendra la république islamique dans les années à venir.

L’économie iranienne, malgré des défis énormes à relever se porte plutôt bien. Quoi que l’on pense du régime, il est à noter que les ressources du pays ont été intelligemment mobilisé afin de gérer les urgences dictées par la situation extérieure : il a fallu reconstruire les zones ravagées par la guerre d’agression de l’Irak (1980-1988), gérer les millions de réfugiés afghans, ou encore assumer les embargos imposés par les États-Unis ou ses alliés.

Aujourd’hui, si la banqueroute a été évitée grâce aux dividendes du pétrole il reste beaucoup à faire pour améliorer la vie des iraniens. L’inflation reste importante (de l’ordre d’environ 15 % par an), le chômage touche surtout la jeunesse (peut-être 20 % de chômeurs) qui se trouve majoritaire dans la population et qui hésite entre revendications libérales (mouvement étudiant de 1999) et fuite en avant (essor fulgurant et inquiétant de la consommation de drogues).

Les réformateurs de toute tendances ont voulu répondre à ces problèmes par davantage de libéralisme dans l’économie : de Khatami à Rafsandjani les propositions ont toutes été dans le même sens : adhésion à l’OMC, ouverture aux investissements étrangers, privatisations du secteur public, etc. Bref, les recettes libre-échangistes proposées depuis des années par le FMI ou la Banque Mondiale avec le succès que l’on connaît.

Le candidat malheureux à la présidentiel de 2005, l’ex président Rafsandjani proposa même entre les deux tours de donner aux iraniens des millions de bons issus de la privatisation d’une quantité énorme d’entreprises d’État.

Il est vrai que l’économie iranienne est depuis la révolution de 79 et la guerre avec l’Irak très fortement encadrée par l’État : s’il existe une bourse des valeurs, que les petites entreprises sont privées et que le commerce interne est libre [3] toutes les grandes entreprises sont contrôlées par l’État (à commencer par les richesses pétrolières) ou encore des fondations qui gèrent des secteurs entiers de l’économie [4] . Ces fondations sont directement contrôlées par des religieux proches du Guide de la Révolution, A. Khameneï qui entretient ainsi une clientèle « prolétarienne » apte à s'opposer aux réformateurs des beaux quartiers. Ainsi en 1999 les « clients » du Guide avaient fait le coup de poings contre les étudiants qui manifestaient bruyamment leur impatience après l'élection du président M. Khatami.

La fondation la plus importante est celle dites des « déshérités » qui possède des milliers d’entreprises, des terres un peu partout en Iran et aussi le foncier de la ville de Mashad (grande ville de pèlerinage chiite au nord-est de l’Iran). Ainsi les différentes factions conservatrices sont-elles directement liées à cette économie planifiée et étatisée qui, malgré des lourdeurs peu compatibles avec les « solutions » du FMI alimente et protège un secteur industriel national de plus en plus performant. C’est ce secteur industriel qui rend possible (avec l’aide technique des Russes) le développement d’un programme nucléaire civil.

Reste que pour l’autre partie de la bourgeoisie enrichie depuis les années de reconstruction cette économie contrôlée lui pèse. Les partisans de Rafsandjani souhaitent que des privatisations aient lieu pour s’enrichir et que les fondations desserrent leur monopole sur des secteurs entiers de l’économie.

Comme dans pas mal d’économies en développement les élites iraniennes se divisent en deux types de bourgeoisie : une bourgeoisie « souverainiste » qui souhaite défendre ses intérêts face aux multinationales terriblement avides quand les frontières tombent et une bourgeoisie compradore qui ne vit que par et pour le rôle d’intermédiaire entre ces mêmes multinationales et le marché iranien déréglementé.

Face aux revendications de la nouvelle bourgeoisie libérale et moderne les héritiers de Khomeyni sont partagés et dubitatifs. Certains savent bien que l'économie est implacable et qu'une ouverture est nécessaire pour éviter des convulsions encore plus graves. De plus, l’économie iranienne pour contrôlée qu’elle est dépend tout de même des ventes de pétrole et n’a jamais cherché à restreindre les contacts avec les iraniens de l’étranger [5] , cela explique pourquoi le pays avait demandé à adhérer à l'OMC dans les années 90 : avec une main d'oeuvre qualifiée, des ingénieurs et des scientifiques de grande qualité ainsi qu’une tradition industrielle importante, l'Iran pouvait négocier une place honorable dans le nouveau partage du travail mondial. De plus, à l'imitation des Chinois, Téhéran a ouvert deux zones de libre-échange destinées à recevoir des investissements étrangers directs. Presque 10 ans plus tard le régime semble décidé à poursuivre l'expérience.

On ne peut donc pas dire que le régime soit bloqué ou verrouillé, conservateurs et réformateurs veulent des « réformes », les partenaires économiques étrangers bien que contrôlés sont les bienvenus et le tourisme est désormais encouragé. L'Europe (surtout l'Allemagne), la Russie, l'Inde mais surtout la Chine ont des relations de plus en plus équilibrées avec l'Iran, désireux de profiter des potentialités énormes du pays tant au niveau énergétique qu'économiques. Ainsi Air-France est partenaire de la compagnie nationale Iran Air et bien des capitalistes rêvent de travailler au développement actuel des infrastructures du pays.

L’économie iranienne est donc dans une situation « chinoise » : si la modernisation passe par une nécessaire ouverture, le débat porte sur la rapidité des changements et les secteurs étatisés à garder ou encore sur la question sociale. Cette mutation à la chinoise, à la fois lente et finalement positive aurait pu se poursuivre sereinement si la politique étrangère américaine n’avait pas fait de la « question nucléaire » un cassus belli.

3. Quid de l’opposition iranienne ?

            En acceptant un relatif mais réel pluralisme interne la république islamique a vidé de sa substance toutes les oppositions au régime issu de la révolution de 1979. En effet, sortis de quelques personnalités brillantes mais sans partis ni avenir [6] , l’opposition iranienne en exil n’existe pratiquement plus, en tout cas, en tant qu’organisations représentatives et alternatives au régime actuel.

La mouvance monarchique gravitant autour des héritiers des Pahlavi est marginale, les communistes du puissant parti Toudeh des années 70 sont éclatés et silencieux. Un seul groupe a encore une structure internationale et des réseaux clandestins en Iran. Il s’agit des Mujahedine Khalk (ou Moudjahidine du Peuple d’Iran ou MEK [7] ) qui participa au renversement au shah avant de s’opposer très brutalement aux partisans de Khomeyni. Acceptant de démarrer une guerre civile afin de s’imposer en Iran [8] , ils durent quitter le pays après avoir perdu la bataille politique interne. Or, leur étoile politique pâlit quand ils trouvèrent refuge en Irak et servirent dès lors de supplétifs à S. Hussein. Considérés comme des traîtres et des terroristes par la grande majorité des Iraniens, notamment à cause de leur soutien à l’Irak durant la guerre Iran-Irak et de leurs méthodes violentes [9] , ils sont passés après l’invasion américaine de 2003 du camp de S. Hussein… à celui de l’occupant américain ! Aujourd’hui, ils cherchent devenir les « opposants officiels » auprès de Washington, au cas où Bush auraient besoin de collaborateurs en cas de renversement du régime iranien.

Communistes, MEK, monarchistes, libéraux… L’opposition iranienne est aussi divisée que discréditée aux yeux de l’opinion publique iranienne dont elle est coupée depuis plus de 20 ans.

Finalement il y a plus à dire de l’opposition iranienne intérieure qui, malgré ses difficultés, est plus représentative de certaines parties de la société et qui peut s’exprimer dans certaines limites. C’est le cas par exemple de l’ayatollah Montazeri qui fut longtemps le dauphin de Khomeyni avant de tomber en disgrâce. Depuis la mort de son ex mentor il ne rate jamais une occasion de critiquer la république islamique ce qui lui vaut ponctuellement des années de résidence surveillée. De même il existe des partis politiques « non autorisé » c'est-à-dire sans possibilité de se présenter aux élections, mais qui restent tolérés, c’est le cas du Mouvement de Libération de l’Iran, héritier de l’opposition nationaliste au Shah dans les années 70. De même le mouvement étudiant peut s’exprimer malgré une répression ponctuelle peu comparable aux années de terreur interne de la guerre Iran Irak. De même, malgré des interdictions répétées, des publications très réformatrices continuent de circuler de manière plus ou moins légale.

De plus, malgré la surveillance agressive des autorités, l’avocate Shirin Ebadi (prix noble de la paix) a une certaine liberté de parole et de travail.

II. le retour des “conservateurs” au pouvoir

1.        Pourquoi les conservateurs sont-ils (re)devenus populaires ?

Malgré des irrégularités et une abstention assez élevée, le nouveau président iranien qualifié « d’ultra-conservateur » par les media occidentaux a été élu avec 62 %. Sa victoire est donc à relativiser, mais elle n’en est pas moins réelle et pose le problème de la popularité et de l’influence des conservateurs iraniens.

Que dire de l'opposition entre « conservateurs » et « réformateurs » ? L’ex président Khatami s'est-il opposé au Guide Khameneï ? La situation et les frontières entre les deux camps sont plus compliquées que ça.

Pour les Iraniens rencontrés le constat est simple : ces deux-là sont les deux faces d'une même médaille : si le Guide est désigné à vie ses pouvoirs sont importants mais indirects, c’est une sorte d’arbitre qui plane au dessus des élus, son pouvoir est essentiellement un pouvoir de censure. Le président Khatami « n'est pas mauvais » nous disent les iraniens les plus réformateurs mais ne fait rien face au blocage du Guide. Un partage des rôles qui a abouti en 1999 au discours de Khatami condamnant les étudiants révoltés et à Khamenï laissant des policiers se faire sanctionner pour violences excessives.

On peut penser que les factions internes à l'élite religieuse s'opposent véritablement sur pas mal de sujets, mais elles évitent tout clivage définitif qui aboutirait à de nouvelles violences internes ce que personne ne veut en Iran. Les tueries politiques de 79-81 et la terrible guerre Iran Irak ont définitivement fait comprendre aux Iraniens l'inanité de la violence. Du coup, le Guide passe pour le modérateur de l'ouverture du régime (déjà esquissée par la présidence Rafsandjani) et les deux mandats de Khatami (très largement réélu en 2001), les réformateurs évitant de contrecarrer ouvertement les dogmes des Conservateurs (séparation de la religion et de la politique, relations avec les États-Unis, etc.).

Ce jeu de dupes comparable à notre fausse alternance gauche droite lasse les Iraniens qui, indifférents aux opposants en exil et las des turpitudes internes à l'oligarchie politico-religieuse se détournent du spectacle médiatique et se recroquevillent sur la sphère privée, le commerce, les voyages... Ainsi les élections peinent à mobiliser les foules : 50 % d’abstention aux législatives de 2004 et à peine moins aux présidentielles de 2005. Ce mouvement remonte aux municipales de 2003 où le camp réformateur perdit des voix au profit de l’abstention.

Reste que les conservateurs ont bénéficié de la décomposition du bloc réformateur. Ne voulant pas aller à l’affrontement direct avec les conservateurs, les réformateurs ont subi le mécontentement des iraniens les plus décidés à des changements. Ainsi les leaders étudiants ont-ils décidés de bouder les candidats réformateurs peu présents lors de leurs manifestations de 1999. De plus, leur candidat à la présidentielle de 2005, Mustafa Moïen n’a guère convaincu, il a été éliminé au premier tour.

Il faut dire aussi que le bloc réformateur ne brillait pas par sa cohérence interne. Rassemblement hétéroclite, il rassemblait des ultra-libéraux intéressés à d’éventuelles privatisations comme des partisans de l’économie d’État, des religieux modérés et des partisans de la séparation du religieux et du politique, des nationalistes et des partisans du dialogue avec les États-Unis, etc.

De plus, les quelques réformes économiques lancées ont fortement mécontenté les Iraniens. Alors que la situation sociale reste tendue (chômage, crise du logement, inflation…) les réformes décrétées n’avaient qu’une portée libérale et ont augmenté les inégalités sociales au lieu de les réduire. Principale bénéficiaire de l’ouverture sociale [10] , culturelle et économique la bourgeoisie des centres-villes a terriblement braqué contre elle les revendications sociales de la grande majorité des iraniens favorable aux changements dans les années 1990 mais bien vite méfiante vis-à-vis des effets collatéraux des réformes. Trafic de drogues, prostitution, inégalités, problèmes sociaux divers… La majorité des électeurs, déçue par les réformateurs ou hostiles à l’ouverture depuis longtemps ont décidés de faire une pause en élisant un candidat discret du premier tour : A. Ahmadinejad.

Il n’était pas le seul candidat conservateur du premier tour [11] , mais ce fut le plus modeste, la plupart des candidats misant sur une communication moderne et jeune ce qui mécontenta les iraniens désireux de compétences et non spectacle.

Opposé au richissime et démagogique Rafsandjani (promesses de privatisations sans précédent), A. Ahmadinejad l’emporta avec le soutien des clientèles des fondations et des anciens combattants de la guerre Iran-Irak. L’Iran décida donc assez démocratiquement de faire une pause dans les réformes économiques sans non plus vouloir revenir aux années de terreur du début de la république islamique.

Attachée aux acquis de la révolution de 1979 les iraniens en votant pour Ahmadinejad signifiaient qu’ils étaient près à dialoguer avec le reste du monde [12] , mais pas sous la menace des légions du président Bush…

2.        L’épouvantail sioniste

Malgré une popularité fragile mais réelle [13] la situation est loin d’être facile pour la nouvelle équipe au pouvoir. Les conservateurs contrôlent donc de nouveau tous les échelons du pouvoir : villes, parlement, présidence, le Guide leur est acquis et Rafsandjani à la tête du « conseil de discernement [14]  » ne veut ni ne peut incarner le camp réformateur.

Mais sauront-ils résoudre les problèmes sociaux ? Sauront-ils moderniser l’Iran sans décupler les inégalités ? Le shah perdit sa popularité d’abord sur cette question.

La tâche sera rude, en effet, le chômage des jeunes, la fuite des cerveaux et le mécontentement de la bourgeoisie libérale ne peuvent pas se régler facilement.

Ces hypothèques internes lourdes incitent donc les conservateurs à créer des contre-feux sur des questions extérieures comme la question du sionisme. C’est pourquoi A. Ahmadinejad a cru bon de préciser que les Musulmans du monde n’accepteraient jamais Israël et qu’il fallait « rayer de a carte » cet État. S’il est avéré qu’Israël souhaite nuire à la république islamique, la politique iranienne vis-à-vis de l’État hébreu est plutôt à la modération ces dernières années. Si le discours reste enflammé, provocateur et agressif, la réalité est à relativiser. Ainsi le Hezbollah au Liban, directement issu du khomeynisme est très sage depuis qu’Israël s’est retiré du sud-Liban en 2000. De plus, l’Iran a abandonné depuis des années le soutien au terrorisme actif.

En attendant de vérifier si les propos de Ahmadinejad seront suivis d’effets cette nouvelle affaire rappelle assez bien la condamnation à mort de S. Rushdie par l’imam Khomeyni en personne en 1989. Visiblement il n’y eu jamais de tentative sérieuse pour s’en prendre à l’écrivain, mais cette affaire permis à Khomeyni de resserrer les rangs autour de lui en Iran et permis aussi de relativiser le rôle de l’Arabie Saoudite en tant qu’État leader du monde musulman.

Cette surenchère verbale est donc davantage interne et défensive plutôt que réellement menaçante. Le discours de la nouvelle génération de conservateurs iraniens est donc à remettre dans le contexte régional de l’Iran après le 11 septembre 2001.

3.        la question nucléaire : qui menace qui ?

Ces derniers mois la « question nucléaire » fait l’objet de toute l’attention de la communauté internationale. Depuis que l’Iran a avancé quelque peu dans la maîtrise de l’énergie nucléaire, les pays occidentaux se sentent obligés d’intervenir dans les affaires intérieures iraniennes et plus encore depuis le 11 septembre.

Officiellement, l’Iran ne cherche pas à se doter de l’arme nucléaire, la république islamique tente seulement (avec l’aide technique des Russes et des Chinois) de se doter de l’énergie nucléaire à des fins civiles. En cela, l’Iran ne renie aucunement ses engagements pris dans le cadre du Traité de Non Prolifération (TNP) et collabore entièrement avec l’agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA). Seulement, l’administration Bush semble vouloir faire passer l’idée que l’Iran est sur le point de menacer le monde entier avec l’arme atomique. Cette accusation pour le moins exagérée n’est pas sans rappeler le « dossier » des armes de destruction massive en Irak. Comme souvent avec le discours néoconservateur américain, les États-Unis n’interviennent illégalement et préventivement que par et pour éviter une catastrophe. Or, à y regarder de plus près, c’est bel et bien l’ingérence et les mensonges de Washington qui provoque la catastrophe.

L’Iran, nous l’avons vu n’est pas sur le point de se dôter de l’arme atomique et n’enfreint en rien le TNP, de plus, même du point de vue des impérialistes américains, l’Iran n’est nullement une menace : totalement neutre lors de la première guerre du Golf [15] , Téhéran a même laissé faire Bush fils quand il a attaqué l’Afghanistan des Talibans et l’Irak de S. Hussein, les Iraniens considéraient d’un mauvais œil l’installation de bases américaines à leurs frontières, mais rien ne semblait être pire que l’agitation anti-chiite des Talibans ou encore l’agresseur de 1980… De plus, il est de notoriété publique que les Chiites iraniens et autres sont les ennemis prioritaires d’Al Qaïda [16]

Objectivement, les dirigeants iraniens, en tout cas depuis le 11 septembre, n’étaient nullement des ennemis de la politique extérieure américaine. De même, lors de la présidence Khatami les appels à une normalisation des relations irano-américaines se firent entendre de tous c&ocir

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