Les risques d'une intervention au Mali

 

Une intervention internationale (africaine sur le terrain) se préparerait pour expulser les groupes islamistes qui contrôlent le nord-Mali, retiennent des otages et maltraitent les populations. Cette situation tragique doit cesser mais la complexité du terrain et les intérêts des puissances occidentales dans cette région doivent inciter à la plus grande prudence. Jamais une intervention "internationale" n'a réglé un problème en Afrique.


Une région en insurrection récurrente

Le Nord du Mali est une zone de rébellion ancienne. Dès la colonisation des tribus touaregs se soulèvent périodiquement contre la France. Par la suite des mouvements touaregs se révolteront à nouveau contre le sud  "noir" jugé dominateur et raciste. Il est vrai que le vaste nord du pays est marginalisé et très sous-développé, réduits à la misère les touaregs débarqués dans les villes sont les plus pauvres parmi les pauvres. C'est le cas au Mali comme au Niger. Les famines frappent d'abord ces populations fragiles.

l'Etat est absent ou violent avec les populations

Dans le désert certains cultivent donc toujours une culture de la révolte qui trouve un écho dans la Libye "révolutionnaire" de Kadhafi qui subventionne souvent les rebelles de toute l'Afrique. Après son renversement des touaregs formés aux combats reviennent et trouvent un nord-Mali plus misérable que jamais : l'Etat est absent ou violent avec les populations (plusieurs massacres ont eu lieu ces dernières décennies) et la sécheresse ainsi que la pression démographique aggravent la situation.

La population croit plus vite que les ressources

Le MLNA (mouvement rebelle historique et tribal) en profite pour expulser les derniers représentants d'un Etat malien en complète faillite. Des groupes islamo-mafieux en profitent pour avancer leurs troupes dans certaines zones mais leurs forces militaires et leur influence sur les populations sont faibles en comparaison du MNLA très implanté chez les Touaregs. A noter aussi que la zone n'est pas uniquement peuplée de Touaregs ! D'importantes minorités non touaregs vivent dans certaines villes...


L'imbroglio des groupes armés au nord-Mali

Des combattants islamistes parmi d'autres...

L'intervention internationale (demandée pourtant par la France) aurait pour but de chasser de la région les groupes armés islamistes qui contrôlent les villes. Il serait positif en effet qu'aucun nouvel Afghanistan n'émerge dans un secteur où les pouvoirs politiques sont aussi faibles que les populations misérables. Mais que faire pour éviter un glissement vers une situation à l'afghane ?

Donc si il y a intervention elle doit éviter de viser les populations civiles et aussi les mouvements politiques opposés aux islamistes. Or le MNLA après avoir travaillé avec ces groupes s'en est dissocié. Pourquoi ? Pour combien de temps ? Difficile à dire. Les islamistes en question sont divisés en plusieurs groupes de taille et de puissance variable. Peu nombreux les combattants sont plutôt spécialisés dans les trafics divers et non dans la guerre sainte. AQMI a même été chassée d'Algérie et se finance via les otages ou toute autre "marchandises" négociables. Une vieille habitude saharienne... Pourquoi ne pas charger le MNLA de faire la police au Nord-Mali ? Le prix à payer serait-il une quasi indépendance du Nord ? Qui y a intérêt ?

Comment viser les islamistes sans atteindre civils ?

Certes ces groupes (AQMI, MUJAO, Ansar Eddine..) contrôlent les villes et y imposent un islam intolérant mais comment les viser sans atteindre civils et opposants à leur politique ? Les contingents africains ne sont pas réputés tendre dans leurs interventions. En intervenant massivement en Afghanistan dès 2001 les Etats-Unis et leurs alliés ont vite chassé les Talibans... On sait ce qu'il en est aujourd'hui. Les pertes civiles causées par les bombes occidentales décuplent les forces des Talibans, qui, comme les Touaregs ont la rébellion dans leur identité politique et culturelle !

Il faut rappeler aussi l'enjeu minier avec les gros intérêts d'AREVA, multinationale française du nucléaire qui puise son uranium du Niger voisin. Des salariés d'AREVA sont actuellement otages dans le secteur. Rappelons qu'AREVA n'a pas bonne réputation en Afrique : elle polluerait massivement les espaces où est exploité le minerai...

Une fois de plus, les bonnes intentions des grandes puissances résistent mal aux réalités des intérêts capitalistes.


Le lourd passif des ingérences en Afrique

Depuis les indépendances africaines aucune intervention étrangère n'a réglé un conflit. Dernière en date en zone francophone : l'arrestation de Gbagbo en Côte d'Ivoire. Un candidat "élu" proche de Sarkozy est installé par les canons étrangers et la situation reste critique avec d'importantes violations des droits de l'Homme du fait des hommes de Ouattara ou d'inconnus motivés par le trafic de café ou de cacao...

Même constat tragique en Somalie où l'Occident a échoué dans les années 90 puis dernièrement en chargeant l'Ethiopie de chasser des islamistes qui avaient pourtant restauré une certaine paix.

Et que dire de la Libye post-Kadhafi ? Ruiné le pays périclite entre milices rivales et privatisations sauvage des puits de pétrole. Les violences restent très élevées.

Même constat tragique pour l'Afrique des Grands Lacs : l'est de l'ex Zaïre aurait vu périr environ 5 millions de personnes sans que les diverses interventions étrangères n'y changent quoi que se soit.

Comme toujours les interventions étrangères à but "humanitaire" se heurtent à leur logique impérialiste et prédatrice. Comme en Proche-Orient l'Occident est juge et partie !


Pour saisir la complexité du terrain nord-malien cet interview d'un représentant du MNLA : http://www.recherches-sur-le-terrorisme.com/Documentsterrorisme/interview-hamma-ag-mahmoud-mnla.html

Date de dernière mise à jour : 28/10/2012

Nous joindre : valactrep @ yahoo.fr

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site