OBAMA an I

Obama a-t-il réussi ou échoué ?

par Denis Gorteau

la question des rapports avec la Chine reste posée


    Une année après sa prise de fonction effective (janvier 2009) il n’est pas temps de faire le « bilan » de la présidence Obama, mais déjà ces douze premiers mois donnent-ils le ton de sa présidence et surtout de sa façon d’atteindre (ou pas) ses objectifs.
Prisonnier du bilan de G. Bush, pourra-t-il sauver son pays du déclin et du chaos ?


Eviter l’effondrement économique

    La première réussite ou plutôt le premier « non échec » est économique.
Héritant d’une économie américaine ruinée par la bulle des subprimes, Obama a renfloué les banques et a donc à la fois évité l’effondrement mais surtout rien réglé sur le fond. La situation du pays a cessé de se dégrader, mais les fondamentaux restent très inquiétants : le déficit public, l’endettement collectif et privé, l’emploi restent des points faibles qui obèrent sérieusement la puissance américaine. Son dernier discours sur l’état de l’Union a été essentiellement consacré à l’emploi et à la finance.

"les nouveaux nouveaux" pauvres américains

    Le président a beau critiquer les banquiers, souhaiter réduire leur taille et tempêter contre les « bonus » rien ne semble réellement bouger au pays phare du capitalisme. Les élus de toutes tendances sont tous plus ou moins subventionnés par des lobby dont le celui de la « finance ». Les faillites ont été nombreuses mais contenues et un ancien cadre des grandes banques, Henry Paulson, est toujours ministre de l’économie (http://fr.wikipedia.org/wiki/Plan_Paulson)…
    Reste à espérer qu’une nouvelle crise boursière ne vienne pas anéantir les « plans de relance », en réalité, des fonds perdus pour combler les dettes insolvables. Cet argent ne sera sans doute jamais récupéré et creuse un déficit qui empêche toute réelle politique sociale.
    C’est là que le président est finalement le plus attendu : sur sa politique sociale. Pays des inégalités, du consummérisme et de la haine de l’Etat, une bonne partie de la population américaine hésite à se mobiliser pour soutenir la réforme du système de santé. L’option publique proposée par Obama ne va pourtant pas très loin. Elle ne réglera nullement les écarts énormes d’accès aux soins dans le pays le plus moderne et le plus avancé dans les technologies de la santé. C’est aussi le plus inégalitaire : dans certains quartiers, le taux de mortalité infantile est comparable à celui du Sri Lanka (centre de la ville de Détroit par exemple) et on tire au sort le nom de ceux qui pourront avoir des médicaments contre le cancer (sic).
    Arrivé à un tel degrés d’inégalités et de dépenses (le système de santé us est le plus coûteux du monde) la « réforme » proposée par Obama est un moindre mal, une petite soupape de sécurité pour une population localement ruinée par le simple fait de se soigner.
    Or les troupes conservatrices habituelles (les personnes âges bien pensantes et les jeunes loups du tertiaire) réussissent, en collaboration avec les lobby des assurances santé, à ralentir cette réforme surtout via des élus démocrates à l’honnêteté douteuse. W. Clinton avait déjà échoué en deux ans sur cette question…
    Or si Obama n’arrive pas à redresser l’économie et à réduire quelques peu les inégalités, le pays pourrait sombrer dans un chaos fait de délinquances, de faillites locales et de délocalisations. Rappelons que l’Etat de Californie, le plus « riche » jadis est carrément en cessation de paiement, plus personne ne veut plus lui prêter de l’argent, il est jugé moins solvable qu’un pays du tiers-monde : les services publics pourtant médiocres tournent au ralenti ce qui pourrit le quotidien des citoyens : libération de détenus, envol des frais divers comme ceux de scolarité, congés sans soldes de certains fonctionnaires, etc. Des milliers de gens expulsés de leurs logements campent dehors malgré le fait que certains travaillent, des « nouveaux nouveaux pauvres » en quelque sorte.
    Malgré sa bonne volonté et sa relative indépendance vis-à-vis des lobby Obama reste donc au pied du mur, prisonnier des structures polluantes et inégalitaires de l’économie us et embarrassé par les réseaux ultra de la droite, toujours partisans de la politique du pire.
    Sa sympathie pour le capitalisme « vert » est un progrès par rapport à G. Bush, mais nulle avancée décisive n’a eu lieu au sommet de Copenhague où la délégation américaine a tenté de faire payer le coût écologique aux pays les plus pauvres. Ce fut un échec.



Le sac de nœuds de la politique étrangère

    A l’extérieur des USA la situation est tout aussi complexe : G . Bush a engagé le pays dans des guerres qui ne peuvent être gagnées. En Irak la très relative amélioration de la situation n’a aucunement réglé des problèmes qui généreront les guerres de demain : Sunnites contre Chiites, Arabes contre Kurdes, terrorisme, trafics, sous-développement, etc. La main mise maintenue sur l’Irak se fait au prix de dépenses énormes et de centaines de morts dans les rangs des soldats américains (150 en 2009, presque 5 000 depuis l’invasion en 2003 : http://icasualties.org/oif/).
    Le nouveau discours à destination des pays musulmans est sûrement sincère et habille, mais il ne change pas grand chose à la réalité du soutien américain à des gouvernements pourris et tyranniques comme en Egypte ou, pire encore, en Afghanistan. Aucun « plan B » n’existe sur place où le choix est entre des élites corrompues et parasites et un islamisme plus ou moins radical.
    Dans la zone « afpak » (Afghanistan et Pakistan) la situation est aussi grave qu’en Irak en 2006 : les alliés des USA sont minoritaires, corrompus et inefficaces face aux groupes armés de toutes sortes qui profitent du vide créé par une occupation meurtrière. Le truquage éhonté des élections afghanes et une quasi guerre civile au Pakistan montrent l’impuissance et l’impopularité des Occidentaux en général et des Américains en particulier.
De plus, seuls les Britanniques se battent réellement aux côtés de leur allié, Français, Hollandais, Turcs et autres négocient localement avec les Taliban pour éviter les pertes. Ces demi-alliés n’ont ni la volonté ni les moyens militaires de peser.
    Tout en envoyant des renforts Obama tend la main aux « Talibans modérés », une façon de tenter une coalition large comme en Irak, mais cela ne réglerait rien en soit. Seul un pouvoir le plus représentatif possible et une moindre ingérence des voisins seraient des progrès pour le pays.
    Vis-à-vis d’Israël, même tonalité : un discours plus ferme et moins injuste, mais aucune réelle politique de contrainte et de sanctions contre le colonialisme sioniste. Aux USA, malgré l’émergence d’associations juives plus intelligentes , le lobby de l’AIPAC
(http://www.recherches-sur-le-terrorisme.com/Documentsterrorisme/aipac.html) continue de menacer les élus qui ne soutiendraient pas aveuglément Israël et ses guerres. Les restes du néo-conservatisme continuent à agir, surtout en agitant la « menace iranienne ».

    Le « dossier iranien » est, lui aussi, une demi-réussite d’Obama (ou un demi-échec). Certes les sites nucléaires supposés n’ont toujours pas été attaqués. Il en était souvent question à l’époque de G. Bush.
Les Israéliens sont derrière cette agitation et ce grossissement de la « menace » perse, mais il demeure évident que Téhéran a une politique de puissance en entretenant de bons rapports avec des pays comme la Turquie mais aussi en avançant ses pions dans les zones peuplées de chiites (Liban, Irak…) ou en étant peut-être un allié d’organisations jugées déstabilisantes (le Hamas ou certaines tribus chiites au Yémen). En autorisant des interventions au Yémen Obama prend le chemin de G. Bush. L’attentat manqué du 25 décembre a débouché sur un discours aux tonalités sécuritaires inédites alors même que la dangerosité du terroriste présumé était très faible (avec moins de 100 grammes d’explosifs il est impossible de faire exploser un avion).
Même si il ne faut pas voir la main de Téhéran partout, il reste que l’Iran se défend des pressions américano-israéliennes en tentant d’être présent partout où les réseaux occidentaux sont en porte-à-faux.
    Malgré les fraudes qui ont entachées la « victoire » d’Ahmadinejad le gouvernement iranien souhaite vraisemblablement un statu quo, c’est à dire des positions assurées en Irak et un accès à l’énergie nucléaire civile en attendant mieux. La Russie et la Chine soutiennent ce type de modus vivendi
    Aux temps de G. Bush la Russie de Poutine fut précocement hostile au redéploiement des bases us qui ouvraient des sites à ses frontières (Pologne, Géorgie, etc.). Là dessus Obama a reculé en renonçant à l’installation de radars en Pologne et de missiles en Rep. Tchèque. Washington a trop besoin de la neutralité ou du soutien russe vis-à-vis de l’Iran et de l’Afghanistan.
    Le discours états-unien sur la Russie a donc sensiblement évolué. Plus question de soutenir aveuglement des Etats anti-russes comme la Géorgie. Washington revient à la « coexistence pacifique » et laisse la Russie contrôler plus ou moins étroitement son « étranger proche ».

    En conclusion le passif de G. Bush pèse encore sur la politique étrangère d’Obama. Le feu sous la cendre en Irak et le chaos dans la zone « afpak » sont des trous noirs sans issue sinon la défaite complète. Les Soviétiques avaient tenus 10 ans en Afghanistan, l’OTAN en est à… 9 années d’occupation sans réelle porte de sortie.
    Même constat amer au Proche-Orient où le sionisme reste un « faux ami » de la Maison Blanche… L’islamisme sunnite ou les réseaux pro-iraniens vont encore longtemps être des ennemis de la puissance américaine par ailleurs de plus en plus impliquée comme au Yémen et sans résultat constructif comme en Somalie.
    Dans le reste du monde, face à l’Europe ou à l’Amérique du Sud Obama accepte le nouveau partage du monde, certain que le temps des coups d’Etat est fini même si l’impérialisme us s’engouffre dans toutes les portes ouvertes comme en Haïti ou au Honduras.

Les Occidentaux ont-ils perdus l'Afghanistan ? http://quefaire.e-monsite.com/rubrique,l-afghanistan-est-il-perdu,324781.html

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