Pourquoi Erdogan a gagné ?

Municipales turques 2014

Recep Tayyip Erdoğan en 2012.

Erdogan, l'insubmersible ?

Mars 2014 : le premier ministre turc et son parti, l'AKP, remportent les élections municipales !

Pourtant fortement contesté depuis des mois dans la rue et par plusieurs secteurs de la société, Erdogan sort renforcé de ces élections qui ont des airs de législatives de juin 1968... Pourquoi un tel succès après plus de 11 ans de pouvoir ?

 

l'opposition turque c'est aussi l'extrême-droite !

1. Une opposition divisée

Aux munisicplaes du 30 mars 2014 l'AKP d'Erdogan a obtenu 45 % des voix, pour un seul parti c'est énorme, le reste des Turcs (55 %) ont voté pour d'autres partis, mais ceux-ci, divisés, n'ont pas remporté le scrutin ou alors seulement localement. Cette opposition doit se lire au pluriel : gauche, nationalistes, parti pro kurde, etc.

C'est difficile à comprendre depuis la France où Erdogan passe pour un demi-dictateur qui a coupé les réseaux sociaux avant le vote, tolère l'enfermement de dizaines de journalistes, passe pour un islamiste et a envoyé les forces de l'ordre disperser sans ménagement des manifestations de contestataires (à Istanbul et ailleurs).

les coalitions qui ont précédé l'AKP au pouvoir ont laissé un mauvais souvenir

Mais cette division de l'opposition traduit aussi son rejet par une part importante de la population. En effet, les coalitions bancales qui ont précédé l'AKP au pouvoir ont laissé un mauvais souvenir : la corruption faisait la une des journaux et l'AKP, bien que touchée par des scandales, reste un parti moins pourri que les autres du moins dans l'opinion.

 

2. Un bon bilan économique ?

 L'AKP rassure les classes moyennes

De plus, en pleine modernisation la Turquie profonde est attachée à un conservatisme moral qui sert de rempart aux bouleversements sociaux. Comme en Iran, un pouvoir conservateur et "islamique" n'empêche nullement la baisse de la natalité, l'exode rural et l'alphabétisation. L'AKP a toujours cherché à redistribuer au mieux les fruits de la forte croissance économique : les classes moyennes turques, encore fragiles, sont favorables à ce deal. Vote conservateur et bon climat pour les affaires. Redistribuer c'est éviter les troubles sociaux et aussi être efficaces vis-à-vis d'électeurs.

Peu de gens sont sincérement choqués par les mesures anti-alcool et la rénovation du parc Gezi dans l'ancienne capitale ottomane, les violences urbaines ont été "soixanhuitardes", c'est à dire spectaculaires mais peu représentatives...

Erdogan a mis l'armée au pas

En matière de Droits de l'Homme l'AKP n'est guère un modèle pour les vieilles démocraties européennes, mais dans le contexte turc c'est le moins mauvais parti sur ces questions ! Erdogan a mis l'armée au pas alors que les généraux renversaient régulièrement les gouvernements élus, des réformes démocratiques ont été acceptées par référendum et la question kurde a été, non réglée, mais relativement désamorcée. En effet un cessez-le-feu permanent a été signé entre Ankara et le PKK. Une première depuis 1980 !

 

Le président turc Abdullah Gül (D) et son homologue arménien Serge Sarkissian (G) assistent à la rencontre Turquie-Arménie au stade Atatürk à Bursa, le 14 octobre 2009.( Photo : Osman Orsal/ Reuters )

les présidents arménien et turc lors d'un match de football (2009)

3. Une politique extérieure prudente ?

Issu des frères musulmans turcs l'AKP a misé assez vite sur la chute du régime de Damas. L'actualité ne lui donne pas raison mais le reste de ses rapports avec l'étranger sont plutôt bons : toujours proche d'Israël, la Turquie a tout de même ouvertement critiqué le blocus de Gaza et dénoncé l'assassinat de marins pacifistes mitraillés par la marine israélienne en 2010.

Quant à la question arménienne, Erdogan n'a pas reconnu le génocide de 1915 mais a entretenu des rapports corrects avec l'Arménie. Et à l'occasion des commémorations des évènements tragiques de 1915 Erdogan a présenté ses condoléances aux descendants des victimes. Dans son communiqué il ne parle pas de génocide mais des "évènements exceptionnels du début du XX°s", jamais un dirigeant turc n'avait été aussi loin.

Reste la question de la diapora turque. En visite à l'étranger Erdogan n'oublie jamais les millions d'immigrés turcs qui peuvent voter. Très présents en Allemagne ces turcs des deux rives sont un enjeu politique évident. Vis-à-vis d'eux Erdogan a un discours ambigu : tantôt il donne l'impression d'encourager le communautarisme, tantôt il s'appuie sur eux pour faire adhérer la Turquie à l'Europe, autre axe de la politique étrangère.

 

Fethullah Gülen

4. Divorce fracassant avec Gülen

On a aussi régulièrement accusé l'AKP de jouer le jeu de Gülen, du nom d'un prédicateur musulman turc qui a développé un vaste réseau d'associations pronant un islam à la fois moderne et conservateur. Cela ne pouvait qu'aider l'AKP sur la même ligne. A Gülen la société, à l'AKP les voix !

Instrument de modernisation de l'islam pour les uns, ennemi de l'intérieur pour les autres, Gülen a pourtant rompu avec l'AKP en 2013. Les accusations de corruptions contre l'AKP viendraient de là tandis que des dizaines de fonctionnaires jugés proches de l'association ont été écartés de la fonction publique. Là aussi, qu'en conclure ? Indépendance d'un parti moderne ou persécution d'associations légales ?


Face à une opposition divisée et discréditée, l'AKP et son chef apparaissent comme un moindre mal acceptable pour une majorité relative de Turcs.

La Turquie est un pays où la réussite de la modernisation passe par un certain ordre et des valeurs apparement rassurantes.

 

Plusieurs analyses plutôt défavorables à l'AKP sont pésentes ici (entre autres textes)

Date de dernière mise à jour : 24/04/2014

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