Pourquoi "l'Etat Islamique" ?

Drapeau de l'État islamique.

bannière du prétendu "l'Etat Islamique"

En Irak comme en Syrie « l’Etat Islamique », appellation d’une organisation islamiste ultra-radicale, multiplie les crimes. Certes la région ne manque pas de groupes meurtriers, mais l’EI se distingue par la publicité qu’il apporte à ses crimes. A commencer par l’assassinat de journalistes occidentaux et de nombreux civils.

D’où vient cette organisation ?

Est-elle aussi puissante qu’on le suppose ?

Et surtout que change-t-elle dans le théâtre troublé du Moyen-Orient ?

 

Enfant terrible du chaos irakien

A Bagdad, les explosions ont secoué deux quartiers à majorité chiite et deux autres mixtes, sunnites et chiites, dans la capitale, mi-janvier.

 En Irak le premier ministre Maliki a persécuté les Sunnites...

Depuis le début de l’été 2014 une myriade de groupes appelés récemment « Etat islamique » ont conquis quantité de villes irakiennes et syriennes. D’un coup ils ont imposé une chape de plomb sur les populations persécutant, expulsant ou massacrant toutes les personnes qui ne cadrent pas avec leur vision d’un islam pur et dur. Aux premiers rangs des victimes les chiites et les minorités (Yézidis, Chrétiens, etc.).

Pourquoi un tel succès alors même qu’en Irak le souvenir du groupe dit de Zarkaoui (abattu en 2004) avait laissé de sinistres traces et quasiment disparu ?

le « gouvernement » irakien a refusé tout partage du pouvoir

Pour comprendre le succès de ces groupes il faut se rappeler que le « gouvernement » irakien dirigé de 2006 à juillet 2014 par Maliki (à la fois pro-iranien et pro-américain) a refusé tout partage équitable du pouvoir. Comme pour se venger du pouvoir de S. Hussein et de sa guerre contre l’Iran, les nouveaux maîtres de l’Irak se sont laissés entraînés dans un conflit dit « sectaire », c’est à dire opposant milices sunnites et chiites dans les zones mixtes. Ainsi Bagdad est encore touchée périodiquement par des tueries, des attentats ou violences visant telle ou telle catégorie de la population. Au final la ville a perdu beaucoup de ses habitants sunnites et chrétiens.

Refusant de dialoguer avec les modérés et réprimant toute forme d’opposition (même non violente) Maliki et son clan ont profondément traumatisé et poussé à bout les irakiens de l’ouest généralement sunnite.

Ainsi quand "l’Etat Islamique" a attaqué depuis la Syrie les irakiens sunnites n’ont pas défendu le « gouvernement » vu comme une force d’occupation brutale et injuste. Il en fut de même quand les Etats-Unis occupaient le pays. Leur comportement violent et leur obsession concernant les anciens baasistes avaient, dès le début, heurté les millions d’irakiens sunnites pas toujours favorables à S. Hussein, mais d’un seul coup amalgamé à ses crimes.

les Kurdes d’Irak cherchent depuis 2003 à agrandir leur zone d’influence

aux dépends des anciens « colonisateurs » sunnites

Sans services publiques, sans perspectives politiques et victimes de multiples violences les populations ont vu dans l’EI une sorte de moindre mal par défaut alors même que les milices kurdes -récemment armées par l’Europe- représentaient un autre ennemi, les Kurdes d’Irak cherchant depuis 2003 à agrandir leur zone d’influence aux dépends des anciens « colonisateurs » sunnites. Par ailleurs, la brutalité de l'EI empêche aussi toute protestation des habitants lambda.

L’invasion états-unienne de 2003 ne fut qu’une gigantesque revanche pour les adversaires de Saddam et nullement un nouveau départ. Déjà les succès inattendus du groupe extrémiste de Zarkaoui (reconnu par Ben Laden) fut une première alerte pour les Etats-Unis. Après la mort de Zarkaoui aucun changement de politique ne fut pourtant décidé.

Sans politique de réconciliation nationale le fanatisme ne pouvait que revenir occuper un vide politique béant.

 

Jeunesse(s) perdue(s)

Mohamed Elomar poses with heads on his friend

 Un djihadiste australien en Irak...

Mais la particularité de l’EI est surtout d’attirer des centaines voire des milliers de jeunes gens en quête d’aventures violentes et de pureté extrémiste. Cela va bien en delà de la « guerre sainte » contre les Soviétiques ou encore de la bande de Zarkaoui ! L’EI c’est avant tout un aimant pour djihadistes quasiment en culottes courtes. Et les arabophones ne sont pas les seuls à se laisser séduire, des convertis occidentaux font la queue pour aller tuer ou se faire tuer en Syrie ou en Irak.

Pourquoi rejoindre l’EI plutôt que militer chez eux ? Ou dans un autre groupe ?

sur le terrain l’EI a une faible capacité militaire

L’EI semble être moins une organisation pyramidale qu’une juxtaposition de groupes peu coordonnés ou chaque individualité peut rentrer. D’ailleurs sur le terrain l’EI a une faible capacité militaire : ses grandes « victoires » sont le résultat de la désintégration et de l’abandon des adversaires. Là où des troupes organisées existent (Kurdes de Syrie ou d’Irak) l’EI fait pâle figure. Même chose face aux troupes régulières du régime de Damas ! L’EI a tué plus de rebelles syriens rivaux que de soldats. Autre élément : les enlèvements. Un groupe puissant militairement n’a pas besoin de s’abaisser à enlever ou tuer des « ennemis » sans défense. Comme l’ETA des années 90, les enlèvements et l’assassinat de gens désarmés ne plaident pas en leur avantage moral ou militaire.

Rejoindre l’EI c’est surtout rejoindre un grand n’importe quoi où tout est permis, surtout le pire.

l’EI est le bâtard de nos sociétés occidentales

La fascination pour la violence gratuite et sa médiatisation montre aussi comme l’EI est le bâtard de nos sociétés occidentales où la violence réelle a diminué au profit d’une violence virtuelle sans limite via les nouvelles technologies. Beaucoup d’adolescents s’initient à l’âge adulte via la pornographie et des jeux vidéos d’une violence extrême où les victimes sont déshumanisées. L'EI est dans ce sillage et apparait à certains comme une possibilité d'exercer enfin une violence ultra-virile sans limite !

Pour ces jeunes arabes et occidentaux l’EI c’est la possibilité de concrétiser la violence latente qu’ils consomment depuis leur enfance. L’enfance de ces apprentis fanatiques se révèle souvent sans réelle famille en Occident et sans quotidien satisfaisant en Orient. Un irakien de 20 ans n’a connu que la quasi famine de l’embargo après 1991 et la guerre après 2003... En Occident les foyers en crise et l’échec scolaire façonnent parfois des jeunes gens sans foi ni loi. 

un symptôme de désintégration de la sphère sunnite

Concrètement l’EI se comporte comme n’importe quel groupe armé coupé de tout programme politique : en effet, le massacre des minorités, le trafic d’esclaves, les viols et le pillage généralisé des vaincus sont des pratiques que l’on retrouve dans toutes les milices perdues dans des conflits longs où toute autorité et médiation disparaissent. C’est le cas dans la région des Grands Lacs (Afrique) où pullulent les phalanges aussi cruelles que vaines (la prétendue "Armée de Résistance du Seigneur" par exemple). L’EI serait donc davantage un symptôme de désintégration de la sphère sunnite qu’un groupe révolutionnaire menaçant.

Cela n’a pas une importance énorme, mais les autres organisations islamistes, même les plus radicales, ont critiqué la proclamation d’un « califat » par l’EI. Pour les branches officielles d’Al Qaïda, l’EI est dans l’erreur. Le Front Al Nosra (Al Qaïda en Syrie) a plusieurs fois combattu l'EI. De même, le grand mufti d’Arabie Saoudite, référence de l’islam le plus rigoriste, a qualifié l’EI « d’ennemi numéro un » de l’islam en référence à ses victimes majoritairement musulmanes.


L’EI : idiot utile des impérialismes

 

Par ailleurs, l’existence d’un « émirat » fanatique et protéiforme entre la Syrie et l’Irak rebat la carte des ingérences : avec un tel syndicat de coupeurs de têtes il n’y a plus aucun besoin de tergiverser pour intervenir : Bachar El-Assad bénéficie même récemment d’informations des Etats-Unis sur les positions de l’EI à bombarder. Les mêmes Etats-Unis qui peuvent aisément revenir en Irak bombarder on ne sait qui pour je ne sais quels résultats…

Dans la région les Kurdes, mêmes extrêmement divisés et peu adeptes de la coexistence pacifique avec les non Kurdes, sont largement alimentés en armes avec un Kurdistan indépendant comme horizon.

Quand à l’Iran, il n’a plus aucune raison d’intervenir moins en Irak… Bien au contraire ! Sans crier au complot ou à la création de l’EI par l’impérialisme, il est évident que le chaos et la monstruosité de ses actes incitent plus à la guerre qu’à la négociation. C’est tout le problème dans la région.

 

 

Date de dernière mise à jour : 04/09/2014

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