Pourquoi la crise ukrainienne ?

L'Europe de nouveau coupée en deux ?

2014 restera l'année de la crise en Ukraine.

Un gouvernement "pro-russe" a cédé la place à un gouvernement "pro Union Européenne", les puissances extérieures s'opposent sur le destin d'un des pays les plus grand et les plus stratégique de l'Europe.

Pourquoi une telle crispation ? Qui a l'avantage ? Avec quels risques pour l'avenir des relations internationales ?

 

en 2004 déjà une "révolution" chassait les pro-russes

Crispation entre plusieurs puissances

L'Ukraine est à la périphérie sud-ouest de la Russie. Historiquement dans l'orbite russe et slave, elle n'en demeure pas moins occidentale par ses frontières nord et ouest. Vu l'immensité du pays, il en résulte une fracture politique entre les habitants de l'est plutôt russophiles et les habitants de l'ouest en relation avec l'Union Européenne.

De par sa taille (plus de 600 000 km²) elle peut facilement se régionaliser. La majorité relative au pouvoir peut être facilement contestée. Ce fut le cas à plusieurs reprises. Déjà en 2004-2005 la "révolution orange" avait renversé un pouvoir pro-russe ! Mais l'expérience sombra dans la corruption et les luttes fratricides.

La position stratégique de l'Ukraine

en fait un pays dont la neutralité est impossible

Les puissances voisines comme la Russie ou l'Union Européenne souhaitent avoir un pouvoir ami à Kiev. La position stratégique de l'Ukraine (exportation de gaz, puissance agricole, ports du sud) en fait un pays dont la neutralité est impossible.

Le capitalisme sauvage qui règne sur place depuis la fin de l'URSS a développé des réseaux politico-mafieux opposés et plus puissants que l'Etat officiel, ce dernier est assimilé à un clan tantôt d'une couleur, tantôt de l'autre. A noter aussi la ruine sociale du pays, l'immigration de ses plus belles jeunes femmes et la baisse de la population due à la faible natalité (- 7 millions d'habitants depuis les années 1990).

Cela explique la facilité avec laquelle la Russie a détaché la Crimée (russe jusqu'en 1954) où vivent une majorité nette de Russes et de russophones.

 

Qui mène le jeu ?

En continuant d'agiter la menace de sécessions à l'est Moscou met la pression sur le pouvoir pro-occidental installé à Kiev.

Pour la Russie il s'agit de préserver son territoire et de déstabiliser un pays rallié à ses adversaires stratégiques. Poutine et les gens qui l'entourent savent que la Russie a été menacée dans son existence même après 1991. La reconquête sanglante de la Tchéchénie et l'organisation de territoires "indépendants" à sa périphérie (Ossétie du sud par exemple...) sert de chaîne de sécurité face aux menées de l'Europe et de l'OTAN qui souhaitent toujours profiter de la faiblesse de la Russie.

Or cette période de faiblesse semble terminée même si la Russie reste un pays en difficulté sociale, environnementale et démographique. L'armée russe est très en retard technologiquement et seules ses matières premières évitent au pays de sombrer.

Dans bien des domaines le pays "ami" devient dépendant de l'Europe

L'accord du mois de mars 2014 entre les nouvelles autorités ukrainiennes et l'UE ont été vu comme une provocation depuis Moscou, en effet, l'Europe signe aussi souvent que possible des "accords de coopération" qui satellisent les pays proches de la Russie. Dans bien des domaines le pays "ami" devient dépendant de l'Europe en termes économiques et politiques. Moscou ne pouvait tolérer cette situation. Imagine-t-on Moscou faire adhérer la Suisse à la Fédération de Russie ? !

Poutine est donc pour le moment le meneur du jeu, mais aux Etats-Unis comme à Bruxelles on riposte indirectement comme avec l'envoi de "forces spéciales" us en Pologne chargées de surveiller les manoeuvres russes à sa frontière ouest... Les sanctions ciblées tombent aussi mais les économies européennes ont trop besoin des commandes russes pour sanctionner réellement la Russie.

La déstabilisation politique et la désinformation sont aussi poussées au maximum pour préparer les opinions publiques à toutes les éventualités...

 

Quels risques pour l'avenir des relations internationales ?

Cette crise qui oppose de nouveau l'OTAN à la Russie rebat les cartes de la géopolitique centre-européenne. Les pays entre l'ex bloc de l'ouest et l'ex URSS sont sommés de choisir leur alliance, soit l'UE, soit un partenariat avec Moscou, le tout sur fond d'unions douanières rivales. 

L'Europe avance ses pions dans les Balkans (y compris Serbie) et en Ukraine récemment. Moscou intervient dans l'est du pays et parasite autant que possible l'axe Bruxelles-Washington : la Syrie reste l'alliée de Poutine tandis que l'est de l'Ukraine refuse les nouvelles autorités de Kiev. De nouvelles tensions du même type pourraient éclater en Moldavie, autre ex république soviétique ruinée après 1991 et enjeu entre les puissances.

Pour le moment la violence est d'un niveau plutôt faible. Le rattachement de la Crimée à la Russie s'est fait sans un seul coup de feu. Difficile d'enclencher une guerre civile avec une population vieillissante... Il n'en demeure pas moins que cette tension ne sera pas un avantage pour sortir la zone de sa profonde crise de mutation économique.

 

Pour conclure il est peu probable que la crise dégénère en guerre ouverte ou larvée, mais l'Union Européenne a sans doute atteint ses limites face à une Russie qui se présente comme contrepoids au Etats-Unis dans le monde et comme contre-union face à Bruxelles.

La question du gaz russe essentiel à l'Europe et primordial pour le budget de la Russie est sans doute de nature à équilibrer les intérêts à la fois convergents (commerce de matières premières) et opposés (influence politique et économique).

Date de dernière mise à jour : 29/04/2014

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