Poutine est-il tombé dans un piège  ?

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A l’heure où l’invasion de l’Ukraine par la Russie est un échec sanglant il est temps d’analyser les tenants et les aboutissants de cette guerre décidée par le seul V. Poutine. Président que l’on dit isolé, peut-être malade, animé par des obsessions « historiques », Poutine est peut-être aussi tombé dans le piège de Thucydide qui veut que des puissances impériales finissent toujours par se faire la guerre. Est-ce le cas en Ukraine alors que les USA investissent durablement et massivement dans le conflit ?

 

La guerre sans la faire

Fin avril 2022 : J. Biden demande au Congrès des USA une rallonge budgétaire de 30 milliards dont les deux tiers serviront à armer encore davantage Kiev. Rappelons que dès l’invasion russe Washington et ses alliés ont immédiatement 1. déclaré une guerre économique à la Russie et 2. armé l’armée ukrainienne déjà aidée par l’Ouest depuis 2014.

Il en a résulté une défaite de toutes les offensives russes

Il en a résulté une défaite de toutes les offensives russes. Sur tous les fronts les colonnes blindées de Poutine ont été mal équipées, mal ravitaillées, mal dirigées, mal défendues… Des centaines de chars ont été détruits et le ciel n’est toujours pas maîtrisé par l’aviation russe. Ponctuellement l’Ukraine arrive même à frapper en territoire russe. Ce sont donc des milliers de soldats russes qui ont été tués, blessés, capturés ou qui ont désertés. Un traumatisme sourd dans le pays qui a été défait en Afghanistan. Rappelons que de 79 à 89 le même Ouest a massivement armé et popularisé la résistance des Afghans contre les Soviétiques. Traumatisés par le Vietnam les Américains affrontent alors les Communistes par le biais de Musulmans plus ou moins islamistes à l’image de leurs tuteurs Saoudiens et Pakistanais… Si le boomerang reviendra en 2001 avec Ben Laden la mission anti-communiste aura été entre temps remplie avec succès !

Aujourd’hui l’Europe et les USA font de même avec Zélinsky et son armée, échaudés par leur défaite récente en Afghanistan ils affrontent à coups de milliards l’armée russe qui se relevait lentement de la faillite des années 90 (l’armée russe perd la première guerre de Tchétchénie en 1994).

la Russie développe un discours réactionnaire dont le fil directeur

est de stabiliser l’intérieur en déstabilisant l’extérieur

Là aussi les déconvenues des militaires russes interrogent : après avoir constaté leurs défauts dans la guerre en Géorgie en 2008 les gradés russes ont, facilement, annexé la Crimée en 2014, mais cela s’est fait sans réels combats : divisée, ruinée, l’Ukraine a laissé partir les régions pro-russes avant de lentement se réorganiser malgré le caractère oligarchique et mafieux de son économie. Or il semble tout de même que le pays ait évolué plus favorablement que la Russie, qui, sur la même période a glissé vers toujours plus d’autoritarisme. Malgré les défauts des démocraties capitalistes la vie semble moins cadenassée que dans les régimes autoritaires. Si la classe moyenne chinoise bénéficie du régime de Pékin il n’en va pas de même en Russie où le bien-être est uniquement proportionnel au prix du pétrole… C’est dans cette fragilité qu’il faut trouver la source du poutinisme. Après le grand plongeon de la Russie après la fin de l’URSS les élites vont vivre le même traumatisme que les élites allemandes après 1918 : le reste du monde est vu comme hostile, humiliant et menaçant. La réaction va donc être de réinventer un nationalisme russe "défensif" qui est actuellement le carburant de la guerre d’agression. Incapable de se mettre aux normes de l’Occident à la fois envié et méprisé, la Russie développe un discours réactionnaire dont le fil directeur est de stabiliser l’intérieur en déstabilisant l’extérieur. La figure romanesque de Vladislav Surkov incarne ce machiavélisme d’État aux affaires (ce dernier est-il aux arrêts ?).

43307502012, Quand Poutine voulait exorciser le déclin eltsinien...


Le pouvoir russe entre déclin et révolution de palais...

Cette guerre montre surtout le déclin de la Russie : Poutine a beau affirmer vouloir sauver le pays et rattacher la « nouvelle Russie » (le sud et l’est de l’Ukraine) à la « mère patrie », il réussit surtout à créer une Ukraine ukrainienne débarrassée de l’ancienne tutelle russe. Après cette agression meurtrière où les crimes de guerre ont été légion l’influence de Moscou, jadis forte, est réduite à néant. Même dans les régions russophones, comme à Kharkiv, on rejette la « libération » du maître du Kremlin.

Autre perte sèche : les nombreux obligés de Poutine à l’Ouest (c’est à dire essentiellement les partis contestataires ou d’extrême-droite) apparaissent aujourd’hui comme des tristes sires au service d’un monstre sanguinaire. Il est peu probable que RT émette à nouveau à l’Ouest.

Installé au pouvoir par une poignée de barons voleurs aux méthodes expéditives Poutine n’a cessé de vouloir renforcer son régime en liquidant ou enfermant les oligarques les plus indépendants puis les démocrates les plus honnêtes. Or, face à sa défaite et à son coût (les oligarques ont objectivement perdu une partie de leur biens dans cette affaire) Poutine se sait sur un siège éjectable. Peut-être a-t-il même déjà frappé préventivement (lien)... Le pouvoir russe, tout tyrannique qu’il est, est souvent à la merci d’une révolution de palais qui tranche dans le vif les conflits au sommet du pouvoir : rappelons la liquidation de Béria (1953), la « démission » de Khrouchtchev (1964) et la tentative ratée d’éviction de Gorbatchev (1991)… Des coups de force loin des foules toujours mises devant le fait accompli et sommées d’obtempérer… Rappelons aussi qu’il existe aussi une tradition russe du terrorisme individuel qui peut frapper le maître détesté.

Le PIB russe évolue entre celui de l'Espagne et celui de l'Italie...

Les deux décennies de pouvoir poutinien ont peut-être sauvé la Russie de la désintégration, mais pas du déclin : le pays est resté un émirat géant qui ne tire ses devises que du gaz et du pétrole, nullement des nouvelles technologies (comme les États-Unis) ou d’investissements à l’étranger (comme la Chine). Le PIB russe évolue entre celui de l'Espagne et celui de l'Italie...

Réellement encerclée par une OTAN injustement élargie Poutine n’a plus eu que la fuite en avant comme va-tout. Ces dernières années auront été marquées par des provocations régulières dignes d’un vulgaire État voyou (hacking, propagande, mensonges, déstabilisations...). Son discours mystico-nationaliste cache mal un pays en crise démographique, peu réactif, qui fait fuir ses talents et ses jeunes, qui n’innove pas. La propagande sur les nouvelles armes relève surtout du bla-bla car aucune de ces armes n’a empêché le navire amiral russe d’être coulé !

La mauvaise anticipation politique et militaire de la guerre

montre le caractère creux et incompétent du régime

La mauvaise anticipation politique et militaire de la guerre montre le caractère creux et incompétent du régime, sans doute aussi sa corruption qui mine de l’intérieur l’armée russe. La violence des bombardements et la cruauté de certaines unités rappellent l’impuissance perverse des Américains au Vietnam. Appelée à l’aide la Chine demeure surtout intéressée par ses intérêts. En Iran elle a obtenu des matières premières à prix bradés pour 30 ans ! Sera-ce un succès si Poutine accepte des contreparties de ce genre ?

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Poutine, usé, isolé et entouré d’affairistes avides est prisonnier de son costume de chef de guerre mafieux. A-t-il été poussé à la faute par les USA comme S. Hussein jadis ? L’histoire le dira, mais actuellement ce sont l’OTAN, les marchands d’armes états-uniens et européens qui encaissent des bénéfices inédits et inespérés alors même que les effets du covid ont encore accru les inégalités partout et particulièrement en Russie !

Lien : Questions sur la guerre de Poutine

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Date de dernière mise à jour : 01/05/2022

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