rapport inédit sur l'Afghanistan

Rapport inédit sur l'Afghanistan

ou comment y rester

Est-il possible d'être vraiment utile aux Afghans ?

Alain Chevalérias connaît très bien l'Afghanistan.
Il a séjourné à de nombreuses reprises dans le pays, a couvert pour la presse française l'occupation soviétique, parle au moins une langue locale et maîtrise les us et coutumes des contrées islamique. De plus, les questions militaires ne lui sont pas étrangères. C'est donc l'expert idéal pour rédiger un rapport très concret sur la situation politico-militaire locale, aussi loin des idées reçues que proche du terrain.

 

1. Analyse d'un enlisement
L'auteur revient sur les causes d'une présence occidentale au début bien acceptée mais rapidement discréditée puis combattue.
Avec lucidité et précision A. Chevalérias explique pourquoi les contingents étrangers se sont fourvoyés dans une occupation de plus en plus longue et meurtrière. Il explique ainsi que, par ignorance, les soldats occidentaux et leurs chefs n'ont pas pu (ou pas voulu) tisser des liens avec les civils. Ainsi les Français font-ils des missions de 6 mois sur place, c'est assez pour comprendre vaguement le terrain, mais bien trop peu pour tisser des rapports de confiance avec la population. Les pertes sont donc probables en cas d'engagement avec des groupes armés (comme en août 2008).
Hantés par les risques d'attentats, par ailleurs croissants, les Occidentaux se barricadent donc derrière des blocs de béton, des blindages ou des équipements lourds... Le but est d'éviter de traumatiser les opinions publiques occidentales qui ne savent plus ce que leurs enfants font en Afghanistan.
L'auteur explique qu'en cas de face-à-face avec l'adversaire les protections sont des handicaps ! En effet, l'auteur explique que face à une guérilla, la mobilité, l'initiative et la pugnacité sont des armes précieuses. Or, alors qu'il faudrait surprendre, harceler et traquer les groupes taliban, les Occidentaux font l'inverse et attendent presque d'être ciblés par les insurgés.
Toujours par peur, des espaces entiers sont abandonnés aux rebelles, surtout la nuit où une administration parallèle des Taliban gère les populations.

 

2. Quelles solutions ?
- Economie

Toujours par souci d'utilité et d'honnêteté A. Chevalérias propose plusieurs solutions. Sur le plan économique il propose de mieux coordonner l'aide massive à destination des Afghans. Outre une corruption endémique les ONG agissent dans le désordre et parfois avec des buts malhonnêtes comme, par exemple, convertir les populations locales au bouddhisme ou au christianisme évangélique...
Il est de notoriété publique que l'aide étrangère n'arrive jamais à destination. Le cas de l'Irak fut aussi un trou noir de l'aide internationale alors que les besoins de la population sont criants.
Le trafic de drogue pourrait être « retourné » au profit des Occidentaux : pourquoi ne pas acheter le pavot aux paysans au lieu de laisser les trafiquants le faire et les Taliban taxer cette richesse ?
- Politique
Politiquement, pour mettre fin au conflit l'auteur propose un dialogue honnête avec les rebelles. En effet, sans soutenir leur volonté d'être hégémoniques, il est certain que les Taliban ont une réelle représentativité parmi certains pashtounes (ethnie majoritaire), il serait excessif et surtout vain de vouloir les radier de la carte politique. Tout islamistes qu'ils sont les Taliban ne sont pas pour autant des terroristes professionnels comme Al Qaïda. Or, si ils peuvent avoir accès à une partie du pouvoir, il est évident que les Taliban doivent, d'abord, renoncer à toute collaboration avec les séides de Ben Laden. L'auteur rappelle à juste titre que l'intervention de 2001 en Afghanistan avait comme but de liquider les bases d'al Qaïda. Pour A. Chevalérias cette proposition de négociation sur des bases claires peut être tentée.
- Militaire
Sur le plan militaire l'auteur va plus loin. Si les Taliban ne veulent pas saisir cette possibilité de sortie honorable l'auteur préconise une stratégie militaire très différente de l'occupation actuelle.
Face à une guérilla des techniques existent : l'hélicoptère doit être l'outil permettant de déplacer rapidement des groupes de combats capables de surprendre l'ennemi partout et sans préavis. Ce fut ainsi que les Russes et leurs alliés reprirent le contrôle de la Tchéchénie.
Les alliés locaux doivent être mieux rémunérés et formés. Actuellement les soldats afghans touchent environ 50 euros par mois, les Taliban... 300 !
Les soldats occidentaux doivent abandonner leurs protections inutiles et lourdes au profit d'équipements plus légers qui permet la mobilité et non une défense passive, même si cela doit aboutir à des pertes plus élevées. L'auteur rappelle qu'une guerre sans pertes n'est pas une guerre et encore moins une victoire !
Les soldats doivent rester sur place plus longtemps afin d'être crédibles et plus utiles aux civils. Des officiers devraient se spécialiser dans les coutumes et les langues locales comme jadis en Afrique ou au Maghreb.
Pour finir, si le contrôle de territoires n'est pas possible ces espaces doivent être stérilisés pour les rebelles, c'est à dire vidés de leur population qui seraient déplacées et protégées ailleurs...

Conclusion
Avec une lucidité certaine A. Chevalérias explique ce qui ne va pas en Afghanistan, pourquoi la guerre actuelle, faute d'être livrée, est perdue. Il explique aussi l'influence néfaste des pays voisins : l'Iran mais aussi le Pakistan tolèrent les Taliban comme tampon entre leurs intérêts géopolitiques et des influences étrangères comme celle des Etats-Unis ou de l'Inde.
Certes l'histoire nous enseigne que rien ne vaut une victoire militaire pour achever une guerre, mais la France est-elle prête à risquer la vie de milliers de soldats pour stabiliser l'Afghanistan ?
Les solutions avancées par l'expert ne valent que si les pays voisins jouent un jeu moins trouble et surtout si les Etats-Unis renoncent à leur prétendue toute puissance... Difficile de croire que Sarkozy et sa clique vont non seulement s'émanciper des Etats-Unis mais surtout investir dans une guerre d'un autre type.
Reste aussi à évaluer les pertes de cette éventuelle guerre offensive et volontaire car les contre-guérilla, même animées des meilleures intentions, ont souvent dérivé vers des exactions assez épouvantables (guerre d'Algérie).
Quant à l'utilisation généralisée d'hélicoptères cela pourrait décupler la force de frappe des Occidentaux, mais peut-être aussi les rendre plus vulnérables... Rien de plus facile pour des tireurs embusqués que de viser et abattre des engins volants, non ?

Le rapport que je recommande à tous les élus sensés décider de ces questions très importantes est disponible sur http://www.recherches-sur-le-terrorisme.com/index.html .

Denis Gorteau

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