Révoltes arabes, état des lieux

Depuis la fin de l’année 2010 le monde arabe est frappé par des « révolutions » : parfois des potentats sont tombés, parfois les élites au pouvoir sont très contestées...

En effet, face à des pouvoirs exécutifs monolithiques et corrompus les masses arabes et surtout les jeunes ont fini par se mettre en mouvement avec d’inattendus succès. Ni islamistes ni gauchistes les manifestants réclament plus de liberté mais surtout de moins violentes inégalités sociales alors que les prix des produits alimentaires explosent suite aux spéculations de quelques fonds capitalistes…

Même si quelques gouvernements arabes échappent encore à la contestation plus rien ne sera plus comme avant…

 

l'Algérie reste sous pression

Algérie : rien de nouveau sous le soleil ?

En Algérie la contestation du pouvoir en place est une histoire ancienne. Tout débute en 1988 quand la jeunesse au chômage et exclue socialement descend dans les rues et affronte les forces de l’ordre. L’armée intervient et ramène le calme au prix de centaines de morts. C’est le début d’une guerre larvée entre groupes islamistes parfois armés et gouvernement occulte des généraux après une fausse démocratie avortée.

Aujourd’hui, la situation n’a pas changé : émeutes, revendications régionales, groupes armés, élections truquées et clientélisme secouent le pays. Toute grande manifestation est limitée par un savoir-faire ancien des forces de l’ordre. Reste que seul l’argent du pétrole permet un très relatif équilibre entre un Etat dirigé par les officiers et une population aussi lasse qu’écoeurée par des décennies de violences et d’incompétence… Sous le soleil d’Alger, rien n’est réglé !

De plus, les problèmes de santé du président Bouteflika n'arrangent en rien une éventuelle transition. Mais une transition vers quoi ? Une perpétuation des privilèges militaires ou des réformes à la birmane ?


 

l'Arabie Saoudite reste le pays l'un des pays les plus repressif du monde

Arabie Saoudite : royaume des paradoxes

A part quelques manifestations vite canalisées, l’Arabie Saoudite n’a été que peu touchée par la révolte de ses citoyens. Il faut admettre que le pays est l’un des plus encadré du monde et que la violence des forces de l’ordre y est sans doute plus dure que partout ailleurs. Bien des mécontents vivent ailleurs et l'islamisme officiel reste un discours canalisateur des mécontentements.

Toujours alliée aux islamistes wahhabites la monarchie dispose de revenus considérables pour acheter une pays sociale pourtant fragile dans un pays ultra-rentier où la population d'origine reste assistée par des millions d'immigrés.

De plus, le soutien indéfectible des Etats-Unis limite toute opposition légale alors partout ailleurs dans le monde arabe les USA prennent le risque du changement. Mais qu’en sera-t-il demain quand le vieux roi Abdallah passera de vie à trépas ? De même les réseaux islamistes les plus fanatiques peuvent toujours déstabiliser le pays comme ce fut le cas jusqu'en 2005…

Le royaume subventionne aussi là où le chaos le permet les groupes politiques salafistes. Le soutien au coup d'Etat anti-Morsi s'explique ainsi : écarter les Frères Muslmans (trop modernes pour les Wahhabies) c'est faire de la place à la galaxie salafiste (30 % des voix aux élections)...

Reste que la société saoudienne réelle bouge aussi, en cachette on regarde les médias occidentaux, on rejette les dogmes wahhabites (pour les Chiites) et les jeunes affichent des signes qui ne trompent pas (mode des filles "buya", c'est à dire habillées comme des garçons).

 

 

Mise à bas de la place de la Perle !

Bahreïn : la révolte écrasée

L’Occident est intervenu soit disant pour la « démocratie » en Libye… Et à Bahreïn ? Non. Pourtant, la révolte des citoyens de ce petit pays du Golf a été écrasée. Après des semaines de manifestations géantes de la majorité chiite du pays, un contingent de soldats saoudiens est intervenu pour interdire tout rassemblement.

La place de la Perle, épicentre des sit-in, a même été détruite (sic) pour effacer ces semaines de mobilisations.

Rappelons que les chiites du pays sont chiites depuis le VII°s (bien avant l’Iran) et qu’une monarchie sunnite caricaturale règne au profit des Saoudiens et des Occidentaux.

Là aussi, la violence d’Etat n’est nullement une solution pérenne pour un pays où les autorités ne représentent nullement la population… Sans doute la proximité de l’Iran a-t-elle joué en faveur du statu quo… Pour combien de temps ?

 

 

En Egypte l'armée restera-t-elle au pouvoir ?

Egypte : quid de l’armée ?

Comme en Algérie c’est l’armée et ses hauts gradés qui dirigent le pays. Or, devant l’âge de Moubarak et surtout sa volonté de voir son fils lui succéder, l’état-major a laissé les mécontents manifester et pousser le président dehors.

C’est chose faite, mais la population se demande déjà comment se débarrasser du poids politique de l’armée. Ce fut tout le problème de la Turquie dans les années 60-80, quand les partis politiques devaient se soumettre aux diktats de l’armée…

Or l’Egypte est le pays le plus fragile de la région : faibles salaires, grande pauvreté rurale, énormes inégalités sociales, violence endémique… De plus, reste la question politique des Frères Musulmans. Après la victoire électorale du frère Morsi les vielles élites n'ont pas toléré sa gestion ou plus exactement le fait qu'elles perdaient le monopole de la gestion des affaires. Il en a résulté le coup d'Etat de juillet 2013 et les milliers de morts qui ont suivis...

L'Egypte revient-elle en arrière ?

 

le pays reste ruiné

Irak : gouffre social et désastre politique

Les grandes villes d’Irak ont toutes été touchées par des manifestations de mécontentement.

Depuis l’occupation de 2003 la population vit un supplice quotidien : sorti du marché de la « sécurité », les revenus nationaux ne profitent nullement aux irakiens ordinaires. Les services publics restent minés par la corruption, la violence, le sous-financement. Le quotidien reste problématique tandis que les partis politiques installés depuis 2003 se disputent des millions de dollars sans réellement travailler à un Irak uni. Chaque faction incarne une communauté ou même un Etat étranger sans se soucier du bien commun. Les milices et le terrorisme pullule au prix de centaines de morts mensuelles.

Cela explique le caractère apolitique et multicommunautaire des manifestations vite interdites et réprimées dans le sang… Là aussi, l’Occident est resté muet.


 

Jordanie : la monarchie en porte-à-faux

La Jordanie est sans doute le pays le plus sensible à la variation des prix alimentaires. Sans agriculture eu égards au climat, presque sans accès à la mer et sans pétrole pour importer massivement des céréales le pays est périodiquement frappé par des émeutes. Dès 1996 le roi Hussein laissa ses « services » enfermer tous les opposants (jusque là tolérés) alors que personne n’avait planifier la colère populaire contre les pénuries de pain.

Aujourd’hui, même scénario : des manifestants contestent la hausse continuelle des prix alimentaires mais quelques organisations politiques (comme les Frères Musulmans) en profitent pour demander la limitation des pouvoirs du roi, seul vrai chef du pays…

La proximité avec Israël n’arrange rien : Une partie de la population d’origine palestinienne vit mal le silence des autorités face à l’intransigeance de Tel-Aviv.

Reste que le pays demeure relativement stable avec un "parlement soupape" et l'aide de l'Occident en butte au régime syrien.

 

Libye : vers l’irakisation

En Libye la guerre des factions fait rage. La relative faiblesse de Kadhafi a suffit à déclencher une révolte dans l’est du pays, région toujours en marge du système politique dominé par la famille et le clan du « Guide ». Du coup, cet immense pays pétrolier et gazier a éclaté en zones qui se disputent les acteurs d'une violence érrigée en système !

De plus, avide d’énergie, l’Europe et les Etats-Unis (c’est à dire l’OTAN) sont intervenus pour, précisément, arriver en position de force afin d’exploiter ces réserves encore à proximité de l’Europe…

Certes Kadhafi est tombé avec les siens face au déchaînement de forces militaires avancés par les alliés des rebelles, mais aujourd'hui le pays est ravagé par le séparatisme et les bandes armées. Sorti de la capitale le "gouvernement" ne gouverne rien. Le sud du pays est devenue une "zone grise" où l'économie de la drogure le dispute à celle du terrorisme.

 

Même ouvert et libéral, le Maroc reste handicapé par la corruption

Maroc : quelles réformes ?
Le Maroc est sans doute l’Etat arabe le plus libéral. Depuis les premières réformes d’Hassan II son fils n’a cessé de libéraliser le pays, mais ces changements restent partiels et surtout n’ont jamais limité la corruption, pierre angulaire du « système » au Maroc (état de fait récemment confirmé par les documents de Wikileaks). Du coup, le pays reste sous pression : obligé d’importer une partie de ses denrées, dépendant du tourisme et des capitaux occidentaux, le pays reste traversé de pressions diverses et variées.

Or, les relatives mais réelles libertés et la pluralité de la presse servent de soupape. Du coup, les manifestations ont été assez importantes mais plutôt rares ; cela, d’autant plus que le roi en personne a vite déclaré vouloir lancer de nouvelles réformes ambitieuses. Si il passe aux actes on pourra vraiment considérer que le pays est lancé sur la voie de la modernité. Mais le chemin reste encore long, la pauvreté rurale, l'islamisme rampant et les injutsices restent des facteurs d'instabilité.

 

 

Après la dicature baasiste, la tyrannie islamiste ?

Syrie : Le gouffre de la guerre civile

En différend avec Israël et le Liban, périodiquement accusée de soutenir le terrorisme, la Syrie est un pays fragile. Dépourvu de richesses naturelles, victime d’un climat très sec, sans réel tourisme de masse… Le pays est le parfait candidat aux troubles de grande ampleur !

Dès les années 1960 un parti s’impose, le Baas, et cherche dans le nationalisme un ciment pour de multiples communautés (Chrétiens, Musulmans, minorités chiites…).

Par souci d’unité nationale et constamment sous la pression d’Israël (annexion illégale du Golan) le Baas de el-Assad père verrouille le pays et écrase les opposants comme les Frères Musulmans tout en cherchant un modus vivendi avec la puissance états-unienne (soutien à la guerre du Golf en 1991). Or, le pays reste verrouillé alors qu’une partie de la population cherche à sortir du « consensus baasiste ». C’est pourquoi certains jeunes sont descendus dans la rue à l’imitation des autres jeunes arabes. La répression des autorités locales a été massive et a poussé une partie des mécontents à passer à la lutte armée. Assez vite des pays frontaliers ont massivement aidé les rebelles islamistes ou autres. C'est ainsi que le pays a sombré dans une guerre civile actuellement sans issue.

El-Assad fils, pourtant jugé globalement ouvert et honnête, promet des « réformes » (dont la levée de l’état d’urgence en vigueur depuis 1963) mais laisse la répression frapper les mécontents. Il s’agit pour lui d’éviter un chaos libyen qui ferait exploser le pays entre chefferies kurde, sunnite et autres.

 

Tunisie, après la liberté...

Tunisie : après la révolution...

Premier pays à se soulever contre un gouvernement autoritaire et corrompu, la Tunisie a été aussi la première à revenir à la normale. A Tunis, on attend les touristes, on parle politique et… on ne sait comment régler les lourds problèmes sociaux à l’origine du soulèvement ! Les diplômés chômeurs le restent. C’est, d’ailleurs, tout le problème de ces pays en révolution : même si la natalité a chuté ces dernières décennies, des milliers d’exclus sont sans aucune perspectives sinon la prostitution et/ou l’immigration vers le nord de la Méditerranée où la croissance économique ne permet nullement de garantir leur avenir. Les soubresauts sociaux ne sont donc pas près de s’éteindre en Tunisie comme ailleurs. 

Comme en Egypte les islamistes modérés sont en porte-à-faux : à la fois incapables de régler rapidement les problèmes et surtout refusant de se démettre.

Du coup la violence politique se développe (assassinats de politiciens ouvertement anti-islamistes).

 

Yémen : le chaos tribal en héritage

Au Yémen, la mobilisation populaire contre le président Saleh a réussit à pousser dehors le chef de l'Etat qui a démissionné en 2012. Mais le pays reste touchée par une natalité importante qui alimente les bandes de jeunes recrutés par les groupes islamistes, l'armée ou le banditisme dans un affrontement sans fin dans les zones éloignées des villes où l'agitation politique persiste.

Date de dernière mise à jour : 25/09/2013

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