Entretien avec A. Soral

Avril 2006

Entretien avec Alain SORAL

 

Alain Soral (qui nous avait déjà répondu en mars 2005) vient de sortir un nouveau livre «  Chute !  éloge de la  disgrâce, roman «  aux Editions Blanche.

D’apparence autobiographique ce livre est franchement sombre et sans espoir. N’y aurait-il plus de place pour l’espoir ?

L’auteur a accepté de nous répondre.

 

- Pourquoi avoir choisi la forme autobiographique ? N’est-ce pas céder à une mode littéraire ?

La littérature, par essence autobiographique, n’est pas une mode mais le mode d’expression de la conscience bourgeoise, par excellence, depuis son commencement. Pour répondre plus pleinement à votre question :

Un. Avec mes quatre derniers livres :  Vers la féminisation ?,   Jusqu’ou va-t-on descendre ?, Socratre à St Tropez et Misères du désir, j’étais allé au bout de mon panorama sociologique de la France actuelle.

Deux. Recourir à la fiction, était donc la seule façon de continuer à m’exprimer sur les sujets qui me tiennent à cœur, sans risquer de lasser ni risquer la prison !

Trois.  C’est vous qui dites que ce roman est autobiographique, il l’est en partie, comme la plupart des romans, mais en partie seulement…

- Entre dépression et perte d’espoir du héros revendiquez-vous une sorte d’évolution houellebecquienne dans « Chute » ?

Absolument pas. Houllebecq est un immoraliste tandis que mon propos à moi, reste, malgré sa noirceur, tout aussi moraliste que mes précédents essais. Je montre simplement, au jour le jour, la situation objective d’un clerc et d’un honnête homme dans la France actuelle de l’intelligence et des medias. Soit un véritable cauchemar. Mais le désespoir de cet homme n’est pas le mien puisque moi, j’ai encore l’énergie d’écrire ce livre et de le publier dans l’espoir justement d’aider à la prise de conscience, donc à l’action pour le changement.

- La pourriture tout à fait vérifiée de l’univers culturo-mondain est-elle pire qu’à l’époque de Balzac ?

Difficile à dire. Illusions perdues, le plus grand roman bourgeois de toute l’histoire du roman bourgeois, fait déjà, c’est vrai, un constat similaire qui nous pousse à penser qu’au fond rien n’a changé. Mais si on se réfère plutôt au « Désespéré » de Léon Bloy, qui raconte lui aussi le quotidien et les déboires d’un journaliste honnête, forcément à contre-courant, dans les années 1880, il me semble que la situation actuelle est encore bien pire que de son temps !

- Dans votre roman vous semblez renoncer à toute forme de lutte et d’espoir, néanmoins le vrai peuple semble plus que jamais électrisé en France. Qu’en pensez-vous ?

Dans mon roman, c’est mon héros qui renonce peu à peu, mais si vous voulez bien lire, au delà de l’histoire, le climat général qui se dégage du livre, le texte annonce clairement que la France va entrer demain dans une phase révolutionnaire et que des méchants vont y être punis… Donc moi, l’auteur, je ne pense pas que le peuple de France suive le chemin de mon héros.

- Êtes-vous décidé à voter en 2007 ?

Ayant été durant 25 ans un marxiste-léniniste conséquent, donc antidémocrate, je n’ai jamais voté avant les présidentielles de 2002. Mais l’évolution de la situation française et internationale m’ayant convaincue, vers cette période, que le combat communiste était perdu, pour ne pas dire caduc, j’ai systématiquement voté à partir de cette date, et je voterai bien sûr en 2007 aux deux tours. Quant à savoir qui est l’élu de mon choix, en lisant mon roman entre les lignes, il me semble qu’on le devine un peu !

- Quel est votre quotidien après un tel effort pour boucler « Chute » ?

C’est vrai que ce livre fut pour moi un gros effort, surtout sur le plan nerveux, vivre dans la peau de ce désespéré qui me ressemble tant, m’a coûté beaucoup de souffrances d’âme… Je sors donc de ces deux années d’écriture comme d’une maladie, avec l’énergie et l’optimisme du convalescent qui savoure sa guérison. Guérison qui est aussi un livre dont j’espère un peu, comme tout écrivain, qu’il m’apportera le succès afin de supporter, demain, de tout recommencer. Mon quotidien se résume donc ces jours ci à promouvoir mon livre, comme on sort un oiseau d’une cage pour le regarder s’envoler … Ce qui est sans doute la phase la plus récréative et la plus légère de l’austère métier d’écrivain.

- Quels sont vos projets d’avenir ?

Arrêter d’écrire pour quelque temps, puisqu’ avec ce livre j’ai tout dit, et que pour avoir d’autres choses à dire demain, il va bien falloir d’abord que je les vive ! Pour vous en dire un peu plus, j’ajouterai que ces choses que j’ai envie de vivre demain, ont sans doute beaucoup à voir avec la politique…

- À tout perdre, Robert serait-il tenté par adhérer au plus minuscule des petits groupuscules républicains ?

Non. Robert, qui a exactement mon âge, a passé l’âge des groupuscules qui ont le charme et les limites de l’adolescence. Robert préférerait, à tout perdre, adhérer à un mouvement d’ampleur nationale qui n’a pas renoncer à sa vision révolutionnaire, et s’efforcer de le changer de l’intérieur. Dans ce but, peut-être vous invitera-t-il d’ailleurs à le rejoindre bientôt…

Vive la France et salut républicain,

Alain SORAL

Nous joindre : valactrep @ yahoo.fr

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site