Le 14 juillet 1789

2. Le 14 juillet 1789 fait une centaine de morts

La portée symbolique de l’événement dépasse largement le vécu du jour en question. Les symboles emportés ce jour-là furent bien plus importants que le nombre de tués dont on parle généralement peu. On évalue celui-ci à environ une centaine, soit bien moins que le bilan de l’émeute du mois d’avril précédent. Evènement situé non loin de là. L’infortuné J.-B. Réveillon s’était même réfugié dans la Bastille en avril.

L’opinion publique parisienne prend peur. Non sans raisons.

Le 20 juin les députés font le « serment du jeu de paume », c’est le début de l’assemblée nationale.
Sur les conseils des durs de son entourage Louis XVI renvoie Necker et appelle des troupes autour de la capitale, une décision dictée par la crainte d’une perte d’initiative politique… L’opinion publique parisienne prend peur. Non sans raisons.

Les 12 et 13 juillet C. Desmoulins n’est pas le seul à appeler à l’insurrection. On redoute une « Saint Barthélemy des patriotes ». La panique s’installe alors même que le prix du pain reste élevé : la majorité des barrières qui donnent accès à Paris sont vandalisées dans l’espoir de faire baisser le prix du blé. Dans la capitale des heurts opposent parisiens, Gardes Françaises et troupes royales (comme le « royal allemand ») qui chargent la foule sans pourtant faire beaucoup de victimes. Mais l’angoisse dépasse vite la réalité des désordres peu meurtriers.

Les électeurs bourgeois de la ville mettent alors en place un « comité permanent » à l’hôtel de ville et décrètent la création d’une milice défensive. Les sources évoquent des dizaines de milliers d’hommes dans cette nouvelle milice, la future Garde Nationale. Les volontaires cherchent armes et munitions (le 13 juillet) un peu partout. Aux Invalides on leur ouvre les portes.

Les engrenages de la peur s’échauffent

avec les « mercenaires » comme catalyseur

Le mardi 14 juillet environ un millier de manifestants se masse devant la Bastille. Depuis la veille des Parisiens s’arment dans le désordre pour résister à un éventuel assaut de troupes « provinciales » amenées par le roi. Les engrenages de la peur s’échauffent avec les « mercenaires » comme catalyseur. A noter que cette fois-ci le roi a bel et bien fait appel à des troupes. Pour massacrer les gens sans doute pas, mais sait-on jamais ?

Les évènements du 14 sont connus : après des heures d’attentisme et de négociations des coups de feu sont tirés d’un camp. On ignore lequel mais du côté de la Bastille on est sur la défensive et la discipline règne. Du côté des parisiens c’est plus flou. Débute alors une fusillade qui tourne à l’avantage des défenseurs mieux protégés et mieux armés. Les mercenaires suisses sont traditionnellement d’une redoutable efficacité. Circule même après coup l’histoire que les défenseurs auraient laissés entrer les assaillants dans la cour avant de remonter les ponts pour mieux les fusiller… Baliverne qui signale le climat de paranoïa des journées révolutionnaires.

Il faut le renfort des Gardes Françaises en fin de journée pour que le château se rende enfin.

Moins de 90 soldats français -parfois invalides- gardaient le vieux bâtiment aidés par une trentaine de Suisses. Seuls sept d’entre eux seront tués dont le gouverneur de Launay dont la tête est exhibée au bout d’une pique. A noter que le gouverneur sera assassiné devant l’hôtel de ville et nullement au pied de la Bastille. La foule qui n’a pas participé aux combats semble plus furieuse que les belligérants.

Pourquoi cette relative modération dans les pertes ?

On compte 98 tués du côté des assaillants. Un bilan « faible » en comparaison des journées d’avril et surtout des massacres ultérieurs. Pourquoi cette relative modération dans les pertes ?

La peur n’a pas joué autant que dans les épisodes futurs. On redoute par dessus tout les troupes qui encerclent Paris et celles qui circulent encore dans la capitale. Dans la Bastille les soldats français ne sont pas explicitement considérés comme des ennemis. Ils empêcheront d’ailleurs le gouverneur de faire sauter le quartier comme ce dernier menaçait les assaillants avec les stocks de poudre à canon. Dans les deux camps on compte des soldats parisiens. On évoque aussi des assaillants qui se seraient tirés dessus dans le désordre ambiant.

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La prise de la Bastille si elle demeure un acte révolutionnaire symbolique à forte portée -c’est la première fois que la bourgeoisie parisienne et le peuple remplacent le pouvoir royal- n’est pas pour autant un massacre. La peur a mobilisé les foules contre le danger extérieur mais pas vraiment contre les défenseurs de la prison. Cela explique le bilan relativement modéré de la célèbre journée, conséquence des coups de feu et non de tueries de gens sans défense.

L’intérieur de la prison et ses sept embastillés montrent même que le pouvoir royal n’abusait pas des enfermements politiques. Tous les prisonniers étaient des droits communs. La rumeur publique invente pourtant un huitième enfermé, le comte de Lorges ! La légende veut qu’il ait été enfermé là depuis trente-deux années pour avoir critiqué les jésuites (sic). On visite sa prétendue cellule des semaines durant après le 14 juillet.

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