Les massacres de la révolution en questions

 

Les noyaudes collectives de Nantes, pourquoi un tel massacre ?


En changeant la France, la révolution a changé l’Europe et le monde.
Phénomène avant tout civilisationnelle la révolution a généré ipso facto sa contre-révolution. Ainsi ses opposants ont-ils, à toutes les époques, refusé la révolution par idéologie. Ils ont alors puisé dans son histoire des arguments pour la dénoncer. La Terreur, entre autres massacres, sert régulièrement de tâche sensée décrédibiliser toute la révolution.
En face on défend toujours indistinctement la révolution comme un « bloc » selon l’expression de G. Clémenceau. On ignore ou minore les atrocités des guerre de Vendée ou les innocents exécutés pendant la Terreur. On plaide, non sans raisons, la légitime défense et surtout l’apport de la première république (abolition de l’esclavage, le suffrage universel masculin, déchristianisation…).

François Furet, dernier historien à faire une lecture partisane de la révolution ?


Issus de la gauche, les historiens libéraux des années 1990, F. Furet en tête, ont renouvelé les critiques en voyant dans la république jacobine le modèle des régimes totalitaires du XX°s. Rousseau puis Robespierre conduiraient en ligne droite à Lénine puis Hitler…

Là aussi le massacre politique au nom de la révolution -ou de la république- a put servir d’argument massue en faveur de cette thèse. Au moment du bicentenaire de 1789 l’Europe est relativement en paix depuis plusieurs générations. Le massacre y apparaît comme le repoussoir politique absolu. Le meurtre massif d’innocents renvoie alors aux sinistres tueries de la seconde guerre mondiale et plus encore à l’extermination de plusieurs millions de civils innocents. Les génocides apparaissant comme la quintessence inexpiable d’un massacre aussi massif qu’industrialisé.

Or, les massacres de la révolution française ne sont guère comparables aux génocides du XX°s (contre les Arméniens, les Juifs, les Tsiganes, les Tutsis…). Les massacres de la révolution française sont avant tout des épisodes courts et peu ou pas planifiés. Certains se font en parallèle ou même contre les autorités républicaines, d’autres visent les révolutionnaires et leurs alliés supposés. De plus, d’origine politique ils s’inscrivent aussi dans la société française du XVIII°s, certes en voie de pacification sur le long terme mais encore sensible aux violences collectives de l’époque.

Élément souvent sous-estimé voir carrément ignoré : les mentalités de l’époque sont conditionnées par les peurs véhiculées par des rumeurs incontrôlables. Ces peurs sociales deviendront souvent terreur. Elles servent de carburant et de déclencheur à l’incendie des violences collectives, cela avant même 1789.

Massacrer sous la révolution c’est avant tout répondre à une peur

Rappelons les études sur « la guerre des farines » (1775) ou même « la grande peur » rurale de l’été 1789… Nous y reviendrons car dans tous les massacres de la période la peur a une importance déterminante. Massacrer sous la révolution c’est avant tout répondre à une peur généralement tout aussi exagérée que la violence sanguinaire qu’elle entraîne.

Il s’agit donc ici de retracer les tueries de la période 1788-1815 dans leur chronologie mais surtout dans le contexte des évènements systématiquement emprunts de peurs. Elément sous-estimé ou ignoré tellement leur message nous semble stupide et « complotiste » comme on dirait aujourd’hui.

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Ni accusation morale, ni plaidoyer partisan ce travail cherchera à dépasser deux siècles de parti pris.

Peut-être le moment est-il choisi après la faillite politique du marxisme et en pleine désacralisation du libéralisme.

Massacre. Le mot nous parle.
Il nous fait peur et apparaît comme un malheur dans l’actualité internationale. Le massacre c’est avant tout une série de crimes extrajudiciaires qui frappe souvent des innocents ou des coupables considérés comme tel vus de l'extérieur. Il en va tout autrement in situ… Les auteurs de massacres sous la révolution française ou même aujourd’hui se justifient souvent par les « ordres donnés » mais aussi par le contexte généralement guerrier. Les Nazis, en interne, expliquèrent leur génocide par une volonté de ne plus avoir d’ennemis héréditaires sur leurs arrières. Le tout dans un imaginaire paranoïaque et belliciste.

Les tueries sous la révolution française ne relèvent pas de cette « explication » raciste. Les acteurs d’une violence de masse (révolutionnaires ou contre-révolutionnaires) s’inscrivent d’abord dans le XVIII°s et ses angoisses qui surgissent dans une société en voie d’urbanisation lente et chaotique.

Il serait donc préférable et plus rigoureux de comparer les violences sous la révolution française aux XVIII°s et siècles antérieures qu’aux massacres des périodes suivantes.

l’armée royale massacre, viole, tue et démolit

Pourtant, avec le recul du XVIII°s on peut considérer la France de 1789 comme un pays où certaines violences reculent. Les nombreuses guerres de Louis XIV sont de plus en plus éloignées du territoire français. Reste cependant l’écrasement des révoltes intérieures. Le « roi Soleil » envoie l’armée contre les Bretons et les Camisards soulevés contre sa politique. Les morts se comptent par centaines et la brutalité est certaine. Car sortis de milliers de civils condamnés aux galères des années durant l’armée royale massacre, viole, tue et démolit indistinctement les villages et les populations collectivement coupables de rébellion.

Le régent, Philippe d'Orléans, par Jean-Baptiste Santerre.

Philippe d'Orléans, un dirigeant modéré

Louis XV et ses équipes ministérielles apparaissent comme des « déçus » de la monarchie absolue. Le régent, Philippe d’Orléans qui a vécu la fin de règne du Grand roi avec ses cohortes de famines, violences, guerres, terreur religieuse, se veut plus tempéré…

Seule guerre d’envergure, la Guerre de 7 ans (1756-1763) se déroule loin de l’hexagone. Elle a une importance géopolitique majeure mais n’est nullement un fléau pour les populations civiles françaises.

Si la peur change, la peur reste

Autre signe d’un XVIII°s "lumineux" les grandes épidémies reculent : de lents progrès agricoles ont renforcé les organismes face aux pestes et autres disettes terriblement meurtrières sous Louis Le Grand (famines des hivers 1692 et 1709). La dernière épidémie de peste touche Marseille en 1720 et reste limitée à quelques zones provençales avant de disparaître définitivement.  Si la peur change, la peur reste. Elle est plus urbaine avec l’essor des grandes villes et se polarise aussi sur le pouvoir politique et ses agents plus que sur des "ennemis" classiques (comme les Protestants ou les Juifs).

Au niveau des élites, la philosophie des Lumière tend à rendre la violence (personnelle ou étatique) vulgaire et inutile. Les duels entre nobles, très courants encore sous Louis XIII, défraient moins la chronique, ils sont moins meurtriers. A la cour on s’affronte dans des joutes intellectuelles où l’ironie remplace l’affrontement physique.

Certes des faits divers parfois importants viennent rappeler la proximité d’usages d’une cruauté insupportables aujourd’hui : la « question » reste la règle dans les enquêtes policières. La peine de mort infligée cruellement à certains « coupables » comme Jean Calas, le Chevalier de la Barre ou Damiens demeurent… Mais là aussi, certains écrivains influents comme Voltaire viennent dénoncer directement ou indirectement la mise à mort d’innocents (Calas et le Chevalier de la Barre) avec un succès évident dans l’opinion publique naissante. Quant aux supplices de l’infortuné Damiens, Louis XV lui-même ne souscrit nullement aux tourments du régicide.

Louis XVI multiplie aussi les signes de dégoût de la violence sous bien des formes : il interdit ou tente d’interdire la « question » en 1780, entérine la fin des persécutions anti-protestantes en leur accordant un état civil (1787) et acceptera la guillotine comme moyen non douloureux d’exécuter un condamné. En matière de politique internationale il n’entamera qu’un conflit avant 1789 : l’aide militaire massive aux jeunes Etats-Unis contre la Grande Bretagne et ce après avoir hésité.



Mais derrière une France globalement en paix et des élites de moins en moins encline à la belligérance, la société reste violente dans le quotidien : les grandes villes remplies de vagabonds exclus des zones rurales ont métamorphosé le pauvre en ennemi des gens de bien et la délinquance demeure élevée dans les zones urbaines encore peu ou pas contrôlées par les autorités. Même constat dans un monde rural déstabilisé par les mutations économiques.
Cette instabilité entraîne fréquemment des peurs qui servent de détonateurs à des violences d’intensité variables.

 

Date de dernière mise à jour : 31/01/2014

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