Clandestine

Clandestine

L'histoire parait incroyable. Comment une allemande juive, Marie Jalowicz-Simon,  a-t-elle put réussir à survivre à Berlin de 1940 à 1945 ?

A dire vrai on est d'abord surpris par le réseau de solidarités résistantes qui s'est tissé dans la capitale du Reich. Ville très à gauche avant 33 Berlin est restée sous le nazisme une zone où l'anti-nazisme n'était pas rare : des cellules communistes à la bourgeoisie intellectuelle bien des gens vont aider la jeune Marie qui constate, lucide, la lente disparition des siens. En effet, pris en tenaille par les lois raciales et les fichiers nazis les Allemands juifs qui n'ont pas put émigrer se laissent souvent déporter aveuglés par le discours officiel ou simplement résignés...

affiche allemande communiste (1924)

cet esprit berlinois qui est par essence anti-nazi

Marie survivra donc grâce à son courage, la chance et surtout cet esprit berlinois qui est par essence anti-nazi. Etonamment des Berlinois nazis ou sympathisants fermeront aussi les yeux quand ils découvriront tout ou partie de la vérité car l'auteur était avant tout une allemande typique.

Est-ce voulu ? En tout cas l'auteur détaille souvent la forme que prend cette résistance : des ouvriers allemands convaincus de la défaite aux catholiques hostiles à l'antisémitisme, elle bénéficera de bien des complicités (mêmes passives) pour échapper à l'étau nazi. Il y aura même un SS qui la laissera quitter son travail forcé chez Siemens avec une surprenante bienveillance. Elle croisera aussi des nazis plus opportunistes que fanatiques... En tout cas Berlin sera toujours une cité frondeuse et volontiers lucide sur son maître autrichien... Jusqu'aux policiers de base outrés par les développements législatifs de l'antisémitisme (ex : obligation pour les Juifs de se dire "juifs" et de donner leur adresse avant de leur parler aux policiers...), quant aux files d'attente elles bruissent d'un mécontentement populaire contre le nazisme et ses simagrés. Le livre ne s'attarde pas là-dessus, mais on peut se demander si le nazisme réellement meurtrier ne fut pas, d'abord, quelque chose venu d'en haut et exécuté loin des Allemands ordinnaires.

Marie jalowicz simon in 1 010

Marie Jalowicz-Simon, une héroïne

le nazisme meurtrier ne fut-il pas quelque chose venu d'en haut  ?

Si les Allemands juifs sont progressivement déportés, les "demi-juifs" ou les Juifs-Juives marié(e)s à des Allemand(e)s non juifs sont relativement à l'abri car les Nazis redoutaient plus que tout des rébellions de la part de la population face à des persécutions trop franches, surtout à Berlin. L'auteur a même des échos -dans une fille d'attente- de la manifestation de Femmes qui obtiennent la libération de leurs maris allemands-juifs arrêtés en 1943.

Cultivée et psychologue Marie Jalowicz-Simon analyse aussi le comportement et le caractère des gens qu'elle croise dans sa clandestinité car malgré le caractère héroïque des gens qui l'ont activement aidé ou qui ont simplement refusé de la dénoncer il y avait avant tout des Humains ! Elle détaille ainsi avec finesse les disputes et les relations entre ces Berlinois ordinnaires pris au piège d'une époque hors normes. On découvre ainsi les trois étrangers travailleurs volontaires en Allemagne qu'elle fréquente intimement dans le but de se cacher (un chinois, un bulgare et plus longtemps encore un hollandais).

Epuisante et menaçante la fin de la guerre finit par écraser le nazisme mais aussi quantité de civils allemands à commencer par ses logeurs-logeuses qui subissent les derniers bombardements avec une violence évidente, certains hommes meurent même dans les derniers combats forcés de se battre par le nazisme agonisant.

La libération n'a rien d'un dîner de gala

La libération n'a pourtant rien d'un dîner de gala : comme on le sait maintenant les Russes sont autant des libérateurs que des voleurs et des violeurs mais Marie a survécu à pire : elle retrouve quelques proches et déménage à nouveau avant de débuter une nouvelle vie, enfin normale ! Ou à peu près car l'auteur adhérera au SED (Communistes de RDA) et fera une carrière universiraire à l'est tout en ayant deux enfants avec un ami d'avant guerre.

Elle décède en 1998 non sans avoir expliqué que, pour elle, c'est le hasard et sa nature énigmatique qui explique sa survie.

 

Issu d'enregistrements faits à la fin des années 90 ce livre est un chef d'oeuvre de témoignage historique.

 

Date de dernière mise à jour : 03/10/2018

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