Dans le piège khmer rouge (livre)

 

Le piège khmer rouge est le témoignage de la française Laurence Picq mariée à un cadre khmer rouge qui a rejoint naïvement son mari au Cambodge après la victoire de l’angkhar (nom de l'organisation khmer rouge) en 1975. Un récit du côté des bourreaux même si elle se sentira prisonnière jusqu’au bout.

Après des semaines de "rééducation" elle a travaillé des années durant à "B1", le nom de code du "ministère" des affaires étrangères où officiait Ieng Sary, un personnage presque aussi puissant que Pol Pot.

les Khmers rouges, même hauts placés,

vivaient presque aussi mal

que le reste de la population

Première surprise : les Khmers rouges, même hauts placés, vivaient presque aussi mal que le reste de la population. D’extraction rurale ou intellectuelle, ils appliquaient leur « idéal » de paysans soldats voués à l’angkhar qui servait de suprême autorité servie à toutes les sauces.

Mal nourris, mal soignés, vivant dans une collectivité forcée au milieu des ruines de la capitale, les cadres vont et viennent, sont promus ou déchus, suivent des "stages" dans une ambiance faite de paranoïa et de sectarisme extrême. Comme si la guerre n'était pas finie. Rappelons que les bombardements us sur le pays jusqu'en 1975 équivalèrent au total des bombes lancées dans le Pacifique de 1941 à 1945...

Ieng Sary, chef de B1

L’auteur souffre bien entendu des conditions matérielles mauvaises mais surtout de la pression psychologique exercée par les chefs à commencer par son mari, métamorphosé en petit tyran domestique et politique. Nul contact n'est autorisé avec le reste du monde et Laurence ne quittera le bâtiment de B1 que trois seules fois en presque quatre ans ! Ses deux filles sont élevées collectivement avec les autres enfants, pas très loin mais plus avec leurs parents.

Elle fait le catalogue des inepties khmers rouges

Loin de l’extrême mortalité des urbains déportés aux champs qu'elle ignore elle fait le catalogue des inepties khmers rouges et de la maigreur de l’appareil d’Etat : des ministères artisanaux, des pénuries alimentaires fréquentes, des soldats et responsables squelettiques, des purges par vagues successives, des rumeurs terrifiantes, une vie en commun compliquée, une tension permanente. Elle, la "française" est souvent soupçonnée d'être une espionne ou une défaitiste, alors elle redouble d'efforts et de stratégie pour survivre. Ses rapports avec son mari sont variables, mais elle retombe tout de même enceinte de lui... 

Ailleurs, le pays s’effondre, les mauvais résultats s’accumulent et l’invasion vietnamienne vient abattre l’homme malade qu’était devenu le Cambodge de 1979.

Comme à la lecture d’autres témoignages, on se demande toujours comment cela a-t-il été possible. Qu’est-ce qui a poussé cette guérilla rurale à ruiner le pays ainsi. Idéologie folle ? Volonté génocidaire ? Enchaînement de catastrophes ?

A dire vrai le litige historique entre campagnes et villes était ancien, une « correction » était justifiée mais des symboles auraient suffis comme en Chine. Reste la mentalité cambodgienne qui mêle respect de l’autorité et de la force au bouddhisme qui intime les malheurs présents à des fautes passées, d’où une énorme résignation. Et puis le choc de l'effondrement et les déportations ont sonné toute la population. Reste aussi la ruine du pays après des années de guerre civile et la faiblesse du mouvement khmer rouge sans doute en porte-à-faux dans les villes où il n’avait aucun relais.

Commence alors une terrible marche de la mort

Juste avant que les Viet-Nâmiens ne prennent la capitale Laurence Licq et le gros des fonctionnaires de B1 sont évacués, commence alors une terrible marche de la mort vers la Thaïlande, une odyssée où elle ne survit que grâce à la solidarité de certains "camarades" de B1 pris dans les mêmes difficultés. Son mari, lui, reste un cadre très haut placé, il va et vient et ne s'intéresse guère à son accouchement. On retient difficilement ses larmes quand le jeune enfant décède à cause des mille maladies qui déciment la troupe.

Finalement elle quitte le pays pour la Chine avec son mari. Les Khmers rouges resteront représentants du Cambodge à l'ONU jusqu'en 1991 et ce dernier y travaille. C'est seulement lors d'une escale en Suisse qu'elle file en France et accouche d'un nouveau petit garçon.

Laurence Picq

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Le livre ne dit pas ce qu'est devenu son funeste mari.

Les Khmers rouges, eux, vont poursuivre leur guerilla contre le Viet-Nâm jusqu'en 1989 et signer les accords de Paris en 1991. Ensuite certains chefs se rallieront au régime. C'est le cas de Ieng Sary qui décédera bien plus tard en mars 2013 (lors de son procés).

Pol Pot, vrai chef apparent de cette tragégie, restera invisible des années avant de subir à son tour une purge de la part de ses ex complices. Il décède en 1998.

Souvent âgés de plus de 80 ans les derniers chefs khmers rouges sont en cours de jugement ou déjà condamnés... tardivement.

Témoignage d'Elizabeth Becker, journaliste us qui visite la Cambodge ; Complèments sur le régime khmer rouge.

Date de dernière mise à jour : 27/06/2013

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