Histoire de la Corée

Une somme remarquable de P. Dayez-Burgeon

résumé de la période allant des "trois royaumes" à 1945

Une marche de l’empire chinois

L’histoire de la Corée se résume bien souvent à une succession de périodes d’unification autour d’une monarchie puis d’éclatements terribles. Les voisins du nord et de l’est servant généralement d’envahisseurs tandis que la Chine joue le rôle de protecteur et de tuteur à la fois militaire et intellectuel.

Néanmoins, comptant souvent sur ses seules forces, la Corée a patiemment défendu son identité, résistant tant bien que mal aux malédictions géopolitiques. Est-ce différent aujourd’hui ?

Vers 660 la Corée est divisée en trois royaumes qui s’affrontent et s’allient au grès des circonstances. Cette situation est la résultante de l’influence écrasante de la Chine qui a été à l’origine de l’Etat tandis que les tribus du nord, les habitants du Japon ou les Coréens ont longtemps vécu autour de confédérations tribales instables. C’est sans doute la proximité avec l’empire du Milieu qui a incité certains lignages à imiter le modèle de l’Etat monarchique.

Il faudra attendre trois siècles pour qu’un des trois royaumes, celui de Silla au sud, fédère les deux autres alors même que la Chine est toujours très active au nord. Dès cette période le rôle de l’armée et de l’aristocratie militaire est primordiale dans l’origine mais aussi dans le fonctionnement de l’Etat. Cette force sera aussi une faiblesse car régulièrement les militaires se mêleront de politique comme dans l’empire romain ou byzantin.

Dans les élites on copie souvent la Chine à l’image des tombes royales finement décorées comme chez le grand voisin.

 

Face aux ingérences

Avec la monarchie il y a un autre élément fédérateur de la Corée : le bouddhisme. Présent dès le IV°s ap JC il se superpose au chamanisme et structure l’univers mental de la population. Le réseau des monastères et leur rôle éducatif et philosophique permettra à l’Etat d’avoir une autre colonne vertébrale que l’armée.

Néanmoins, le clergé bouddhiste accaparera quantité de terres et finira par nuire au pays comme grand propriétaire accapareur. Dans le royaume de Silla on peut considérer que la morale publique se résume à « servir le roi, obéir à ses parents, être fidèle à ses amis, ne pas tuer inconsidérément et ne jamais reculer au combat ». Un programme qui ne déplairait pas aux dirigeants actuels de la Corée du Nord.

Si Silla a des échanges avec le Japon c’est toujours la Chine qui sert de tuteur au royaume, mais la dynastie des Tang est plus que jamais sous la pression des peuples nomades du nord. Face à ce danger les Coréens de la cour imitent toujours fidèlement le modèle chinois : royauté bouddhiste, monastères, calendrier, écriture, etc.

Dans les années 780 le royaume de Silla est ravagé par des divisions internes : les clans militaires se disputent et affaiblissent la monarchie. Quand la dynastie Tang chute en 907 le royaume de Silla est réduit à sa capitale !

A cette division fatale succède le sursaut du royaume de Goryeo (qui aurait donné le mot Corée) qui se structure face à la menace mongole.

Ce nouveau royaume réforme l’armée et recrute les fonctionnaires par concours, le modèle chinois demeure. Un groupe de lettrés confucéens émergera entre les masses rurales et les élites militaires. Le bouddhisme reste un pilier de l’Etat. Ce royaume de Goryeo va même inventer l’imprimerie 200 ans avant Gutenberg. Si le bouddhisme sert à perfectionner l’individu, le confucianisme sert à améliorer l’Etat.

Vers 1200, quand la menace extérieure est relativement basse le royaume se fragmente à nouveau : lettrés, militaires et sous-factions diverses affaiblissent l’Etat.

En 1215 Gengis Khan prend Pékin et poussera ses forces jusqu’en Europe. En 1232 les Mongols prennent à leur tour Goryeo, la péninsule devient un pion dans le vaste empire mongol. Les Coréens résistent jusqu’à la capitulation finale de 1258 (chute de Bagdad aussi).

Après l’échec de Koubilai Kahn au Japon la Corée devient une extrémité en sommeil de l’empire. C’est une période de déclin pour l’agriculture et les arts. Les élites sont surveillées ou déportées comme otages. Les rois coréens sont sous étroite surveillance, le tribut est énorme…

A partir de 1351 les Mongols sont chassés de Chine, la Corée se révolte à son tour mais pour plonger dans une anarchie généralisée où généraux mongols, pirates japonais, rebelles chinois et bandes armées coréennes ravagent le pays.

Il faut attendre le XV°s pour voir le pays se relever quelque peu avec le roi Sejong qui inaugure une sorte d’âge d’or pendant un siècle.

Il redécoupe le territoire de façon à lutter contre les baronnies, s’entoure de gens compétents, réduit le pouvoir des monastères et modernise l’armée. Au nord il fixe définitivement la frontière avec la Chine tandis que la piraterie japonaise est maîtrisée. Le riz se généralise dans la population mais la Corée reste repliée sur elle-même.

De 1420 à 1486 il réunit une équipe d’érudits qui écrit quantité de manuels, le 9 octobre 1446 il proclame l’hangul, alphabet très simple qui permettra ultérieurement une alphabétisation importante. Cet alphabet sert à diffuser des lois tandis que les caractères chinois demeurent dans les élites.

 

Pas de Renaissance en Corée !

Le brutal roi Yeonsan replonge la Corée dans les divisions. Il coalise contre lui presque toute la société (239 exécutions de lettrés), son assassinat en 1506 n’évite pas le déclin qui se profile : les rendements agricoles stagnent, le commerce extérieur demeure un monopole d’Etat, les échanges monétaires restent faibles. Les divisions s’enchaînent sans ligne politique !

En 1592 c’est « l’année du dragon », une année noire dans l’histoire de la Corée qui subit une invasion japonaise et surtout une longue période de troubles ensuite.

Le Japon réussit un débarquement rapide et décisif, seule l’intervention de la marine coréenne de l’amiral Yi Sun-sin permet un retournement de situation. L’année suivante la Chine intervient massivement tandis que le peuple se soulève contre l’occupant. Les Japonais doivent reculer et souhaitent négocier. En 1598 nouvelle série de victoires navales de Yi Sun-sin… qui meurt au combat ! Le Japon est défait mais la Corée littéralement ruinée, dépeuplée, touchée par la famine. Une situation sordide qui rappelle quelque peu la ruine d’après la guerre de Corée.

Entre temps les trésors artistiques ont été pillés et les meilleurs artisans déportés.

Le pays végète jusqu’à ce qu’en 1637 les Coréens perdent face aux Mandchous qui repartant avec quantité d’otages en Chine. En réaction la Corée se replie sur elle-même. Chez les Lettrés on rêve de l’ère Ming achevée. Dans les masses c’est le début d’une période de résistance passive.

Au XVI°s on parle en Europe du « royaume ermite » suite au récit du hollandais Hamel qui, échoué en Corée, raconte à son retour en Europe une Corée archaïque et figée. A cette époque la Chine et le Japon font de même face aux Européens.

Au XVIII°s le pays se redresse finalement. La riziculture redevient productive. Le tabac et le coton sont cultivés ainsi que la pomme de terre et le ginseng.

Vers 1750 on compte environ 18 millions d’habs à 95 % ruraux ! La société est divisée entre ruraux pauvres, élites anciennes mais aussi classe de paysans enrichis qui cherchent à s’intégrer aux élites. Un mouvement de réforme, sirhak, renouvelle les élites qui s’ouvrent enfin aux nouveautés venues de Chine.

En 1791 le roi Jeongjo interdit les guildes, les grossistes se mettent à prêter de l’argent avec un intérêt en l’absence de banques. En 1801 les registres serviles sont brûlés devant le palais par le roi lui-même !

Le roi s’entoure de réformateurs srihak . Un nouveau palais royal est bâti inspiré des idées sirhak : les nombreux travailleurs furent payés ! Une première dans l’histoire du pays ! Après la mort de Jeongjo (à 47 ans en 1800) les intrigues reprennent et les clans défont son travail réformateur.

 

Le siècle de l’impérialisme

Des années 1800 à 1850 le pays est touché par des sécheresses et des inondations (suite aux déforestations), en 1822 une épidémie de choléra ravage le pays.

Les rendements agricoles ne suivent pas la démographie, les collecteurs d’impôts détournent l’argent, le mécontentement se généralise. En 1811-1812 une jacquerie géante touche le nord-ouest, même chose au sud en 1862. On incendie des registres, défait les troupes, etc. Le retour au calme est toujours lent. Ces mouvements paysans n’ont aucun caractère politique, leurs références sont vagues et plutôt mystiques (lotus blanc chinois). Ils ne sont porteurs de rien d’autre que de la mort programmé de la Corée rurale.

C’est aussi l’époque où le catholicisme arrive en Corée, il remporte petit à petit des succès dans toute la société : les sirhak y sont favorables, les conservateurs bien moins ! C’est le début d’un clivage qui dure encore. Les conversions débutent réellement à partir des années 1830. La majorité de la population est méfiante et voit dans les Catholiques des « agents chinois » (présence des Jésuites en Chine).

En 1846 un bateau de guerre français arrive en Corée suite à l’exécution de missionnaires… En 1861 une troupe franco-britannique a pris le palais d’été à Pékin ! L’étau occidental se resserre… Le Japon a déjà dû céder en 1853 !

Vers 1860 la Corée touche le fond avec une délinquance et un désordre rampant. Quant à l’impérialisme occidental, il attend son heure en digérant ses possessions chinoises.

 

Dernière tentative

De 1863 à 1873 le père du roi -alors âgé de 11 ans- devient régent. Ha-eung s’en prend aux privilèges, aux corrompus, aux spéculateurs. Les fauteurs de troubles (comme les sectes mystiques) sont liquidés par l’armée.

Avec comme programme la restauration de l’Etat et de la monarchie il fait rebâtir le palais royal mais il vide les caisses de l’Etat ! Il utilise les corvées, fait des nouveaux impôts, vend des charges, confisque des biens, etc. L’inflation se développe et le mécontentement augmente.

En 1866 il lance des persécutions contre les Chrétiens. La même année un navire de guerre us remonte jusqu’à Pyongyang pour négocier un traité commercial. Il est incendié. Les Français font de même en bombardant plusieurs sites. Ils repartent n’étant pas assez nombreux. Les USA « échouent » aussi en 1871.

Les Coréens se sentent victorieux alors que les grandes puissances sont simplement occupées ailleurs.
Mais en 1873 le Daewongun (régent) est renversé par son fils et une coalition de mécontents dans le peuple et dans la cour. Les élites replongent alors dans leurs divisions. Au Japon la modernisation est en cours et la Corée devient une proie facile.

Forcé de s’ouvrir à la mondialisation dès 1854 le Japon a réussit à se moderniser depuis l’ère Meiji (1867…), il se voit comme une nouvelle puissance coloniale.

En 1875 un navire de guerre japonais fait une incursion en Corée pour signer un traité. Face au risque la Corée signe un traité très favorable à Tokyo en 1876 (concession, extraterritorialité, etc.). D’autres traités sont signés avec des puissances européennes mais le Japon a une longueur d’avance. Les Coréens sont partagés entre répulsion et fascination face à ces Asiatiques qui font jeu égal avec les Occidentaux.

Le pays est troublé : mutinerie en 1882, grande révolte paysanne en 1894, en 1896 le cabinet ministériel pro-japonais est massacré et le pays plonge dans la confusion. Les coups d’Etat s’enchaînent…

En 1895 la marine de guerre japonaise parvient à investir Taiwan et la Corée tandis que la Chine perd la Mandchourie, la supériorité militaire japonaise a fait la différence.

Les autres puissances tempèrent alors un peu le Japon : l’ambassade russe en Corée abrite le roi Gojong. Elle obtient des entrepôts à Wusan et envoie des conseillers militaires. La Corée s’intègre à l’Asie russe (train transmandchou). A cette époque Russie et Japon s’entendent pour s’octroyer deux zones en Corée (38° parallèle).

 

La main mise du Japon

En 1904 le Japon obtient un traité encore plus favorable avec la Corée, l’année suivante les Russes sont défaits par le Japon à Port Arthur ! La Corée devient un protectorat du Japon, « quand les baleines se battent, les crevettes souffrent » dit-on à cette époque.

La monarchie coréenne devient de plus en plus fantomatique.
Avant cet épilogue au bénéfice du Japon le débat d’idée était vif en Corée, tout le monde voulait des changements mais pas de consensus sur les moyens de se moderniser : on hésite entre la tutelle chinoise, l’Occident et le Japon.

En 1896 un « club de l’indépendance » est fondé : il s’agit de se moderniser sans tutelle étrangère. Un journal, des associations et des clubs féminins se développent. Le Japon fait fermer le club, certains de ses cadres filent aux USA.

De 1896 à 1905 la Corée a changé : les villes se développent et se modernisent suite aux destructions. En 1897 le chemin de fer est lancé avec des capitaux des USA et de la France. Des banques modernes et des usines apparaissent…

Mais le monde rural se sent à l’écart de ces innovations. Les intérêts japonais sont souvent les seuls à profiter de la modernisation. Tokyo contrôle le commerce du riz qui alimente sa population. La Corée est aussi un client forcé pour les produits japonais (90 % du commerce extérieur).

En 1894 une jacquerie géante éclate contre les impôts et pour la redistribution des terres. Les révoltés sont influencés par la secte syncrétique donghak au discours nationaliste. Ce courant est l’une des bases du nationalisme moderne.

Après la main mise de 1905 des guérillas émergent avec sabotages, manifestations, etc. Le roi Gojong refuse de signer le traité, son fils est choisi par les Japonais. Il refuse d’être couronné ! En 1908 l’armée coréenne est dissoute.

En 1910 la péninsule est annexée, le pays disparaît ! Un nouveau nom est choisi et un temple dédié à la famille impériale japonaise est construit au cœur de la capitale !
A partir de 1922 une relative ouverture se fait jour en Corée : une poignée de collaborateurs émerge sur fond de mépris général des Coréens…

La tension remonte après les années 30 : le Japon repart à l’assaut de l’Asie et signe une alliance avec Hitler en 1937 année où le Japon envahit la côte chinoise.

La Corée est considérée et gérée comme un grenier à riz : les Japonais modernisent les campagnes pour avoir une main d’oeuvre saine et efficace. Le gros de la production file au Japon ! En Corée le riz est rare…
Les Coréens sont forcés de s’assimiler… Quand la guerre s’aggrave la Corée sert de réserve de bras : il existe un STO en direction du Japon (70 000 coréens périront à Hiroshima et Nagasaki) et de la Mandchourie. Certains deviennent des collaborateurs militaires des japonais… D’autres fuient le pays ou résistent les armes à la main !

Les zones de montagnes accueillent des coréens pauvres mais assez libres. D’autres partent en Sibérie, Mandchourie (plusieurs millions de personnes) où la vie est dure mais où les terres ne manquent pas. D’autres vont au Japon (naissance d’une diaspora encore active).

L’exode rural s’accélère et alimente les usines japonaises délocalisées en Corée grâce au faible coût de la main d’oeuvre.

Le Japon industrialise le pays à son profit : les grandes firmes nippones installent leurs hommes autour des gouverneurs. Une foule de petites entreprises émerge à l’ombre des occupants, elles serviront de base aux entreprises actuelles…

De 1933 à 1943 le secteur industriel passe de 6 à 33 %. Après 1945 des cadres coréens sont capables de gérer à peu près certains secteurs de l’économie, surtout les industries et les mines au nord.

Date de dernière mise à jour : 29/07/2014

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