J. Belfort comme métaphore du capitalisme

Belfort, une "canaille cynique" humaine, trop humaine...

Qui n'a pas lu ou vu Le loup de Wall Street ? Le livre édité aux USA en 2007 et adapté par M. Scorsese en 2013 est un vrai coup de poing. Il raconte avec un rythme survolté la vie de trader surdoué d'un jeune juif new-yorkais qui bâtit une fortune au début des années 90.

Où est la nouveauté direz-vous ? N'est-ce pas toute l'histoire du capitalisme ? N'est-ce pas déjà la trame du film d'O. Stone Wall Street en 1987 ?

Or l'autobiographie de Belfort va bien plus loin que le simple récit, le plaidoyer pro domo ou même les anecdotes trash... Belfort, par souci de vérité comme par souci de s'innocenter raconte aussi bien sa vie de nouveau riche excessif que l'environnement qui a rendu sa fortune possible et son auto-destruction réelle.

Pour les « vrais » hommes d'affaires état-uniens Belfort est un escroc, un joueur, un amateur chanceux... Mais les détails donnés par l'auteur montre que le capitalisme mondialisé tient plus du canard sans tête que du système auto-régulé.

le capitalisme mondialisé est un canard sans tête

Tout démarre avec une poignée de dollars et surtout une ambition névrotique. Simple sous-trader à Wall Street Jordan Belfort réalise vite que la Bourse c'est juste vendre n'importe quoi à n'importe qui. Rien de plus. Aucun rôle économique, juste une machine folle à enrichir quelques milliers d'intermédiaires qui usent et abusent de toutes les drogues pour tenir le rythme de journées à harceler n'importe quelle cible pour vendre des actions qui, au passage, ne valent souvent pas une queue de cerise. Les belles années de Belfort se situent d'ailleurs entre deux krachs magistraux : celui de 1987 et celui de 1998.

des millions de dollars chaque mois

Avec des méthodes de vente simples et agressives l'équipe de Belfort -réunie dans la société Stratton Oakmont- amasse vite des millions de dollars chaque mois. Des jeunes étudiants ratés deviennent des nouveaux riches dépensant aussitôt leur gain dans des achats somptuaires comme dans la consommation intensive de prostituées hors de prix. La description de la journée de travail à Stratton tient plus de l'orgie que de la réunion de bureau ! Vérification faite, toute cette débauche de stupres et de produits illicites ne dérange personne... Surtout pas les autorités !

Là où le capitaliste exemplaire resterait froid et réinvestirait ses gains dans d'autres affaires, le Strattonien claque des milliers de dollars chaque semaine quitte à rester chez leurs parents tellement l'argent fille vite ! Comment ne pas y voir une métaphore du capitalisme réellement existant ? Détourner des richesses produites dans l'économie réelle pour tout dilapider dans des produits sans intérêts objectifs sinon le gaspillage et la pollution inhérente ?

Quant au chef d'orchestre de cette société il sombre lui aussi dans les excès et seule une santé de fer et une chance incroyable lui évitent de mourir avant 30 ans !

Est-ce légal ? C'est toute la question. Au sens strict non, Belfort finira en prison (seulement 22 mois) mais la plupart du temps Stratton ne fait que du « commerce », c'est à dire vendre effectivement du vent à des naïfs croyant que la Bourse peut, réellement, rendre n'importe qui riche subitement. C'est vrai bien sûr mais uniquement l'équipe de Belfort.

il faudra des années pour coincer Belfort qui aura

transféré des millions de dollars en liquide en Suisse

Quid de l'Etat ? Aux Etats-Unis les marchés boursiers, même dérégulés, restent réglementés. Un minimum. C'est pour cela qu'il faudra des années à un juge et un agent du FBI pour coincer Belfort qui aura, entre temps, transférer des millions de dollars en liquide en Suisse dans des circonstances rocambolesques !

Là aussi, comment ne pas voir la faiblesse volontaire des Etats face à leurs propres bâtards illégitimes : les traders !

Certes Belfort tombe et perd sa fortune au profit des autorités, mais la sévérité est toute relative si on la compare à ce que subissent des militants de gauche ou écologistes aux mêmes Etats-Unis... Aujourd'hui Belfort ramasse encore des fortunes en conférences et droits d'auteur. Grand bien lui fasse, son livre est autant un guide du parfait riche détraqué qu'un bréviaire pour révolutionnaires !

 

Date de dernière mise à jour : 23/05/2017

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