L'économie de la Corée du Nord

La zone de Kaesong, exemple contrarié du renouveau de l'économie nord-coréenne

La lecture du livre de B. Quennedey n'est pas sans intérêt. Qui peut avancer des choses précises sur l'économie de la Corée du Nord (RDPC) ? Encore entâchée par la famine des années 90 et son régime politique atypique la RDPC a pourtant grandement évolué depuis 10-15 ans.

Interview de B. Quennedey par D. Gorteau

En effet, passé la "dure marche" des années 90 (chute de l'URSS et famine) le pays semble s'être redressé et a vu son économie se développer à la fois en interne et en externe. Rappelons qu'avant les années 1980 la RDPC passait pour un "modèle" d'économie socialiste développée : non alignée sur l'URSS elle avait sorti le pays du sous-développement après 1945 et reconstruit le pays ruiné après la guerre des années 1950-53.

La RDPC ne communique aucun chiffre sur son économie

En interne la Corée du Nord a opté pour un "pays prospère et puissant", c'est à dire avec pour la priorité aux industries de défense (nucléaire et balistique) et pour une élévation du niveau de vie des habitants. Rappelons que les services publics sont gratuits (logement, santé, éducation, loisirs...) mais de très faible qualité à cause du retard des années 90 et de la taille du budget des ministères sensibles (défense, sécurité, etc.). Or, ni B. Quennedey ni personne ne connait exactement le volume de richesses consacrées à ces secteurs. Depuis 2002 les marchés privés paysans déjà existants ont été encouragés bien que toujours encadrés. Quant aux entreprises, toujours étatiques, elles bénéficient d'une certaine autonomie de gestion.

La RDPC ne communique aucun chiffre sur son économie. L'auteur a dû étudier des sources indirectes (CIA, articles anglo-saxons, douanes, banques sud coréennes...). Les estimations varient fortement d'une source à l'autre. La dette, les exportations, le PNB sont flous et on a plus des ordres d'idées que des certitudes. Rappelons qu'il est difficile d'aller étudier la réalité du terrain sans "guides" officiels. Par exemple la richesse produite par habitant serait comparable à celle de la Macédoine, quant à la production d'électricité par habitant elle équivaudrait à celle du Maroc... Or des visiteurs du pays signalent des coupures bien fréquentes...

La Chine, premier investisseur

Il n'en demeure pas moins que l'économie de la RPDC se développe lentement mais sûrement avec des ouvertures sur le reste du monde : la Chine est le partenaire principal via des Chinois d'ethnie coréenne. Pékin mise sur les ressources naturelles comme les minerais ou le pétrole. Mais le pays souhaite aussi diversifier ses partenaires, ainsi un consortium égyptien a-t-il lancé le premier réseau de téléphonie mobile.


La Corée du sud entretient aussi des relations économiques avec le Nord. Une énorme Zone Economique Spéciale (ZES) a été lancée à Kaesong il y a environ 10 ans sur le modèle chinois, elle emploie plus de 40 000 travailleurs nord-coréens encadrés par des sud-coréens. La faiblesse des salaires en RDPC pourraient servir d'appel aux délocalisations en provenance du sud ou du Japon... Mais le contexte géopolitique tendu de l'année 2012-2013 ralentit périodiquement l'activité de la zone. D'autres ZES existent aussi dont une à la frontière sino-russo-coréenne, l'idée serait de faire un pont ferroviaire de la Corée à l'Europe de l'ouest via la Russie... Là aussi l'idée est ancienne et la réalisation lente.

A l'origine des sanctions l'Occident entretient très peu de relations économiques avec la RDPC, de même que le Japon. Reste que quelques sociétés françaises ou autres travaillent sur place. Certains dessins animés sont montés là-bas par une main d'oeuvre très qualifiée. Le niveau général de formation des nord-coréens est d'un très bon niveau, l'alphabétisation dépassant les 99 %.

Quid du tourisme ? Surtout chinois le tourisme tend pourtant à se diversifier entre deux périodes de tensions internationales.

Bref, la RDPC semble avoir les capacités pour devenir un "nouveau dragon" mais rien n'est encore certain. 

A noter aussi les silences du livre sur les conditions de travail réelles des nord-coréens. Impossible aussi d'évaluer le travail (et donc la richesse) founi par les camps de "rééducation" où des milliers de prisonniers travaillent. Sans les nier l'auteur n'en dit rien. Quant aux visites sur place elles demeurent encadrées par les officiels. Que faut-il en conclure ?

Date de dernière mise à jour : 05/07/2013

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