Sévère (roman)

Sévère, roman de Régis Jauffret, éditions Seuil

Couverture de "Sévère", de Régis Jauffret

Ce livre de R. Jauffrey aurait put s'intituler « autopsie d'un monstre » car le récit de la mort du banquier est avant tout l'histoire d'un homme, d'une femme et surtout d'une époque absolument monstrueuse.
L'auteur se cache derrière l'étiquette roman, jamais il n'écrit le nom de la narratrice ni surtout celui de la « victime », il s'agit pourtant bien sûr d'Edouard Stern et de sa maîtresse.

Dans un style simple il raconte à la place de la meurtrière les derniers mois d'une relation d'une perversité extrême entre un banquier sadique et une « secrétaire sexuelle » avide, le tout sous le regard d'un mari ambiguë...


Si cette histoire n'était pas vraie on n'y croirait pas ! La psychologie des personnages est trop simpliste, la caricature trop visible. Or, pour ce que l'on connaît de l'affaire Stern on est effectivement arrivé à un degrés d'abomination assez inouïe.

Sans le vouloir l'auteur fait surtout le portrait d'une époque, la mondialisation, qui rend la monstruosité de la situation plus crue encore.


E. Stern est un « fils de », héritier d'une fortune colossale, estimée à plus de 2 milliards de dollars. Il excelle dans la gestion de fonds et remonte la banque familiale au bord de la faillite ! Il se marie avec une héritière de la banque Lazard, aura trois enfants avec et divorce en 1998. Il gère des banques, les vends, les crée, engrange des bénéfices proportionnels à ce monde en fusion des années 90... c'est à dire démentiels !


Certes il n'est pas le seul à jouer à ces jeux avant la grande crise actuelle, mais sur la fin il prend des risques et se fâche même avec l'entourage de V. Poutine, moins favorable au pillage de la Russie que son prédécesseur Eltsine. Ami des politiciens français de tous bords Stern reste discret.

Le grand public découvre cet as de la finance internationale quand celui-ci est vraisemblablement tué par l'une de ses maîtresses (la narratrice du roman) qui lui tire 4 balles alors qu'il est habillé d'une combinaison en latex noir, au milieu d'une énième séance SM... Le banquier dévoile alors une face sinistre.

Condamnée à seulement 8 ans de prison la meurtrière explique mal son geste qui tourne autour d'un million d'euro donné puis bloqué par Stern pourtant d'une avarice incompréhensible... L'argent fou rend cette humanité ignoble, y compris le mari de la maîtresse, surendetté et qui louche sur cette manne, salaire de la haute prostitution de sa femme.

 
R. Jauffret raconte alors les détails de cette relation où se mêlent la folie, la violence, la démesure du banquier et l'avidité de la maîtresse.

Est-il question d'amour ? Vaguement.
L'important est dans la fatale loi de la sélection naturelle qui aboutit à la mort précoce du grand prédateur. Si l'auteur n'exagère pas le banquier ne pouvait vivre très vieux : paranoïaque il vivait entouré d'armes chargées, un de ses amis ministre français (mais lequel ?) lui avait même donné le droit de se promener armé en permanence (sic). Ses déboires en Russie le rendaient plus que méfiant. Sa maîtresse se sentait, elle aussi, menacée, visée, suivie... Il était aussi obsédé par les maladies et faisait passer à ses concubines des examens plus que complets, y compris psychologiques.
Cruel il aimait tuer les animaux, les simples bêtes domestiques ou les loups. Il testa même des mines antipersonnelles dans le parc de son château avec des chiens achetés le jour même (sic)... Ses caves débordaient de munitions, de bombes et d'armes de guerre.


Il adorait faire mal, faire pleurer, torturer psychologiquement. On retrouve là un parallèle (non fait par l'auteur) entre son caractère et sa façon de faire des affaires...

Mais le simple lecteur sera surtout affligé par la sexualité démoniaque du couple. Lui ne sait que faire pour fuir les démons de son enfance puritaine et elle est une prostituée-née prisonnière de par son histoire personnelle : son père est un érotomane et sa mère est dépressive... Incapable de travailler elle se spécialise très vite dans la distraction des puissants. Cela rapporte, mais elle dépense tout et revient toujours monnayer sa blondeur. Ecoeurant.

Darwin nous enseigne que les faibles mais aussi les plus inadaptés à l'environnement s'éliminent d'eux-mêmes. C'est le cas ici. Et c'est tant mieux. On tremble seulement que le banquier ait été très ami avec la fine fleur de notre caste politique. Il disait à sa maîtresse surprise de le voir rouler à n'importe quelle vitesse « je ne risque rien, les politiques me doivent tout, ils me sucent le fric comme la bite ».

 

 

 

Date de dernière mise à jour : 22/01/2013

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