Staline et son système

LA TERREUR ET LE DESARROI

Staline et son système de Nicolas Werth

 La terreur et le désarroi : Staline et son système  

Nicolas Werth, historien de l'URSS et russophone, a publié un recueil d'articles sur la période stalinienne.

Ces textes nous renseignent sur le système stalinien et surtout les résistances à son fonctionnement. Cela nous révèle un univers complexe et troublant qui trouve sa place dans un pays sortant des pires violences et aspirant à la modernisation.

Mais la tyrannie de Staline ne fut jamais incontestée : trois types d'opposition sont analysées dans les articles de N. Werth.

 

1. Les communistes

Les premières victimes du stalinisme furent les communistes soviétiques. Les grands procès de Moscou et la période 1937-38 éliminent plus des deux tiers des membres du Comité Central dont les opposants les plus résolus (Trotsky et les siens) avaient déjà été écartés.

Officiers de l'armée, ministres, responsables de secteurs de l'économie... Aucune élite du jeune Etat soviétique n'est épargnée. Ces purges qui voient des compagnons de Lénine avouer n'importe quels méfaits résultent autant d'une course au pouvoir du groupe qui entoure Staline que d'une opposition sourde de communistes à la collectivisation forcée des terres car localement bien des cadres du PCUS traînent les pieds pour appliquer une politique désastreuse.

Mais N. Werth montre aussi que certains procès de ce type en province éliminent aussi des responsables communistes haïs par la population pour leurs excès, cela expliquerait paradoxalement la solidité du système.

Après la mort du dictateur ce sont les survivants du Comité Central qui vont rapidement libérer la majorité des détenus des camps de travail et liquider le stalinisme au XX° congrès du PCUS en 1956.

 

2. Le monde rural

Au delà des communistes, c'est le monde rural qui est le plus rétif au stalinisme. Rappelant l'ancienne méfiance des campagnes russes vis-à-vis des lointaines élites urbaines l'auteur montre que ce sont les paysans qui ont le plus résisté à la collectivisation. Ils refusent de " donner " leurs terres récemment acquises après 1917 aux kolkhozes. C'est la volonté des Bolcheviques de démanteler les grandes propriétés terriennes féodales qui a rallié les ruraux à la révolution. Avec Staline les paysans croient que les grands propriétaires reviennent déguisés en communistes. Contre la collectivisation ils abattent leurs troupeaux, fuient ou deviennent des bandits de grands chemin qui attaquent les officiels dans les campagnes isolées. Les services soviétiques mettront des années à éliminer ces " bandits primitifs " de plusieurs centaines d'hommes écumant parfois des milliers de km² après les deux guerres mondiales.

Avant comme après la seconde guerre mondiale le monde rural russe raisonnera même de folles rumeurs généralement apocalyptiques mélangeant menaces de guerre et démantèlement des fermes collectives.

 

3. Le reste de la société

La durabilité du régime soviétique montre qu'il avait des partisans mais les archives compulsées par N. Weth démontrent également que les résistances au stalinisme ont été récurrentes : alors que le monde rural résiste confusément à la collectivisation le reste de la société est, elle aussi, rétive à la tyrannie : les gens se déplacent, migrent, font du commerce contre les lois en vigueur. En 1947, face à l'ampleur des vols Staline instaurera une loi d'une sévérité extrême qui montre à quel point son emprise sur la société est relatif, même et surtout après la victoire de mai 1945 qui a nécessité la mobilisation de toute la nation et l'assouplissement de certaines contraintes. Ainsi les persécutions antireligieuses cessent après 1941.

Si cette résistance ne fut pas politique, elle fut générale et se cristallisa sur la religion qui restera un espace non communiste de la sociabilité.

Sur les marges de l'URSS la situation est encore plus critique pour le pouvoir : des nationalistes (baltes et ukrainiens) luttèrent des années après 1945 contre l'annexion soviétique, tenant le pays profond et infligeant de lourdes pertes aux Soviétiques avant d'organiser des révoltes à répétition au goulag jusqu'à leur libération.

 

L'URSS de Staline ne fut donc jamais un Etat totalitaire abouti.

Pétrifiés par la terreur, résignés à une dictature modernisatrice ou encore las de la guerre les Soviétiques ne furent jamais ces " hommes nouveaux " entièrement dévoués à un génie. Comme toute société face à un pouvoir, la société soviétique résista constamment aux excès du stalinisme qui, jusqu'au bout, ne fut jamais sûr de ses arrières. Leurs divisions et le côté passéiste de ces oppositions expliquent leur échec face au pouvoir qui s'écroula finalement de l'intérieur.

 

Date de dernière mise à jour : 22/10/2014

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