Stangl, commandant de Treblinka

Qui était le commandant de Treblinka ?

Bien qu'ayant été réédité plusieurs fois "Au fond des ténèbres" de Gitta Sereny devrait être davantage lu et cité. 

C'est en effet le livre le plus complet et le plus proche de la réalité des camps de la mort. 

il est condamné à perpétuité pour avoir

dirigé l'une des pires machines de mort de l'Histoire

En 1967 l'ex directeur du camp d'extermination de Treblinka est arrêté au Brésil où il coule des jours tranquilles en famille, extradé en Allemagne de l'Ouest il est condamné à perpétuité pour avoir dirigé l'une des pires machines de mort de l'Histoire, 900 000 victimes innocentes au compteur !

Frantz Stangl se défend comme un honnête fonctionnaire qui a obéit à des ordres sans échapatoire possible et fait de son "mieux" pour améliorer le fonctionnement du camp... Ces mots font froid dans le dos.

C'est alors que la journaliste Gitta Sereny lui propose de s'entretenir avec lui des heures durant en attendant le procès en appel. Ayant tout à gagner à donner, une nouvelle fois, sa version le prisonnier accepte.

Débute alors un échange où perce l'Humanité

sous les horreurs que Stangl raconte

Débute alors un échange où perce l'Humanité sous les horreurs que Stangl raconte et dénonce.

Sereny enrichie son livre des témoignages de prisonniers et de gardiens survivants qui complètent, confirment ou critiquent le récit de l'accusé. Sa femme, au Brésil, raconte aussi sa version de la guerre...

Stangl et Sereny

Dur pour ne pas dire impossible d'avoir de la sympathie pour Stangl mais assez vite on découvre un homme ordinnaire qui n'avait ni convictions nazies ni même opinions politiques très nettes. Policier autrichien avant la guerre il devient un fonctionnaire compétent mais ni très zélé ni favorable au nazisme. 

Il est muté, presque par hasard, dans l'unité T4 qui liquide discrètement 80 000 malades mentaux et handicapés avant la guerre. Seules les critiques des Eglises et l'opposition de la population poussent Hitler à cesser le programme malheureusement presque achevé. Stangl fait donc ses armes dans cette unité où, comme à Treblinka, il gére sans tuer directement qui que se soit. 

il marche au milieu des cadavres en putréfaction

Il monte ensuite le camp de Sobibor puis est nommé ensuite à Treblinka où un chaos abjecte règne. Quand il débarque sur place il marche au milieu des cadavres en putréfaction, les bijoux, les affaires éparpillées et constate que les gardes ukrainiens et autres sont ivres au milieu de cet enfer.

Choqué par l'ambiance et plus encore par la fonction du camp qu'il dit découvrir -le meutre de masse industriel- il cherche à partir, se faire muter, etc. Mais ses compétences l'empêchent de partir. Il travaille donc, limite autant qu'il peut les sévices contre les détenus, multiplie les artifices pour prolonger l'illusion que le camp n'est pas la destination finale des déportés (fausse gare, fleurs, etc.) et boit le soir en attendant une hypothétique mutation. En somme "il s'habitue". Les Juifs sélectionnés pour rester vivants et utiles font, paradoxalement, de même : ils s'habituent et redoutent même la fin des convois qui signifierait leur mort... Ils préparent néanmoins une révolte.

Bien sûr Sereny demande plusieurs fois à Stangl si il se sentait coupable, lui ne répond rien ou alors "non", il ne faisait qu'obéir en cherchant tous les moyens possibles de fuir. Pourquoi n'a-t-il pas changé la vie des détenus ? Il répond qu'il n'était pas le seul maître à bord et que toute résistance l'aurait mené à la peine de mort sans que le sort des victimes soit différent "ne serait-ce qu'une seconde". Comment lui donner tort ?

Les travailleurs juifs sélectionnés pour "travailler" au camp (trier les affaires, brûler les corps, faire la cuisine, etc.) voient dans Stangl un homme distant, peu impliqué dans le travail de base, ni cruel, ni bon. Ils redoutaient plus les gardes SS dont certains étaient à peu près corrects et d'autres sadiques au possible !

Stangl s'étonnera toujours de la passivité des déportés, surtout de ceux de l'est, très différents des Juifs de l'ouest dont beaucoup parlaient allemand. Sans jamais haïr qui que se soit, Stangl avoue simplement du "mépris" pour ces "cargaisons" qu'Hitler veut liquider pour les voler (dixit Stangl). Ses contacts avec les travailleurs déportés sont rares mais plutôt bons, aussi humains que possible... mais aucun survivant ne témoignera en sa faveur au tribunal.

Visiblement le Vatican a aidé

Le livre se poursuit par le récit de la fuite de Stangl au Brésil via la Syrie. Une histoire bien moins rocambolesque qu'on a bien voulu le suggérer sur les réseaux d'évasion nazis. Visiblement le Vatican a aidé plusieurs vagues de réfugiés à concurrence de ses moyens et sans réelle distinction d'opinion : avant 1939, pendant les persécutions nazies et ensuite ceux qui étaient du côté des vaincus, Stangl entre autres. Visiblement Pie XII n'a pas eut de politique arrêtée en la matière, comme pape il a toujours travaillé à la sauvergarde de l'Eglise comme organisation indépendante des Etats. L'ennemi n°1 fut bien sûr le communisme stalinien mais l'ampleur des persécutions nazies choque ! Une petite partie de l'Eglise se rallie à Hitler, généralement en Allemagne. Ailleurs, le clergé est plutôt dans la résistance et l'aide aux Juifs. C'est le cas à Rome où le pape encourage les monastères à cacher les persécutés. Hitler, soucieux de ne pas heurter trop frontalement le Vatican, laissera faire. A partir de 1944 le nouveau rempart contre Staline siège à Washington.

Stangl, comme d'autres, arrivent à Rome et sont aidés par un évêque, Hudal, ouvertement proche de l'extrême-droite mais ayant ausi aidé des Juifs et des Anglais quand les Allemands occupaient l'Italie. Le Vatican le laisse simplement faire. Sérény rappelle qu'à cette époque plus de 20 000 réfugiés s'entassent à Rome. Pour la Croix Rouge la priorité est de les faire circuler. Stangl en profite.

Martin Bormann n'a pas survécu

Sereny questionne aussi ses interlocuteurs romains sur Martin Bormann, secrétaire de Hitler qui a "disparu" en 1945. On spécule alors depuis des années sur sa fuite en Amérique du sud. A Rome, à cette époque, on est très prudent. On a "vu" Bormann, mais jamais directement. Sereny sait qu'un dentiste a identifié le cadavre de Bormann enterré à la hâte en 1945. Bien plus tard des tests ADN confirmeront la mort du nazi. Le spectre d'une organisation nazie tentaculaire, secrète et puissante se dissipe.

Stangl et les autres allemands

survivent comme ils peuvent

En Syrie comme au Brésil Stangl et les autres allemands survivent comme ils peuvent. Là aussi, personne ne tire les ficelles. Seules les compétences techniques de l'ex SS lui valent emploi et salaire.

C'est Simon Wisenthal qui trouvera Stangl au Brésil, il aura beau sous-entendre qu'il a fallu du temps, force est de constater que l'autrichien ne se cachait pas.

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Gitta Sereny discute une dernière fois avec Stangl un dimanche aprés-midi, et, il finit presque subrepticement par admettre une responsabilité personnelle dans le meurtre des déportés. "J'étais là, j'étais donc responsable..." L'auteur remarque alors que l'espace d'un instant, il devient le brave type lucide et sensible qu'il aurait dû être.

Dix-neuf heures plus tard il décède d'une crise cardiaque, fragilité dont il souffrait depuis des années.

Date de dernière mise à jour : 29/04/2014

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