Vies ordinaires en Corée du Nord. Livre de B. Demick

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Voyage à l'intérieur d'un pays fantôme

Ce livre de témoignages de la journaliste états-unienne B. Demick a le mérite de faire parler des nord-coréens ordinaires. Des gens simples qui sont passés en Corée du Sud et qui racontent leur vie quotidienne dans le pays le plus troublant du monde.

Première surprise, les transfuges ont peu d'idées politiques, leur hostilité au régime nord-coréen n'est venu très tardivement et sans la famine des années 95-98, ils n'auraient sans doute jamais fuit le pays. se résignant à une vie plus que modeste... La plupart de la population a peur des sanctions mais aussi parce que la plupart des citoyens de la Corée du Nord "croient" dans leur pays... et un peu dans leurs dirigeants !

En effet, depuis la défaite japonaise de 1945 et la fin de la guerre de Corée en 1953 le régime de Kim Il Sung a systématiquement exploité le fond culturel confucéen et le nationalisme coréen pour apparaître comme le champion de l'indépendance nationale, accusant le Sud d'être aux mains des impérialistes états-uniens. Accusation longtemps justifiée par la dictature militraire du sud pro-us. La Corée du Nord vénère donc ses dirigeants, sa nation et bien peu Lénine ou Marx !

De plus, jusque dans les années 1960 la Corée du Nord multiplie les succès. Un rapport de la CIA admet même les succès du régime collectiviste à cette période : santé gratuite pour tous, éducation de base, production industrielle, valorisation de la femme, etc. A tel point que certains Coréens du Japon et certains Coréens chinois déménagent en Corée du Nord !

Dans une Asie (communiste ou libérale) alors très autoritaire le communisme nord-coréen est une sorte de moindre mal entre la misère infâme du reste du tiers-monde et les Etats "fantoches" contrôlés par les USA...

Mais le monde change. La Chine entame des réformes et développe son économie, la Corée du Sud se démocratise et devient une économie performante, l'URSS périclite... Et pendant ce temps à Pyongyang ? Le régime se fige, se referme sur lui-même, répétant les mêmes slogans. La population est progressivement coupée du reste du monde, abrtuie par une propagande qui lui fait croire que la guerre est imminente et que la Corée ne peut compter que sur elle-même...

Passant du féodalisme de l'occupation japonaise au paternalisme tyrannique de la dynatise Kim, la Corée du Nord se fige, se gèle dans son "modèle".

 

Kim Il Sung meurt, son pays avec !

1994. L'URSS est déjà morte, la Chine est devenue une puissance en construction et la Corée du Nord perd son "grand leader", une page se tourne alors que le pays plonge dans une crise énergétique sans précédent. Sans le pétrole bon marché de l'URSS et sans l'aide de Pékin, le pays s'arrête progressivement.

Comptant sur sa population disciplinée et voulant poursuivre ses efforts en vue d'obtenir la bombe atomique (chose faite en 2006), le régime abandonne des millions de citoyens des petites villes et des campagnes. Les dernières ressources iront aux grandes villes, à l'armée de plusieurs millions de soldats et au complexe militaire !

Pour les Coréens ordinaires, la famine approche et les personnages interrogés par B. Demick voient leurs certitudes vasciller à mesure que leurs proches meurent par dizaines. Une femme médecin voient ses patients mourrir sans soins, une institutrice voient ses élèves passer de 60 à 15 en un an, un étudiant brillant de la capitale n'écrit à sa petite amie que sur des marges de journaux, les lettres mettant des semaines pour faire 400 km., etc.

Face à cette situation qui aurait coûté la vie à environ 1 million de gens (sic) le régime lâche ses polices mais mêmes les membres du Parti ont faim et ceux qui arrivent à s'en sortir peuvent facilement corrompre les flics de base ! Ainsi la ville de Chongjin (nord-est du pays) voit-elle son quotidien chamboulé : des affâmés survivent autour de la gare sans perspectives tandis que des marchés privés sauvages émergent et que des (petites) fortunes apparaissent. Les Femmes, souvent "traditionnelles" deviennent parfois des petites entrepreneuses tandis que les maris doivent continuer à occuper des usines à l'arrêt, sans salaires depuis des mois...

On cherche toute la journée du petit bois, des herbes sauvages, des plantes médicinales, la prostitution se développe... L'Etat organise la pénurie avec un semblant de justice et d'efficacité alors que des centaines puis des milliers de nord-coréens se résolvent à passer en Chine puis en Corée du sud... Les accidents sont fréquents, les arrestations possibles mais qu'est-ce qui est pire que la famine ?

réalité

détournement de la propagande nord-coréenne

Et si la Corée du Nord n'était qu'une super dictature militaire ?

Qu'est-ce qui fait durer le régime ?

Dans les années 95-2000 on murmure que la Corée du Nord est sur le point de tomber.

Or, le régime est toujours là, en passe de passer le pouvoir de Kim Jong Il à son fils Kim Jong Un... Historiquement, les famines n'ont jamais briser les gouvernements. L'Etat est d'ailleurs le dernier mécanisme de régulation de la famine... même si dans le cas nord-coréen la responsabilité des autorités est lourde. Ainsi les ONG, peut-être infiltrées par des espions, ont été si contrôlées qu'elles ont quitté le pays. Seule l'ONU agit encore en accusant régulièrement la Corée du Nord de violation massive des Droits de l'Homme et décrit les conditions de vie misérables.

Bien sûr les choses se sont lentement améliorées depuis la mort des plus faibles, mais les pénuries restent  fréquentes et une majorité de nord-coréens souffrent de malnutrition (le pays ne produit qu'environ 50 % de sa nourriture). Dès lors, se consolent-ils des succès atomiques de leur gouvernement ?

Les transfuges sont catégoriques, seule le peur de voir toute la famille être enfermée empêchent des individus de se révolter. Les traditions confucéennes renforcent encore le culte du "père" et du "fils" de la nation. Pour combien de temps car la famine des années 90 a fortement remué la société, les maigres succès du communisme ne trompent plus personne.

Même si l'auteur ne se prononce pas sur les raisons de la durabilité du régime on peut avancer l'idée simple que la Corée du Nord est, avant toute chose, une dictature miliraire pure et simple. Quel pays finance autant sa "défense" ? Quel pays est dirigé par des généraux ? Quel pays a une économie contrôlée par des secteurs de l'armée ? Kim Jong Il et ses proches sont, sans doute, les "élus" d'une caste militaire qui, comme dans pas mal de pays pauvres, contrôlent en sous-main la politique.

 

Article "Etrange Corée du Nord"

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