Jan. 2026
Empire = guerre
L’expédition contre Maduro -et surtout la captation des ressources vénézuéliennes par des multinationales us- illustre la continuité, et non le « retour », de la politique impérialiste des États-Unis.
Depuis la fin du XIXᵉ siècle, lorsque les États-Unis sont sortis de leurs frontières, les élites politiques et économiques de ce pays administrent conjointement un empire. Rien de moins. Les idéologies affichées -libéralisme ou autoritarisme- servent moins de boussoles que d’outils de mobilisation d’un électorat largement conditionné par de la « bonne télé ». Lénine expliquait déjà la Première Guerre mondiale par le poids de grandes entreprises si puissantes qu’elles dictaient la politique étrangère des pays dits « développés ».
Dès le XIXᵉ siècle, les premières industries avaient des besoins en ressources dépassant largement les frontières politiques. Il en résulta la colonisation, puis l’affrontement de 1914-1918, où les intérêts financiers furent déterminants. L’entrée en guerre des États-Unis, contre l’opinion publique, obéissait à des logiques économiques évidentes.
Empire continental devenu mondial après 1945, l’Amérique contemporaine ne peut être autre chose qu’un empire structuré autour de ses flux entrants et sortants. Machine à innover, le capitalisme exige des volumes colossaux et croissants d’énergie, de capitaux et de matières premières.
L’énergie affole déjà Wall Street avec les besoins massifs de l’intelligence artificielle -le prix de l’uranium en est un symptôme. Les capitaux proviennent de l’épargne locale ou mondiale, notamment via les 15 000 milliards de dollars sous gestion de BlackRock. Quant aux matières premières, la rivalité avec la Chine éclaire l’appétit pour les territoires du Nord (Canada, Groenland) comme du Sud (Venezuela, Colombie…). Dans les sous-sols comme dans l’espace, il devient vital d’écarter les concurrents extérieurs.
Consommateurs addicts, nous regardons cette « bonne télé »
Consommateurs addicts, nous regardons cette « bonne télé » sans réelle prise sur le cours des choses. Faut-il choisir l’empire chinois ? Tenter une neutralité à la suisse ? Servir le parrain new-yorkais ?
Plus l’innovation s’accélère, plus les contradictions du système s’aiguisent, les guerres servant de soupapes. L’économie de guerre présente des avantages décisifs : elle relègue toutes les autres questions, instille la peur et enrichit les riches. « La guerre, stade suprême du capitalisme », écrivait Lénine en 1916. Rien de nouveau sous le soleil de Caracas.
Les progrès fulgurants de l’IA -et demain de l’ordinateur quantique- exigeront toujours davantage d’intrants. Un simple smartphone agrège des composants venus du monde entier. Lorsqu’ils se raréfient, la loi du plus fort s’impose, comme elle l’a toujours fait. Trump n’est donc ni un rebelle ni un prophète : seulement un démagogue à la César. La paix par la force, le capitalisme comme moteur, la télévision comme religion, capable de désigner quelques boucs émissaires à la peau sombre.
A. Karp, fondateur de Palentir "nous sommes là pour exterminer les ennemis"
Preuve supplémentaire : la militarisation désormais assumée des géants d’internet, passés de l’utopie post-contre-culture à des machines de guerre, à l’image des deux fondateurs illuminés de Palantir (lien).
Après 1917, les peuples disposèrent du communisme comme alternative ou comme outil de résistance. Mais celui-ci a échoué partout, y compris récemment au Venezuela. Dès lors, que faire ?
Cynisme mis à part, il vaut peut-être mieux investir que fuir.