SYRIE : pourquoi le régime TIENT

Les partisans du régime manifestent aussi...

La Ligue arabe vient de suspendre la Syrie de ses instances. Damas ne respecterait pas le plan de sortie de crise préparé par cette institution. Or, si le régime syrien n’est pas innocent et nullement au dessus des critiques de sa population il est certain que les partisans du régime ne sont pas si rares. Ils manifestent souvent par milliers à Damas et ailleurs. De plus, la chute du Baas syrien ouvrirait une boîte de Pandore comparable à la saignée irakienne voisine…
 

1. Une contestation massive et justifiée

Les manifestations massives de mécontentement syrien ne sont pas le fruit du hasard ou de manipulations étrangères. Même les partisans de Damas admettent que le pays devait faire des réformes, changements acceptés par Bachar el Assad lui-même. En effet, comme ailleurs dans le monde arabe (ou même ici en Europe) le pouvoir politique et économique est entre peu de mains. Les « amis » du président et les proches des ministres installés sont généralement des hommes d’affaires avisés.

Les Communistes syriens affirment que les réformes économiques de ces dernières années ont exclusivement profité à ces cercles opaques.

Sclérosé, paralysé dans une culture politique violente et en butte aux pressions internationales (surtout depuis la mort de R. Hariri au Liban en 2005), le pouvoir syrien n’était guère pressé d’ouvrir le champ politique aux opposants parfois sincères et patriotes mais souvent stipendiés par l’étranger comme les Frères Musulmans, particulièrement retors depuis 1982 quand leur soulèvement à Hama avait été noyé dans le sang…

Peu habitué à faire face à des manifestations importantes le régime a vite joué la carte de la fermenté tout en précipitant des réformes qui arrivent peut-être trop tard alors que des milliers de gens manifestent dans plusieurs régions depuis des mois… De plus, les premiers morts et les mauvais traitements infligés aux manifestants arrêtés ont logiquement décuplé le mécontentement…

 
2. Les piliers du régime

Pourtant, le régime ne s’est nullement effondré comme en Tunisie. L’armée n’a pas pris le pouvoir comme en Egypte et aucune défection importante n’a vidé le régime de l’intérieur comme en Libye. Au contraire, la poursuite des manifestations semble avoir soudé les partisans du Baas bien moins rares qu’escomptés en Occident.

Premièrement le Baas c’est un parti-Etat qui tient le pays solidement. Comme dans tout régime autoritaire de ce type il y a une pyramide d’agents et de partisans qui irrigue la société de mouchards et de militants qui relaient un discours nationaliste parfois exagéré mais parfois pertinent. En effet, si le mécontentement des syriens est réel et justifié, les manipulations de l’étranger pour faire tomber le régime sont inacceptables.

Deuxièmement la violence de la guerre civile irakienne (qui a touché les irakiens de toutes confessions) pousse les Chrétiens syriens (et les réfugiés irakiens) a soutenir ouvertement ou passivement le régime. En effet les Chrétiens syriens n’ont jamais été persécutés en tant que Chrétiens. Même constat pour certaines femmes éduquées qui redoutent un recul de leurs droits comme en Libye.

Même chose pour les autres minorités comme les Alaouites très influents au somment de l’Etat et du Baas. De plus, les Sunnites ne se sont pas tous révoltés. Les grandes villes sunnites comme Damas sont restées globalement calmes de par la surveillance du régime mais surtout parce que les commerçants sunnites sont liés au régime ne serait-ce que pour leurs affaires.

Quant aux Kurdes, ils sont restés calmes, comme « neutres » vis-à-vis du pouvoir, redoutant d’y perdre dans une Syrie islamiste ou contrôlée par une majorité proche d’Ankara.

A plusieurs reprises les manifestants ont souligné leur refus du communautarisme… Sans convaincre. 


3. Géopolitique de la crise syrienne

Sans le soutien de Pékin et Moscou qui sait si le régime serait tombé… La pression des Occidentaux est réelle. L’opposition syrienne est ouvertement accueillie par la Turquie et soutenue par Paris et Washington qui rêvent peut-être d’une nouvelle expédition libyenne… Bien des opposants syriens de longue date refusent catégoriquement le « soutien militaire » d’un Occident avide de néo-colonialisme.

Reste que les « frères arabes » de la Ligue du même nom aggravent la situation pour se débarrasser d’un régime non sunnite et plutôt progressiste. C’est le cas de l’Arabie Saoudite qui a déjà écrasé militairement la révolte chiite à Barhein et qui laisse les extrémistes wahhabites appeler au massacre des Alaouites par ondes interposées. Rien de moins ! Mais que fait BHL et le PS ?

Étonnement Israël (qui a bombardé une installation nucléaire syrienne en 2007) reste sur la réserve. En effet, la chute de la Syrie baasiste serait un facteur de déstabilisation trop important. Mieux vaut pour les Sionistes une Syrie en difficulté qu’une Syrie éclatée.

Logo de "l'armée syrienne libre", un groupe armé ?

La violence des évènements qui opposent à présent l’armée syrienne à des groupes de déserteurs est de sinistre augure. Les centaines de morts du côté des mécontents est un drame, mais la fin d’un régime somme toute critiquable, n’en demeure pas moins une hypothèse terrifiante au regard de l’invasion de l’Irak et du cas libyen.

Liens : interview de G. Munier sur la situation en Syrie ; le site INFOSYRIE  (relaie le point de vue de Damas) 


Date de dernière mise à jour : 29/11/2011

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