Un Thani qui nous veut du bien…

Que veut l'émir du Qatar ?

 Pendant longtemps le Qatar n’a été qu’un émirat du plus dans le Golf arabo-persique. Mise à part le Koweït connu après ses différends avec l’Irak peu de gens savaient faire la différence entre les Emirats Arabes Unis, le Qatar ou Bahreïn… 

Or, depuis quelques années le Qatar se détache du lot et développe une activité importante dans le monde arabe (intervention en Libye…) mais aussi en Occident (investissements en France). Pourquoi une telle activité et dans quels buts ? Le Qatar est-il une monarchie archaïque, une baronnie islamiste ou une démocratie en gestation ?


Un émir au dessus de tout soupçon

Quand l’émir actuel renverse son père en 1995 le Qatar est réellement indépendant depuis peu d’années. Longtemps ce fut un protectorat britannique aux richesses naturelles pompées par des trusts occidentaux. Une sorte de Koweït bis. Or, Hamad ben Khalifa Al Thani a quelques idées originales pour un roi de plus dans un univers très influencé par la féodale Arabie Saoudite. Rappelons que la vieille tyrannie wahhabite a écrasé avec ses soldats le « printemps arabe » au Bahreïn voisin, un autre petit pays voisin du Qatar.

Pour qui roule Al Jazeera ?

Al Thani, comprenant que son pays ne sera pas aussi puissant que l’Arabie ou l’Iran, décide de miser sur les domaines délaissés par les puissants voisins : ce sera en 1996 l’information avec la création de la première chaîne d’information arabe al Jazeera (l'île) qui se démarque par sa liberté de ton et la variété de ses points de vues : elle donne la parole aux puissants mais aussi aux opposants, aux islamistes, aux modernistes, etc. Une première dans le monde arabe. Cette chaîne sera à la pointe de l’information critique quand les USA envahiront illégalement l’Irak en 2003. Pourtant Al Thani restera toujours un allié fidèle de Washington qui déménagera même son commandement régional pour le Moyen-Orient à Doha, capitale du Qatar. Double jeux ?


En interne l’émir libéralise quelque peu le pays en faisant adopter une constitution « démocratique » en 2003, des femmes deviennent ministres même si l’émir demeure le seul chef de l’Etat. Sa troisième femme se distingue par son activisme au niveau des ONG. Libéralisme ou agitation ?
Au quotidien les Femmes peuvent conduire, l’alcool est toléré et les discothèques ne manquent pas pour distraire étrangers et nationaux. Les travailleurs immigrés même exploités semblent moins écrasés que dans les pays voisins (Arabie Saoudite en tête).


Une petite puissance mondiale ?

l'armée du Qatar est entraînée par des Français

Or, cette évolution plutôt positive change de dimension quand les fonds du pays (alimentés par les richesses naturelles) donne à l’émir d’autres idées :
C’est une volonté affichée de compter dans les grands évènements symboliques comme la coupe du monde de football décrochée pour 2022 à coups de milliards…


C’est surtout une politique d’investissement en Occident qui montre que le Qatar veut devenir une petite puissance internationale. Via son fond souverain, le Qatar Investment Authority le pays rachète 70 % du PSG mais aussi des parts du groupe Lagardère (10 %), Vinci (5 %), Total (2 %)… Mais aussi dans de nombreux autres pays et secteurs (lien). Bref, une intelligente politique de diversification de ses avoirs pour transformer ses richesses naturelles en capitaux dans le monde entier.


Or ces investissements ciblés dans le monde en général et en France en particulier ont une influence politique


Le Qatar bailleur de fonds de l’islamisme ?

Y. Al Qaradaoui, un prédicateur qui parle depuis le Qatar

L’affaire a fait quelques vagues quand le Qatar a annoncé vouloir prêter 50 millions d’euros aux jeunes investisseurs de banlieue en France. Projet reporté à après les présidentielles. Une sorte de politique de « ségrégation positive » ? Sans doute mais surtout la preuve que les investissements financiers peuvent aussi avoir leur pendant politique… et religieux ! De plus la France ne soumet pas les ressortissants du Qatar à l’impôt sur les plus-values immobilières. Pourquoi un tel favoritisme ? Sarkozy doit-il quelque chose à l’émir ?


Dans le monde arabe le Qatar veut profiter des « révolutions arabes » : al Jazeera a abandonné son relatif professionnalisme pour devenir la porte-parole de certains islamistes. C’est flagrant en Syrie où la chaîne qatarie a notoirement déformé la réalité en défaveur de Damas.


Jeu encore plus trouble en Libye où le Qatar a aidé militairement la France et le Grande-Bretagne contre Kadhafi mais surtout a armé massivement des groupes islamistes aujourd’hui indépendants du nouveau régime. Que faut-il en conclure ?


Et, si les intégristes ne sont guère puissants au Qatar même, certains prédicateurs fous furieux ont micro ouvert sur al Jazeera. C’est le cas de Youssef Al Qaradaoui, un prédicateur connu pour ses diatribes antisémites et homophobes au caractère parfois proprement délirants (exemple : les femmes doivent se voiler intégralement à l’exception d’un œil !). Il ne viendra pas en France cette année, mais a toujours été proche de l'UOIF, interlocuteur islamique de Sarkozy pendant des années.


De plus, si le Qatar n’a jamais été proche des réseaux al Qaïda l’organisation de Ben Laden n’a jamais visé ni menacé l’émirat pourtant allié des Etats-Unis… Troublant non ? Les USA négocient là-bas avec les Talibans.


Pour conclure le Qatar a donc une triple stratégie :
- Exister entre l’Iran et l’Arabie Saoudite en attirant personnalités et évènements internationaux.
- Dans le monde arabe l’émirat souhaite orienter les révolutions vers des gouvernement islamo-conservateurs (via l’aide financière).
- Vis-à-vis de l’Europe le Qatar investit des fonds importants non sans attendre en retour une influence politique car qui paie l’orchestre choisit la musique.

Date de dernière mise à jour : 05/04/2012

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