La métasexualité

Wauquiez

Le sexe rêvé (métasexualité) est devenu une religion

c'est à dire un système de normes

Vraie liberté après des millénaires de morale (sexe reproductif-légitime) elle-même réponse à des déterminismes matériels lourds (survie, propriété) la sexualité récréative n'a cessé de se répandre au fur et à mesure que les sociétés s'enrichissaient et s'urbanisaient. Avec la diffusion croissante des informations le sexe est devenu non seulement une pratique mais plus encore un discours normatif puis actuellement une religion c'est à dire un système de normes, de savoirs, de représentations qui positionnent les gens. C'est la métasexualité ou système de valeurs issu de l'idée qu'on se fait de la sexualité non vécue mais perçue. Internet a transformé le sexe rêvé-fantasmé en discours mondialisé. Et surtout en discours crédible, en croyance et donc en pratiques.

XVIII°s : Médecins et libertins discourent sur la sexualité qui devient a-morale

Alors que les jouisseurs de la fin de la Renaissance étaient visés par des procès et même des condamnations, les Libertins du XVIII°s sont laissés tranquilles même si leurs romans (diffusés de façon importante) théorisent la liberté des corps contre le consensus moral de l'époque. Le pouvoir de l'Eglise est ridiculisé, de même que la famille traditionnelle. Dans ces milieux cosmopolites, curieux et volontiers voyageurs le mari et la femme sont souvent des « célibataires géographiques », ils assument leurs « aventures » et s'occupent rarement concrètement de leurs enfants. Ils utilisent la plume pour raconter leurs "exploits".

Vers la fin du XVII°s des médecins commencent à traiter de la sexualité comme faisant partie de la problématique du bien-être physique et surtout du bien-être de la reproduction : ainsi le médecin Nicolas Venette écrit un ouvrage souvent réédité,  Tableau de l’amour conjugal (1686) qui théorise l'idée que la femme doit être érotisée pour favoriser la reproduction. Il s'adresse bien entendu aux élites qui cherchent à contrôler et transmettre dans les meilleures conditions leurs patrimoines symbolique, culturel et foncier. La « médecine » commence donc, en parallèle des religieux, à avoir un discours normatif sur la sexualité qui est présentée comme possiblement agréable afin de faciliter la procréation. Cette sexualité « scientifique » a-religieuse rencontre les préoccupations des élites qui cherchent alors à obtenir des héritiers (moins souvent des héritières) « beaux ».

Il faut y voir une volonté de pouvoir et de contrôle de la jeunesse ainsi qu'une façon de se distinguer du vulgaire à la sexualité parait-il plus débridée et sale. Mais derrière cette doxa qui complète les interdits catholiques survit le libertinage. Il se développe même comme un contre-discours.

faire du libertinage une culture en soit

(archive 2013)

Le travail et la vie de Crébillon fils (mort en 1777) théorise le libertinage qui ne cesse de se prolonger avant 1789 avec par exemple Les liaisons dangereuses de Laclos (1782) qui achève de faire du libertinage une culture en soit, bien séparée de la culture majoritaire mais cohabitant aussi avec elle à la marge car les Libertins, bien installés dans la société, subvertissent de l'intérieur la doxa catholico-monarchique. Cela explique le parcours de Mirabeau ou Sade, à la fois nobles, libertins et révolutionnaires.

Les périodes de grands désordres comme les guerres civiles asphixient brutalement ces micro-sociétés libertines. Ainsi la quête de l'ordre sous Napoléon suspend les vélléités libertines. Il en fut, semble-t-il, de même sous Auguste après les guerres civiles romaines : Auguste, Napoléon ou même Staline renforcent par la loi le mariage et condamnent l'adultère. Le but n'est pas tant moral que social : solidifier la société autour de valeurs et d'institutions stables alors que les autocrates se présentent comme des pères.

XX°s : la culture pornographique se diffuse partout

Le XX°s est dans la droite ligne du siècle précédent : quand un pays accède à un certain degrès de connectivité (alphabétisation, communication, circulations...) la culture pornographique se diffuse au delà des niches et des marges où elle survivait jusque là. A noter que cette culture -avec ses codes, ses œuvres classiques, son vocabulaire- est véhiculée principalement dans les grandes villes via l'imprimé puis les images et plus rapidement encore après l'invention du cinéma. Elle fonctionne et se présente comme une avant-garde.

C'est aux Etats-Unis que des médecins aussi curieux que révolutionnaires étudient la sexualité humaine avec les méthodes scientifiques du XX°s : Kinsey, Masters et Johnson (années 50-60) ont une approche expérimentale et amorale de la sexualité humaine.

En 1960 la première pillule contraceptive est autorisée aux USA (1967 en France), chimiquement le sexe et la reproduction sont plus que jamais séparés. Moins déstabilisant du fait de la rareté des grossesses non souhaitées le sexe récréatif se popularise par exemple avec le succès grand public du magazine Playboy (années 50) ou plus tard l'énorme succès de librairie de livres ouvertement érotiques comme Emanuelle (1959) composé par un couple qui condense toute la philosophie libertine.

Bien avant internet le corps devient sa propre marchandise : à la chirurgie réparatrice succède la chirurgie esthétique où l'individu choisit seul de modifier son apparence pour se rapprocher des canons de beauté érotiques véhiculés par des médias privés comme la Cinq en France qui défraie la chronique en proposant de diffuser en prime time un film érotique à la fin des années 80. Scandale qui est surtout un énorme coup de pub.

A cette époque il y a toujours un medium entre l'amateur de pornographie et le produit pornographique. De même les premières images n'ont pas été d'un accès aisé. Dernière limite de l'Etat à cette culture en voie de massification : le classement X de certains films (1974) et donc des difficultés pour y avoir accès.

Finalement, toujours plus ouverte, connectée et médiatisée la culture du X sort définitivement de ses frontières traditionnelles en 1984 quand la chaîne à péage Canal + se fait connaître en diffusant une fois par mois un film X. Le succès est immédiat et massif. Ce n'est pas un hasard si cela a lieu en parallèle du sport, autre discours à la fois dominant et populaire qui subvertie les hiérarchies dirigeantes sans les remettre vraiment en cause. Le modèle du carnaval se diffuse en parallèle de l'apparition de nouvelles inégalités.

Si le X sort du placard dans les années 80 c'est que les mentalités se sont individualisées après la ruine du gauchisme culturel des années 60-70. Après la gueule de bois de 68 il reste la consommation, dont la consommation de produits culturels, X compris

le tourisme « non familial » est massivement pratiqué

Quand internet arrive dans les années 90 le terrain sociétal est déjà labouré depuis des années par le X qui reste une culture sous-terraine mais connue par des millions de gens qui consomment des films et de la littérature X de façon presque directe, c'est à dire en passant de moins en moins par le filtre des commerces spécialisés. C'est aussi l'époque où le tourisme « non familial » est massivement et publiquement pratiqué en Thaïlande depuis les années 1960 ou même dans le reste de l'Europe grâce au marché commun (succès actuel et ancien de la prostitution légale et mondialisé en Espagne ou en Allemagne), en attendant le raz-de-marée prostitutionnel après 89...

De la réprobation générale on passe à l'indifférence puis au soutien indirect au nom de la liberté d'expression. Une liberté de plus dans une époque qui se veut libérale. Après les religions instituées c'est l'Etat qui se déclare neutre par son silence.

Les débats actuels et anciens sur la « majorité sexuelle » se posent régulièrement du fait de l'extension de la sexualité à tous les âges de la vie (retraités compris).

C'est aussi l'époque où le consensus patriarcal se fissure avec le féminisme qui ne peine pas à dénoncer les traditions qui minorent toujours la place de la Femme dans les lieux et symboles du pouvoir, le sexe espéré ou supposé est une façon de se promouvoir...

La Femme moderne passe généralement du statut de mère ou fille à celui d'individu libre écrasé par de nouvelles normes : c'est à dire un physique bien précis ainsi qu'une injonction à plaire et jouir tout à fait nouvelle. Là aussi le sexe rêvé et espéré sert de language universel, de code pour cette nouvelle culture et mode de vie.

Là aussi le message métasexuel est « religieux »  : faciliter les contacts, le partage, la pluralité, la multiplicité des plaisirs comme porte d'accès au « paradis », or religion veut dire relier. On peut même y retrouver les figures du prêtre et du théologien... En effet, on est là dans la théologie, le mythe car la réalisation par exemple du sexe à plusieurs est rare, rarement réussie et surtout nécessite des conditions de réalisations qui correspondent à des moyens sociaux importants où intervient fréquemment la prostitution, on est loin du paradis à portée de tous.

Il faut faire la différence entre la pratique et l'idée. Si la pratique reste marginale, l'idée, elle, est générale. Il en va ainsi des messages religieux : la sainteté ou les miracles catholiques étaient plus que rares mais leurs messages, eux, étaient répandus et acceptés. Quand les masses doutèrent de l'existence de ces "réalités" la religion commença à perdre de sa substance pour devenir un patrimoine culturel de plus en plus insignifiant. Actuellement la métasexualité est au stade du christianisme primitif : il se répand de façon rhizomique.

Résumons-nous : le libertinage a toujours existé dans certaines élites. Quête individualiste des plaisirs sexuels débarrassés de la morale officielle le libertinage s'éteint quand les élites disparaissent ou sont reprises en main mais il se diffuse largement quand la société s'y prête : le libertinage concurrence puis se superpose aux religions dominantes, sa "moralité" remplace la précédente.

La porn cultur est une sorte de protestantisme

Le néo-libertinage se diffuse lentement via les moyens de communication modernes. La facilité de déplacements puis l'explosion des moyens de communications permettent à l'individu d'être davantage maître de ses choix. Du moins en apparence. La porn cultur est donc une sorte de protestantisme : une protestation contre le dogme d'une sexualité régentée par la société et canalisée vers la seule reproduction.

Dans les années 1950 tant à l'est qu'à l'ouest la natalité en baisse et les moyens de contraceptions modernes séparent sexualité-plaisir et sexe-reproductif. Le X ne cesse dés lors de se diffuser sous forme de sous-culture cette fois-ci dans toute la société. Bientôt le capitalisme du désir utilise même le X comme vecteur publicitaire et efficace pulsion d'achat.

désirer c'est acheter

La réalité de la pornographie est connue. Il s'agit d'un monde souvent sordide où les faux-semblants et la déception règnent, les allégations concernant la violence et la drogue pullullent. Il en est de même du reste de la prostitution qui demeure une activité économique ultra-libérale où l'exploitation et la traite humaine règnent. Le tout, bien sûr, sans frontières. Comme dans tout enfer libéral le consentement apparent des travailleurs-travailleuses est conditionné par les rapports de force économique souvent mafieux d'autant que les Etats légifèrent et réglementent très peu.

Les grandes questions de la vie et de la mort jadis traitées par les monothéismes ou les religions installées sont à présent prises en charges par la porn cultur :

  • La vie n'aurait d'autre finalité que de jouir jusqu'à ce que le corps ne puisse plus suivre malgré tous les artifices possibles (prothèses, viagra, produits divers, prostitution...).
  • La mort serait reléguée au rang d'échec définitif non assumée et consolée par le fait que la vie a été vécue jusqu'au bout. Quoi de mieux que de mourrir en faisant l'amour ?
  • La place dans la société serait liée à l'argent mais plus encore à la capacité de multiplier les rapports sexuels qui, quintescence de la métasexualité, doivent être rendus publics d'une façon ou d'une autre (blog, biographie sexuelle, exhibitionnisme, échangisme, etc.).

Date de dernière mise à jour : 30/09/2018

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